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La nouvelle sociologie chinoise
Laurence Roulleau-Berger, Guo Yuhua, Li Peilin et Liu Shiding (dir.), CNRS Éditions, avril 2008, 500 p. – 30 euros
Premier ouvrage en français sur la sociologie chinoise contemporaine (depuis sa refondation en 1979), ce livre évènement donne la parole aux chercheurs d’une discipline qui, avant de subir une pétrification de trente ans, entretinrent des liens intellectuels durables notamment avec la prestigieuse École de Chicago. Apparaît une sociologie pleine de vitalité, consciente de l’intensité des changements en cours mais qui, si elle aborde l’étude du fonctionnement du pouvoir, n’est jamais une sociologie politique. Elle s’avère plutôt « descriptive », développant une notion de « transition », pensée presque exclusivement sur un plan économique. Si elle n’a pas encore de véritable jonction avec la sociologie chinoise de la diaspora, elle laisse deviner, à travers la « fantastique épaisseur des médiations » entre investisseurs privés, paysans, ouvriers, État et pouvoir communiste, une potentialité énorme de passerelles à venir.
Éternelles coupables
Les femmes criminelles de l’Antiquité à nos jours
Myriam Tsikounas (dir.), éd. Autrement, mars 2008, 296 p. – 5 euros
Sans doute parce que la violence extrait la femme de son rôle traditionnel – celui de la mère, porteuse de paix et de douceur –, le crime d’une femme est vu et présenté par la société comme un double crime. Commentant plus de cent reproductions d’œuvres d’art, de journaux et d’affiches, historiens, spécialistes d’art, juristes et politistes se sont réunis pour étudier l’évolution du regard d’une société sur la femme criminelle. Ils mettent en évidence le rapport entre certains clichés et la société qui les façonne et les colporte en les adaptant pour leur permettre de survivre (comme s’ils participaient du ciment identitaire de la communauté). Constat : apparaîtrait un début de « parité » en la matière, et le crime perpétré par une femme ne serait pas pire que le même commis par un homme.
Jean Rouch
Maxime Scheinfeigel, préface de Michel Marie, CNRS Éditions, février 2008, 240 p. – 25 euros
Cette monographie passionnante sur le cinéaste inclassable que fut l’ethnologue Jean Rouch montre à quel point ce dernier ne fut pas seulement un « farceur sympathique » pour les scientifiques (qui trouvaient ses films justement « insuffisamment scientifiques »), mais un véritable franc-tireur, inventeur du ciné-transe et auteur d’environ 140 films dont les mondialement célèbres et analysés dans le monde entier Moi un noir (thèse de l’auteur) et Cocorico ! Monsieur Poulet. Un chemin à travers une forêt d’œuvres réputées qui mènent à d’autres, plus secrètes, connues de quelques spécialistes « rouchiens » comme Chronique d’un été, La Punition ou le quasi-chef-d’œuvre Gare du Nord.
L’histoire de l’homme
22 ans d’amphi au Collège de France (1983-2005)
Yves Coppens, éd. Odile Jacob, avril 2008, 246 p. – 22,90 euros
Yves Coppens a réuni plus de vingt ans de « leçons » au Collège de France. Ces textes témoignent de l’ambition de leur auteur « d’être simple » et constituent un document unique pour mesurer le profond renouvellement qu’a connu la paléoanthropologie grâce à la découverte de fossiles comme Lucy et l’apport de nouvelles méthodes scientifiques.
Le bureau de coton
Philippe Artières, éd. Armand Colin, coll. « Une œuvre, une histoire », avril 2008, 80 p., 20 ill. coul. – 12,90 euros
Historien spécialiste de la culture écrite, Philippe Artières propose, dans une nouvelle collection de l’éditeur Armand Colin, une réflexion personnelle sur un tableau de Degas resté dans l’ombre : Le bureau de coton. Pourquoi étudier cette toile demeurée dans l’histoire de l’art un relatif ratage ? Parce que l’acuité du regard du peintre appliquée à la Louisiane des années 1870 a fait d’elle un document historique. Picturalement, il y a le mystère de « la grande table recouverte de coton » ; socialement, il y a qu’au moment où Degas visite la Louisiane, les 50 456 Noirs (pour 140 923 Blancs) n’ont pas de droits politiques, ont des écoles distinctes, des véhicules, des bars idem et des galeries retranchées quand ils vont au théâtre… Une manière originale de lire l’histoire sociale.
Les matériaux
Louisette Priester, CNRS Éditions, avril 2008, 195 p. – 15 euros
L’auteur, qui propose ici un ouvrage original, instructif et non rébarbatif, donne la possibilité à son lecteur de « naviguer » avec plaisir sur le thème souvent hermétique des « matériaux ». Le livre, présenté par Étienne Guyon (qui participe à l’opération « La main à la pâte »), montre combien les matériaux ont joué et jouent un rôle central dans le développement des civilisations, des premiers temps (durant lesquels naissent, bien avant l’écriture, bijoux, outils et armes) à nos jours. Le récit commence ainsi : « Par matériau, on entend matière pour la fabrication : un matériau est donc, essentiellement, utile. » Très illustrée, c’est à une sorte de Vie des matériaux que le lecteur est convié. Elle le mènera, en douceur, des neiges du Klondike à Paco Rabanne, du pendentif du Dieu Fleuve à l’algue unicellulaire en passant par l’ours de plastique et le viaduc de Millau…
Terre Mère
Jean Malaurie, CNRS Éditions, février 2008, 61 p. – 4 euros
« … Nous sommes des veilleurs de nuit face à une mondialisation sauvage, à un développement désordonné. Si nous n’y prenons garde, ce sera un développement dévastateur. » Cinq minuscules chapitres qui sonnent l’alarme : dans trente ans, l’Arctique sera probablement libre de glaces, ce qui représente, pour les autochtones, ce « peuple racine » comme il s’en trouve encore en Amazonie, en Australie ou en Afrique, « un choc que peu de civilisations ont affronté, et pour nous, des conséquences imprévisibles ». Jean Malaurie évoque le site d’Ultima Thulé et son « incomparable et puritaine beauté ».
L’âge d’or de l’architecture arménienne
Patrick Donabédian, éd. Parenthèses, avril 2008, 336 p., 460 ill. coul. – 46 euros
Fruit de plus de vingt ans de recherches dont sept ans de travaux sur le terrain, ce magnifique ouvrage est proposé par l’un des rares spécialistes de l’art médiéval arménien. L’auteur concentre son attention sur l’extraordinaire essor qu’a connu l’architecture arménienne, religieuse et civile, durant six décennies au VIIe siècle, appelé pour cette raison le siècle d’or. En étudiant pour la première fois d’une manière exhaustive ces soixante années, il explique comment et sous quelles formes est survenu un phénomène énigmatique : à une période où le reste du monde chrétien oriental – notamment Byzance et la Syrie –, plongé dans une dépression politique, militaire et culturelle, cesse toute production architecturale, l’Arménie et l’Ibérie (Géorgie centrale et orientale) vont produire parmi les plus beaux monuments cultuels dont la caractéristique majeure est devenue la coupole sur composition cruciforme (église Saint-Jean de Mastara). Texte, mise en page, choix des nombreuses illustrations et qualité de leur homogénéité chromatique font de cet ouvrage une référence.
Comment je suis devenu ethnologue
Anne Dhoquois (dir.), éd. Le Cavalier bleu, février 2008, 210 p. – 18 euros
Douze ethnologues racontent leur chemin au sein d’une discipline héritée de l’expansion coloniale (on dit qu’Hérodote en serait, cependant, le père lointain) et aujourd’hui en grande mutation : Marc Augé, Jean Cuisenier, Philippe Descola, Pascal Dibie, Jeanne Favret-Saada, Jean Paul Filiod, Maurice Godelier, Marc Hatzfeld, Françoise Héritier, Franck Michel, Monique Sélim et Jean-Michel Servet. Courts chapitres introduits chacun par une photo d’identité, écritures multiples, chemins éloignés ou voisins, mais but commun : la connaissance des autres pour garder vif le regard sur soi.
Gouverner la ville mobile
Philippe Estèbe, éd. Puf, coll. « La ville en débat », février 2008, 80 p. – 8 euros
Dans la nouvelle collection des Presses universitaires de France consacrée à « La ville en débat », cet essai traite ici d’un fait nouveau : l’institutionnalisation d’un régime de gouvernement périurbain vivant très largement de la mobilité professionnelle et résidentielle de ses habitants. Autrement dit, nos grandes villes vivent aujourd’hui la coexistence de deux régimes politiques : un régime central (métropolitain) et un régime périurbain parfaitement assumé par des habitants satisfaits. Cette « ville mobile » bouleverse l’avenir de la démocratie parce qu’elle soumet cet avenir à la capacité politique d’articuler deux figures qui devront se compléter et non se nuire. Elle met aussi en péril la crédibilité de la formule d’un régime unique de gouvernement – même s’il est vraisemblable que ces « clubs » périurbains « passeront à la poubelle de l’Histoire absorbés finalement par l’appétit gargantuesque des grandes métropoles ». Un débat actuel.
