Une architecte en mosaïque
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Un diplôme d’architecte en poche, Amina-Aïcha Malek quitte Alger pour Paris. En 1992, le choix du pays est évident. Elle parle la langue et la France est proche, pas seulement en kilomètres : trente ans à peine se sont écoulés depuis que l’Algérie, ancien département français, a retrouvé son indépendance. Comme beaucoup d’étudiants d’Afrique du Nord, elle vient tenter sa chance, pour aller plus loin dans ses études ou simplement avoir une expérience à l’étranger. Elle est loin de se douter qu’une quinzaine d’années plus tard, l’architecte sera établie à Paris, chercheuse au CNRS, spécialiste des mosaïques romaines, affiliée au laboratoire « Archéologies d’Orient et d’Occident »
1 à l’École normale supérieure.
«
Ce n’est pas un parcours classique… », commente, amusée, la jeune femme. Depuis deux ans, elle dirige une mission CNRS de fouilles en Algérie qui l’amène deux mois par an non loin de Constantine, sur le site de Lambèse, capitale de la province romaine de Numidie au iiie siècle. Pour cette architecte de formation, le rapport à l’espace est primordial. «
Les mosaïques, explique-t-elle, ne sont pas de simples “revêtements de sol” ou des tableaux posés sur les murs. » Elles appartiennent à l’architecture des lieux, pièces, cours et jardins, elles invitent à y déambuler d’une certaine manière, selon leur position, leur iconographie, leur texture, etc. «
Les mosaïques révèlent donc la façon de vivre des habitants et leur rapport avec la nature », poursuit-elle.
Comment passe-t-on de l’architecture à une réflexion sur le rapport à la nature dans l’univers domestique de l’Afrique romaine ? Elle sourit et raconte. Elle parle vite, avec passion et conviction. D’abord, il y eut ce DEA d’architecture : « Jardins, paysages, territoires ». Puis la lecture d’un texte, distribué par son professeur, sur le système d’irrigation du jardin romain. Elle pense alors à ceux des maisons antiques d’Afrique, nombreuses mais peu étudiées, en particulier dans son propre pays à l’histoire mouvementée. «
Quand je me suis intéressée aux vestiges de l’Algérie dans les années 1990, il était impossible d’aller sur le terrain en raison du terrorisme. » Pour la thèse qu’elle vient de commencer, elle se contente donc surtout de documents et de photos. «
Au moins, travailler sur le jardin, c’était travailler sur la vie et sur tout ce que les terroristes islamistes essayaient justement de détruire… » Et le CNRS ? «
Après mon doctorat, j’ai été invitée en tant que chercheur à Dumbarton Oaks, institut dépendant de l’université de Harvard, aux États-Unis, et j’y ai passé près de trois ans. Mais je savais que le CNRS était le seul cadre où je pouvais m’épanouir en toute liberté dans mes recherches. » Ses « mentors », anciens professeurs, directeur de thèse et spécialistes du monde romain, pour lesquels elle nourrit reconnaissance et affection, et qui dès le début l’ont encouragée, la soutiennent, et sa candidature fait mouche en 2004.
Dans la foulée, son projet de fouilles à Lambèse
2, en partenariat avec l’Algérie où le calme est peu à peu revenu, est accepté, appuyé par les spécialistes locaux avec lesquels elle a tissé des liens étroits. «
Sans toutes ces belles rencontres, conclut la jeune femme,
et sans le CNRS, je n’aurais pas pu entreprendre de telles recherches. »
Charline Zeitoun