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Fondation Pierre-Gilles-de-Gennes

La recherche médicale à guichet ouvert

Opérationnelle depuis janvier, la Fondation Pierre-Gilles-de-Gennes veut révolutionner les rapports entre industrie et recherche publique dans le domaine de la santé.

Les partenariats public-privé, une jungle ? C’est ce que semblent penser Hervé Le Lous et Gilles Rubinstenn, respectivement président et directeur général de la Fondation Pierre-Gilles-de-Gennes pour la recherche, ainsi baptisée en hommage au Prix Nobel de physique disparu en 2007. Cette fondation, destinée à initier des partenariats dans le domaine de la recherche médicale, est née en mars 2007, mais a véritablement commencé son activité au début de l’année. Elle rassemble les trois centres de recherche publique de la montagne Sainte-Geneviève, dans le cinquième arrondissement de Paris – l’École normale supérieure (ENS), l’École supérieure de physique et de chimie industrielles (ESPCI) et l’Institut Curie – ainsi que le CNRS et l’Inserm.
L’objectif de cette structure, qui réunit 1 450 chercheurs et 140 laboratoires1 : constituer un fonds d’amorçage de l’innovation. Est-ce vraiment nécessaire, alors que de nombreux outils existent déjà ? « Oui ! », répond Hervé Le Lous. « Les entreprises en France n’investissent que 1,25 % de leur budget R&D dans la recherche publique, et ce chiffre, l’un des plus faibles d’Europe, baisse », regrette-t-il. L’ambition de la fondation est donc de renouer le dialogue entre entreprises et centres de recherche, « un dialogue sans lequel il n’y a pas de rupture technologique possible ».
Certes, mais pourquoi faire appel à la Fondation plutôt qu’aux établissements eux-mêmes ou à un fonds d’amorçage ? « D’abord nous proposons l’accès à un réservoir intellectuel d’exception, tout en simplifiant les démarches administratives. À travers la fondation, l’entreprise mène des recherches interétablissements et interdisciplinaires via un guichet unique, avec un seul contrat », répond Gilles Rubinstenn. « L’idée, c’est aussi de faire plus que de la valorisation. Si nous ne proposions que cela, le CNRS, qui a déjà des structures de valorisation, n’aurait pas besoin de nous. Or, nous voulons inverser les échanges, faire en sorte que le savoir-faire industriel soit à la base de nouvelles recherches amont, avec des partenariats engagés sur le long terme », ajoute-t-il. Pour ce faire, la Fondation dispose d’un budget de 20 millions d’euros sur cinq ans, apporté par ses fondateurs2.
L’autre avantage de la Fondation, c’est sa réactivité. Pas besoin d’attendre des mois un financement pour un postdoc ou un nouveau projet. « Je m’engage à répondre sous un mois et un jour aux dossiers qui nous seront envoyés ! », clame Gilles Rubinstenn. Il vise, d’ici à cinq ans, dix nouveaux projets en partenariat par an, avec un coût moyen de 22 000 euros par partenaire industriel, compte tenu des crédits d’impôt recherche. Pour repérer, contacter et convaincre les partenaires potentiels, les deux dirigeants de la Fondation comptent sur leur longue expérience de l’industrie.
L’activité de la fondation va donc profiter au domaine de la recherche médicale. Là où l’on pense immédiatement aux biotechnologies, Gilles Rubinstenn élargit le champ : « Dans ces secteurs, les innovations portent aussi sur des disciplines périphériques. Le développement de textiles médicaux, de nouveaux équipements, d’appareils d’analyse, de diagnostic, d’optique, d’acoustique peut aussi passer par la Fondation »… Ainsi, sur les six projets validés début mai, l’un concerne l’étude du fonctionnement de l’aquaporine, une protéine qui permet le passage de l’eau à travers la membrane des cellules et joue apparemment un rôle dans certaines affections oculaires. Un deuxième projet porte sur le « guidage axonal par microfluidique ». En d’autres termes : comment diriger la pousse des axones (les longs bras des neurones, les cellules nerveuses) lors de cultures cellulaires, pour qu’ils ne poussent pas en pelote ? Quant aux autres, ils sont encore top secret. Mais Gilles Rubinstenn le confirme, le CNRS est partenaire de chacun d’entre eux. « De tous les membres fondateurs, affirme-t-il, c’est le premier à avoir signé la convention pluriannuelle de la fondation. »

Virginie Lepetit

>> Pour en savoir plus : www.fondation-pgg.org

Notes :

1. Dont 33 unités CNRS et 602 chercheurs et techniciens CNRS membres de la fondation.
2. Sur cette somme, le CNRS apporte 1,25 million d'euros sur cinq ans.

Contact

Fondation Pierre-Gilles-de-Gennes
contact@fondation-pgg.org


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