
Bernard Spinner, directeur du programme répond
Bernard Spinner
© CNRS
Quelle est l'origine du programme du CNRS consacré à l'énergie depuis 2002 ?
Il a été initié dans un contexte particulier par le département des Sciences pour l'ingénieur (SPI) du CNRS où de nombreuses recherches portent sur les énergies et procédés associés. En réponse aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, le CNRS avait mis en place des programmes orientés vers de nouvelles ressources énergétiques. On pensait alors que le prix du baril de pétrole allait rapidement dépasser 30 $. Or il n'en a rien été. L'intérêt pour des énergies nouvelles retombe alors rapidement, se traduisant par une décroissance des financements des recherches. Mais en 1988, une première alerte est donnée sur l'urgence de stopper les émissions de gaz à effet de serre. Le Protocole de Kyoto adopté en 1997 marque l'engagement des pays industrialisés à agir dans ce sens. Fin 2000, à la demande du gouvernement français, l'OPECST1 entreprend une réflexion sur les énergies renouvelables. Elle réunit, autour de deux députés, dix experts. Mon collègue Édouard Fabre et moi-même avons été sollicités pour en faire partie. Sensibilisé à la question, Victor Sanchez, directeur scientifique du SPI décide, en accord avec Gérard Mégie, président du CNRS et Geneviève Berger, directrice du CNRS, d'engager une recherche structurée en matière d'énergie. C'est ainsi qu'est lancé le programme Énergie2 du CNRS.
Quelles sont alors les orientations prises ?
Pour 2010, la France doit réduire sa production de gaz à effet de serre à un niveau égal ou inférieur à celui de 1990. Or, notre consommation en énergie ne cesse d'augmenter. Un défi est donc à relever. Actuellement, les experts s'accordent pour dire que c'est dans l'habitat et les transports que la consommation énergétique est la plus forte alors que parallèlement de gros efforts ont été faits dans l'industrie où elle s'est stabilisée. La raison : nos modes de vie ont changé, nous aspirons à toujours plus de confort. À travers le programme Énergie, notre priorité est donc un meilleur contrôle de la demande et de la production d'énergie dans l'habitat et les transports. C'est en tenant compte de l'évolution de nos habitudes de consommation que nous trouverons des solutions favorables à notre environnement et à un développement durable. Les orientations du programme répondent à une autre priorité : lever les verrous technologiques s'inscrivant dans des échéances à moyen et long terme. Comment faire évoluer le nucléaire ou les énergies renouvelables vers des situations
socialement, économiquement et durablement acceptables ? Comment introduire progressivement le nouveau vecteur : l'hydrogène dans les ressources et utilisations de l'énergie ? C'est pour pouvoir anticiper et assurer la viabilité de nos choix scientifiques que les socio-économistes font partie intégrante du programme. Pour chaque projet, des groupes d'actions thématiques ont été créés, chargés de dresser un état de l'art de la recherche, y compris à l'étranger. Il s'agit d'identifier les créneaux vierges et de faire les choix adaptés à la France.
Ces lignes directrices ont ainsi présidé aux choix des thèmes de recherche du programme débuté en 2002.
Après un an de fonctionnement, où en est le programme ?
Nous avons démarré en 2002 avec un financement exclusivement CNRS de 1,5 million d'euros. En 2003, le budget du programme a quadruplé grâce à la participation du ministère de la Recherche et des Nouvelles Technologies et le soutien de l'Ademe3 et de la DGA4. Ouvert aux équipes de recherche de tous les organismes, l'appel d'offre lancé en février vient d'être clos le 26 mars.
Le débat national, quant à lui, s'ouvre. Avec l'échéance de 2010, nous ne pouvions pas nous permettre d'attendre les conclusions.
Propos recueillis par Stéphanie Belaud
1. OPECST : Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.
2. Il comporte 4 responsables qui couvrent l'ensemble des secteurs :
Bernard Spinner est spécialiste des procédés de gestion, stockage et transports de la chaleur.
Édouard Fabre, directeur adjoint, est spécialiste des lasers et de l'énergie nucléaire.
Dominique Finon, directeur adjoint, est socio-économiste.
Monique Lallemand, directeur adjoint, est spécialiste en gestion thermique.
3. Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.
4. Délégation générale pour l'armement.
spinner@univ-perp.fr
www.imp.cnrs.fr/energie