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Le bac, un standard bicentenaire

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Marie Duru-Bellat, sociologue à l'Observatoire sociologique du changement (OSC) (1) et professeure à Sciences Po Paris.


Il y a deux cents ans, le 17 mars 1808, Napoléon créait le baccalauréat. Ce diplôme devait sanctionner la fin des études secondaires et ouvrir l’accès à l’enseignement supérieur. En 2008, à quoi sert-il ?
M.D.-B.
: Le bac reste un diplôme qui sanctionne le parcours scolaire et ouvre les portes vers le supérieur. Le bac sert surtout de standard commun à tous les lycées du pays. Il est le seul. S’il venait à être supprimé, ce qui est peu probable, il n’y aurait plus d’outil permettant de mesurer le niveau des différents établissements. De plus, cela conduirait à se fonder sur le contrôle continu. Or, celui-ci n’est ni homogène, ni objectif, car il évalue le niveau des élèves dans le contexte, toujours particulier, de leur établissement. Dans les pays où les établissements sont plus autonomes, on a maintenu ou instauré des examens nationaux. Ce sont parfois des examens plus simples, plus limités, mais ils existent. On a besoin de ces standards nationaux, sinon le système éducatif éclaterait rapidement.

Dans quelques jours, les candidats au baccalauréat 2008 passeront leurs premières épreuves. Aujourd’hui, le taux de réussite à l’examen atteint des records. En 2007, sur 621 532 inscrits, 521 000 ont été reçus, soit 83,3 % de réussite. Le bac serait-il moins exigeant qu’à sa création ?
M.D.-B
. : Il est difficile de comparer le pourcentage d’environ 1 % d’une classe d’âge qui passait le bac en 1808 (les premiers bacheliers sont au nombre de 31) avec celui de 70 % en 20072. Le baccalauréat a changé. Les connaissances, les modalités de leur évaluation et la nature des bacs eux-mêmes ont évolué. Apparu au milieu des années 1980, le bac professionnel a ainsi mis en jeu des disciplines jusqu’alors ignorées du lycée, des compétences spécifiques que n’avaient pas les bacheliers au xixe siècle. Quant aux matières générales, elles ont subi des transformations au fil du temps. De nouvelles matières, comme l’économie, se sont ajoutées. Les exigences ne sont donc plus les mêmes, deux cents ans plus tard.

Il n’en résulte pas moins l’idée selon laquelle le niveau général serait plus faible…
M.D.-B.
: Qu’est-ce que le niveau ? Ni plus ni moins que la somme de ce que savent les élèves, autrement dit des connaissances accumulées au cours de leur scolarité. Quand on établit des comparaisons dans le temps, on constate que le niveau de l’orthographe a baissé. Un point sur lequel toutes les études convergent. L’orthographe n’est cependant pas le seul élément à prendre en compte. Dans les années 1980-1990, le lycée a favorisé les sciences au détriment des humanités classiques3, ce qui explique pourquoi tout ce qui touche les matières littéraires a chuté. Établir ce type de comparaison revient à ne regarder que ce qui était mieux avant, au détriment de ce qui est nouveau. De plus, d’autres éléments d’analyse doivent être pris en compte : les objectifs des programmes, le nombre d’heures par discipline… Il faut également avoir des instruments comparables dans le temps. C’est donc une vraie question de recherche, complexe, que d’évaluer l’évolution du niveau.

Comment expliquer que sur les 83,3 % d’admis au bac, un tiers sera en situation d’échec dans les deux ans ?
M.D.-B.
: Le fait que 83,3 % des élèves obtiennent le précieux sésame fait que la sélection se déplace à un niveau supérieur. La motivation à poursuivre des études est très forte, puisque les diplômes ont un réel impact économique et personnel. Mais en cherchant à obtenir toujours plus de diplômes, les jeunes entrent plus tard dans la vie active. Ils restent donc dépendants plus longtemps et n’obtiennent pas forcément de poste à la hauteur de leurs qualifications. En voulant conduire 80 % d’une classe d’âge au bac4, on pensait que cela aiderait les jeunes à s’insérer. Si cela est vrai au niveau individuel, au niveau collectif le taux de chômage n’a pas baissé au fur et à mesure que le niveau d’accès au bac augmentait. La massification des diplômes, si elle diffuse une certaine culture, affecte nécessairement les chances d’accéder aux emplois élevés, quand ceux-ci se développent à un rythme plus modéré.

Quelles sont alors les solutions ?
M.D.-B
. : On a eu tort de ne fixer les objectifs qu’en termes quantitatifs, tel pourcentage à tel niveau… Le plus important est d’expliciter ce que l’on attend (comme connaissances ou comme compétences) des jeunes formés à ces différents niveaux. Et, tout aussi important, de l’évaluer. C’est pour cette raison qu’il serait très dangereux de supprimer, malgré ses défauts, notre baccalauréat, qui préserve une référence unique dans un système de plus en plus diversifié. Pour la même raison, il est urgent de prendre à bras-le-corps la question de l’évaluation objective (et comparable d’un site à l’autre) de ce que savent les diplômés de l’enseignement supérieur. Car à l’heure actuelle, qui peut dire ce qu’est censé savoir et ce que sait un licencié de telle ou telle discipline ? À l’heure où le pays semble prêt à investir davantage dans son enseignement supérieur, ce n’est pas une question accessoire !

Propos recueillis par Géraldine Véron

Notes :

1. Centre de recherches de Sciences Po et du CNRS.
2. Actuellement, la proportion de bacheliers dans une génération est de 63,6 %.
3. Étude des textes classiques, des auteurs de l'Antiquité, du latin, du grec, etc.
4. Objectif énoncé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement.

Contact

Marie Duru-Bellat
Observatoire sociologique du changement (OSC), Paris
marie.durubellat@sciences-po.fr


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