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Cecilia Ceccarelli

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© E. Perrin/CNRS Photothèque


Une passion étoilée

Petite, Cecilia Ceccarelli passe ses vacances à observer les étoiles sur la côte italienne et proclame que, plus tard, elle fera « l’astronome ». Depuis, sa passion ne l’a pas quittée. La jeune femme est devenue astrophysicienne et travaille aujourd’hui en France, au Laboratoire d’astrophysique de Grenoble1. Avec un succès certain : elle a reçu en 2006 le prix de la Femme scientifique de l’année… Sa spécialité ? Les protoétoiles, des étoiles aux prémices de leur vie. « J’étudie des étoiles semblables à ce que devait être le Soleil au moment de sa formation pour essayer de comprendre comment il s’est formé », raconte la chercheuse. « C’est comme regarder les arbres d’une forêt à différents moments de leur croissance pour comprendre comment ils évoluent. »
Cecilia Ceccarelli mène au départ des études de cosmologie2 à l’université de Rome, son « premier amour », dit-elle dans un sourire. Une thèse en poche, la jeune femme travaille deux ans dans l’industrie aéronautique italienne avant de rejoindre, en 1986, le Consiglio Nazionale della Ricerca, homologue italien du CNRS. Elle commence alors à étudier la formation d’étoiles proches du Soleil et participe à la réalisation du spectromètre infrarouge qui sera embarqué à bord du télescope spatial ISO, lancé en 1995 par l’Agence spatiale européenne.
Celui-ci doit apporter de nouvelles informations sur les objets froids de l’Univers, en particulier sur les protoétoiles. Pour se préparer à exploiter ces données, Cecilia s’envole pour la Californie et passe deux ans à la Nasa Armes Research. « C’est là que j’ai rencontré David Hollenbach et Xander Tielens, deux experts mondiaux de l’astrophysique moléculaire avec lesquels j’ai énormément appris », confie-t-elle. La chercheuse découvre alors les protoétoiles de type solaire sous un nouveau jour, celui de la chimie moléculaire : la spectroscopie infrarouge permet de révéler les molécules présentes dans ces astres en formation, notamment les molécules organiques et les molécules d’eau si précieuses à la vie sur Terre.
Cecilia Ceccarelli rejoint ensuite la France et poursuit ses recherches grâce aux télescopes de l’Institut de radioastronomie millimétrique. Pour retrouver la trace d’une molécule repérée par lSO, elle entreprend avec son collègue Alain Castets l’analyse d’une protoétoile… Sans résultat. Par contre, l’opération révèle la présence d’une molécule organique dotée de deux atomes de deutérium, un isotope de l’hydrogène. « Je suis rentrée chez moi et avant de m’endormir je me suis dit “Deux atomes de deutérium... deux atomes de deutérium... mais qu’est-ce qu’elle fait là, cette molécule ?” J’ai eu alors comme une illumination », s’enthousiasme encore l’astrophysicienne.
Son intuition s’avère exacte : le deutérium est bien plus abondant qu’il ne le devrait à cet endroit, 100 millions de fois plus concentré que partout ailleurs dans l’Univers. « Le rapport deutérium/ hydrogène est un paramètre très important des théories de cosmologie, de celle du Big Bang par exemple », explique la chercheuse. « Or on ne soupçonnait pas une telle concentration de deutérium dans les régions froides de l’Univers. Cette découverte a donc provoqué une petite révolution dans le domaine de la chimie du deutérium. »
Quelques années plus tard, elle fonde le groupe de recherche Wagos3 avec Emmanuel Caux et découvre les « Hot Corinos », de petites régions très riches en molécules organiques à proximité des jeunes étoiles de type solaire. Et reçoit donc le prix de la Femme scientifique de l’année sous les yeux admiratifs de ses filles. « C’est une reconnaissance personnelle qui fait du bien, surtout dans le monde de la recherche qui est extrêmement compétitif. Mais c’est aussi une reconnaissance pour toutes les personnes avec lesquelles j’ai travaillé. »

Laurianne Geffroy

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université de Grenoble-I.
2. Étude de la structure et de l'évolution du cosmos.
3. Il réunit des scientifiques du Laog et du Centre d'étude spatiale des rayonnements (CESR, CNRS/ Université Toulouse-III).

Contact

Cecilia Ceccarelli,
Laboratoire d'astrophysique de Grenoble
cecilia.ceccarelli@obs.vjf-grenoble.fr


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