Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

José Manuel Cancela

jeune chercheur

© J.-P. Bouillot


L'interprète des cellules

C'est fascinant de découvrir des processus chez l'oursin ou dans le pancréas d'une souris, et de se rendre compte qu'ils existent aussi chez les humains ! » D'une nature plutôt posée, José Manuel Cancela, qui dirige une équipe Atip1 au sein du Laboratoire de Neurobiologie cellulaire et moléculaire (NBCM) du CNRS, dirigé par Gérard Baux, à Gif-sur-Yvette, s'emballe lorsqu'il vous parle de ses travaux. Sa spécialité, ce sont les messagers intracellulaires : des molécules qui vont signaler, dans la cellule, qu'une hormone ou un neurotransmetteur frappe à la porte, et provoquer un processus tel que la sécrétion d'une enzyme de digestion par le pancréas.
À l'aube de la quarantaine, José Manuel Cancela affiche déjà un joli palmarès dans son domaine. À commencer par l'annonce, en 1999 dans Nature, de la découverte d'un nouveau messager cellulaire, le NAADP, produit dans les cellules du pancréas.
À l'époque, le chercheur n'était « que » postdoc, dans un laboratoire de l'université d'Oxford, en Grande-Bretagne. Il rejoint le CNRS deux ans plus tard, enchaînant les publications dans les revues les plus prestigieuses, d'EMBO à Current Biology. Physiquement, José Manuel Cancela ne peut cacher le sang espagnol de son père, arrivé en France, à Dijon, en 1960. « Il n'y avait pas de pression familiale pour m'orienter vers une “voie royale” comme le bac C, explique de sa voix douce José Manuel Cancela. Alors j'ai choisi un bac F7, technologies de laboratoire. C'était un choix, la biologie appliquée. Ensuite, mon bac en poche, j'ai décidé de devenir chercheur et je suis allé à l'université de Dijon. » Un parcours peu courant chez les titulaires d'un bac technique. La suite est plus classique : Deug de biologie, licence et maîtrise de physiologie, puis un DEA de physiologie et de biochimie. « À l'époque, je désirais travailler sur des applications médicales, j'ai donc rejoint le laboratoire de Jean Bralet, à la faculté de pharmacie de Dijon : il étudiait les conséquences pour les neurones de l'ischémie cérébrale, un arrêt de la circulation sanguine du cerveau, consécutif, par exemple, à un accident. »
Changement total de décor en 1996 : sa thèse en poche, il traverse la Manche et s'installe à Liverpool. « Là, c'était très différent, je travaillais sur le pancréas exocrine, qui secrète les enzymes de digestion. Un modèle qui m'a permis de m'orienter vers une recherche plus fondamentale. » La reconversion du prometteur jeune chercheur change à nouveau de cadre deux ans plus tard. Direction Oxford, où il rejoint Antony Galione, un scientifique britannique qui souhaitait déterminer si une molécule découverte aux États-Unis dans l'œuf d'oursin pouvait avoir un rôle physiologique chez les mammifères. C'est là que José Manuel Cancela découvre le rôle de la molécule NAADP qui s'est avérée depuis être présente au sein de la plupart des cellules chez de nombreuses espèces. Crayon et papier en renfort, il explique posément au visiteur comment ce messager cellulaire est produit dans les cellules du pancréas quand elles sont exposées à une hormone impliquée dans la digestion et la satiété.
Au CNRS depuis 2001, le chercheur, aujourd'hui père de famille, poursuit avec son équipe ses investigations fondamentales qui pourraient bien trouver des prolongements médicaux. En étudiant des mollusques, des scientifiques ont en effet identifié une enzyme capable de produire du NAADP : « Or son homologue chez les mammifères serait l'antigène CD38, impliqué dans des pathologies du pancréas (diabètes) ou dans certains lymphomes. Nous pensons que le CD38 joue un rôle dans la production de NAADP. » Son argument ? Sur des souris privées de cet antigène, pratiquement aucune production de NAADP n'est observée. Mais quand elles reçoivent le CD38, la signalisation par le NAADP reprend. Des résultats qui feront prochainement l'objet d'une publication. « C'est encore controversé, puisque le CD38 se trouve à l'extérieur de la cellule, et qu'on ne comprend pas comment il peut produire un messager intracellulaire. Mais c'est une piste à explorer. » On peut assurément compter sur lui.

Denis Delbecq

Notes :

1. Ce dispositif proposé par le département « Sciences du vivant » du CNRS permet à de jeunes chercheurs de développer leur thématique de recherche, à la tête d'une équipe.

Contact

José Manuel Cancela
Laboratoire de Neurobiologie cellulaire et moléculaire (NBCM), Gif-sur-Yvette
cancela@nbcm.cnrs-gif.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique