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Colloque

La Nouvelle-Calédonie, vingt ans après

Le 26 juin 1988 étaient signés les accords de Matignon-Oudinot, mettant fin aux terribles violences qui secouaient la Nouvelle-Calédonie. Vingt ans après, le réseau Asie-Imasie du CNRS a réuni les acteurs de cette page d'histoire de la France.

Chercheurs, politiciens, élus locaux, étudiants, hauts fonctionnaires, juristes... Ils étaient en tout près de trois cents, les 25 et 26 avril derniers, à la Mairie de Paris et au Sénat, à participer au colloque sur la Nouvelle-Calédonie organisé par le réseau Asie-Imasie du CNRS1. Vingt ans après les accords de Matignon-Oudinot et dix ans après celui de Nouméa, les acteurs de la construction de la Nouvelle-Calédonie ont pu croiser leurs témoignages avec les analyses des historiens, sous la présidence de l’ancien Premier Ministre, Michel Rocard, et en présence d’Yves Jégo, secrétaire d’État à l’Outre-mer, et de Dewé Gorodey, vice-présidente du gouvernement calédonien. « J’espère que ce que nous avons semé il y a vingt ans ira à la pleine réconciliation des peuples calédoniens », a déclaré en guise de préambule Michel Rocard.

L’histoire moderne de la Nouvelle-Calédonie est celle de la complexe cohabitation des Kanak, premiers habitants de l’archipel, et des Caldoches, descendants des colons français arrivés au milieu du xixe siècle. « Malgré une population de seulement 230 000 habitants, la Nouvelle-Calédonie est très divisée ethniquement », indique Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire à l’université de la Polynésie française et organisateur du colloque. Outre les Kanak et les Caldoches, cet archipel du Pacifique sud accueille des Polynésiens, des Asiatiques et même des Kabyles, descendants de déportés d’Algérie. Sans compter les Européens issus de l’immigration récente. « Au milieu des années 1970, les revendications indépendantistes kanak ont pris beaucoup d’ampleur avec la création d’un comité de coordination pour l’indépendance kanak, qui deviendra en 1984 le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) », relate Jean-Marc Regnault. C’est cette même année que débutent les « Évènements » : une véritable guerre civile dont le point culminant est atteint le 5 mai 1988 avec l’assaut par l’armée française de la grotte d’Ouvéa où se sont réfugiés des membres du FLNKS et leurs otages, et qui fait vingt et un morts.
Michel Rocard, qui succède à Jacques Chirac à la tête du gouvernement, décide en ce même mois de mai d’envoyer une « mission du dialogue » pour relancer les négociations entre les diverses factions. Le 26 juin 1988, les délégations kanak et loyaliste, emmenées respectivement par Jean-Marie Tjibaou, leader du FLNKS, et le député Jacques Lafleur, chef du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), signent à Paris les accords dits de Matignon-Oudinot qui vont mettre fin aux violences. « Partage du territoire en trois provinces, formation des cadres kanak, référendum sur l’autonomie prévu en 1998 avec restriction du corps électoral afin d’équilibrer les forces politiques en présence en empêchant les nouveaux arrivants de voter, etc. : les solutions trouvées étaient particulièrement audacieuses », reconnaît Jean-Marc Regnault. Si audacieuses qu’il a fallu ensuite modifier la Constitution française.
Dix ans plus tard, au lieu de tenir le référendum prévu par les accords de Matignon-Oudinot, le RPCR et le FLNKS négocient le 5 mai 1998 un nouvel accord à Nouméa, qui sera suivi par le vote d’une loi organique en 1999. Celle-ci établit les nouvelles institutions de la Nouvelle-Calédonie : un congrès, un gouvernement, un sénat coutumier et des conseils coutumiers et surtout une provincialisation du pays qui permet aux Kanak de diriger deux provinces sur trois. L’archipel devient une collectivité sui generis, c’est-à-dire « de son propre genre » : elle n’a aucun équivalent dans la République française. La loi introduit également le « droit coutumier » dans le droit français : la tradition kanak prend une valeur légale. Enfin l’accord de Nouméa prévoit un transfert progressif des compétences aux instances calédoniennes ainsi qu’un nouveau référendum sur la souveraineté à partir de 2014.
Véritables bizarreries juridiques, les accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa intéressent évidemment les chercheurs de tous horizons. Preuve en a été lors du colloque, au cours duquel des historiens des universités d’Aston (Royaume-Uni), de Laval (Canada), de Tokyo (Japon) ou encore de Sydney (Australie) ont présenté leurs travaux sur les enjeux des accords et sur leur impact dans le Pacifique. Quant à l’avenir de l’archipel, il pourrait passer par des solutions encore plus innovantes qu’une simple autonomie, comme la création entre la France, la Nouvelle-Calédonie et ses trois provinces « d’un fédéralisme gigogne », a indiqué Jean-Yves Faberon, membre de l’Institut de droit d’Outre-mer, à Aix-en-Provence. Mais si les deux accords historiques ont permis de ramener la paix, la situation n’en demeure pas moins complexe, et la vigilance est de mise. Comme l’a observé Michel Rocard, « le risque de dérapage est réel. Il ne faudrait pas que le conflit social actuel serve de base à une remontée en puissance du conflit ethnique ».

Fabrice Demarthon

Notes :

1. Dirigé par Jean-François Sabouret, le réseau Asie-Imasie compte environ 1 500 membres. Il a été créé en 2001 à la Maison des sciences de l'homme, à Paris, afin de mettre en relation les enseignants, chercheurs et experts sur l'Asie et le Pacifique.

Contact

Jean-Marc Regnault,
Université de la Polynésie française
regnaultjm@yahoo.fr
Viviane Fayaud,
Réseau Imasie (projet Océanie)
vfayaud@msh-paris.fr


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