> La France gallo-romaine
Martial Monteil et Laurence Tranoy, éd. La Découverte, coll. « Archéologie de la France », mars 2008, 179 p., ill. coul. – 22 euros
> Archéologie médiévale en France
Le second Moyen Âge (XIIe-XVIe siècle)
Joëlle Burnouf, éd. La Découverte, coll. « Archéologie de la France », mars 2008, 175 p., ill. coul. – 22 euros
Plutôt que de chercher à découvrir des « trésors », les archéologues tentent aujourd’hui de comprendre les relations entre les sociétés et leur environnement. Prenant en compte ce souci de globalité, signalons dans la nouvelle collection des éditions La Découverte « Archéologie de la France » les deux premiers volumes particulièrement réussis : principaux sites archéologiques, manifestations culturelles et esthétiques, vie quotidienne, alimentation, hygiène, maladies, techniques agricoles, habitat et conséquences à long terme des acquis de chaque période (changements climatiques, bouleversements démographiques…). Très bonne iconographie et schémas. Pour un large public.
Culture coloniale en France
De la Révolution française à nos jours
Pascale Blanchard, Sandrine Lemaire et Nicolas Bancel (dir.), préf. Gilles Boëtsch, CNRS Éditions / Autrement, coll. « Histoire », avril 2008, 761 p. – 35 euros
En traitant du fait national tel qu’il a été modelé par l’idéologie coloniale, ce livre renverse les perspectives et montre comment, voulant légitimer leurs lointaines conquêtes, la monarchie, l’Empire et la République ont conçu, organisé et relayé auprès des Français le véritable dispositif d’une « culture coloniale » : cinéma, théâtre, sport, école, littérature, presse, art, publicité, chanson, armée, comités coloniaux et expositions ont diffusé quêtes scientifiques, fascinations exotiques, fiertés patriotiques et intérêts économiques et politiques. De la première abolition de l’esclavage aux débats sur la « repentance », voici l’une des premières anthologies sur la construction, pendant près de deux siècles en France, d’une « singulière culture ». Un héritage qui n’est pas sans évoquer le biblique : « Les parents ont mangé des raisins verts et les enfants en ont eu les dents agacées. »
AUTRES PARUTIONS
> Hormones, santé publique et environnement
Académie des sciences, Edwin Milgrom et Étienne-Émile Baulieu (dir.), éd. EDP Sciences, Rapport sur la science et la technologie, n° 28, 307 p., avril 2008 – 39 euros
> L’arme nucléaire
Bruno Tertrais, éd. Puf, coll. « Que sais-je ? » n° 3798, mars 2008, 128 p. – 8 euros
> L’Occident expliqué à tout le monde
Roger-Pol Droit, éd. Seuil, avril 2008, 96 p. – 7 euros
> La méthode
Edgar Morin, éd. Seuil, coll. « Opus », février 2008, 2 vol. de 1 216 p. chacun – 59 euros
> Simone de Beauvoir
Écrire la liberté
Jacques Deguy et Sylvie Le Bon de Beauvoir, éd. Gallimard, coll. « Découvertes », série Littératures, n° 522, 128 p. – 12,30 euros
> Une épuration allemande
La RDA en procès
1949-2004
Guillaume Mouralis, éd. Fayard, mars 2008, 428 p. – 26 euros
> L’exil russe
La fabrique du réfugié apatride
1920-1939
Catherine Gousseff, CNRS Éditions, février 2008, 335 p. – 30 euros
> L’herbier des philosophes
Jean-Marc Drouin, éd. Seuil, coll. « Science ouverte », mars 2008, 384 p. – 23 euros
> Les universitaires
Christine Musselin, éd. La Découverte, coll. « Repères », avril 2008, 119 p. – 8,50 euros
> La Chine m’inquiète
Jean-Luc Domenach, éd. Perrin, mars 2008 – 13 euros
> Chine/État-Unis
Fascinations et rivalités
Stéphanie Balme et Daniel Sabbagh, éd. Autrement, coll. « Mondes et Nations », avril 2008, 192 p. – 17 euros