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Santé

Le point sur les maladies neuromusculaires

Du 26 mai au 1er juin 2008, l'Association française contre les myopathies organise à Marseille deux colloques internationaux sur les maladies neuromusculaires (1). Laurent Vinay, directeur du laboratoire « Plasticité et physio-pathologie de la motricité » (2), explique les enjeux et les difficultés que représentent ces maladies pour la recherche.

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer ce que sont les maladies neuromusculaires ?
Laurent Vinay : Derrière le terme « maladies neuromusculaires » se cache une grande variété de maladies, plus de 200. Elles affectent soit le muscle, soit son innervation, parfois les deux. On peut citer la myopathie de Duchenne ou l’amyotrophie spinale infantile. Ces maladies touchent l’enfant mais aussi l’adulte et sont pour la plupart d’origine génétique. Puisqu’elles atteignent les muscles, les symptômes sont avant tout moteurs. L’enfant malade apprend à marcher tard et, durant son développement, les difficultés s’accentuent (chutes plus nombreuses, problèmes pour se relever). Ces faiblesses musculaires ont souvent des conséquences sur le squelette, ce qui peut entraîner des déformations orthopédiques. Dans des cas plus rares, des complications respiratoires ou cardiaques peuvent apparaître. La gravité de ces maladies est variable, allant d’une difficulté à marcher à l’utilisation d’un fauteuil roulant.

Sait-on aujourd’hui soigner ces maladies ?
L.V.
: Une prise en charge précoce et régulière permet à l’enfant de conserver sa qualité de vie en limitant les conséquences de la maladie. Les déformations du squelette peuvent être corrigées par des appareillages, des interventions chirurgicales ou des séances de kinésithérapie. Mais aujourd’hui, on ne guérit pas d’une myopathie.

Aucun traitement curatif n’existe actuellement. Quelles sont les pistes explorées ?
L.V.
: Parmi les stratégies les plus prometteuses, on peut citer la thérapie génique. Elle consiste à faire pénétrer à l’intérieur même des cellules, ici les cellules musculaires, un gène fonctionnel qui remplacera le gène muté qui ne fonctionne pas, ou à surexprimer une protéine qui aura un impact thérapeutique. Par exemple, la maladie de Duchenne est due à une déficience au niveau d’un gène codant pour une protéine, la dystrophine, qui intervient dans la stabilisation de la membrane des fibres musculaires. Lorsque cette protéine n’est pas fonctionnelle, comme c’est le cas chez les personnes atteintes de la maladie de Duchenne, les fibres musculaires sont plus vulnérables à la contraction musculaire. Après avoir identifié le gène qui code pour la dystrophine, la thérapie génique consisterait à transférer ce gène dans les cellules musculaires.
Mais avant de tester une telle thérapie chez l’homme, les modèles animaux sont indispensables. Les chercheurs ont donc mis au point des souris dont le gène qui code pour la dystrophine était défaillant. Ce sont les souris dites MDX. L’injection d’un gène fonctionnel a ensuite permis de corriger la myopathie jusqu’à 80 %. Autre piste : la thérapie cellulaire, qui consiste à remplacer les cellules déficientes par des cellules saines, soit prélevées sur le malade lui-même, soit sur un donneur. Toujours dans le cas de la maladie de Duchenne, il s’agira de cellules souches3. Là aussi, des essais ont été réalisés, avec un certain succès, sur des souris MDX. Enfin, la dernière solution est tout simplement d’injecter la protéine manquante. C’est la voie la plus réaliste à court terme mais les effets secondaires sont nombreux et le patient devrait être traité à vie, contrairement aux thérapies génique et cellulaire qui, en théorie, ne nécessitent qu’une seule injection.

À quelles difficultés sont confrontés les chercheurs ?
L.V.
: Dans le cas de la thérapie génique, les freins sont d’abord éthiques, sociologiques et sécuritaires. Ils concernent notamment l’utilisation de vecteurs viraux4 qui peuvent présenter un risque. L’utilisation de vecteurs non viraux est prometteuse de ce point de vue-là ; reste à augmenter leur efficacité. Pour ce qui est de la thérapie cellulaire, l’utilisation des cellules souches peut poser des problèmes de bioéthique. D’un point de vue purement scientifique, des verrous existent également. Même si la plupart des maladies neuromusculaires ont été décrites il y a plus d’un siècle, leur compréhension est très récente. Dans la plupart des cas, les gènes et les protéines à l’origine de ces maladies n’ont été découverts qu’à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, ce qui fait que les essais sur l’homme n’ont, pour la plupart, pas encore pu être réalisés. Par ailleurs, la diversité de ces maladies a longtemps été sous-estimée. Derrière une seule maladie, se cachent souvent plusieurs formes, impliquant des mutations sur des gènes différents et qui nécessitent donc des stratégies différentes.

Propos recueillis par Coralie Hancok

Notes :

1. Du 26 au 30 mai, un congrès rassemblera plus de 1 000 chercheurs du monde entier, spécialistes du muscle et de ses maladies, et du 30 mai au 1er juin, un autre se tiendra sur la rééducation dans les maladies.
2. Laboratoire CNRS / Université Aix-Marseille-II.
3. Cellules qui, d'une part, peuvent donner des cellules spécialisées par différenciation cellulaire et, d'autre part, peuvent virtuellement se renouveler indéfiniment
4. Virus modifiés génétiquement pour transporter un gène thérapeutique dans les cellules humaines.

Contact

Laurent Vinay
Laboratoire « Plasticité et physio-pathologie de la motricité », Marseille
vinay@dpm.cnrs-mrs.fr


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