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Bertrand Nogarede, électrodynamicien

Du magnétisme dans l’air

rencontre avec

© S. Godefroy/CNRS Photothèque


Rendez-vous est donné au petit matin en plein cœur de Toulouse. En haut de l’escalier, un avis de recherche promet une récompense à qui retrouvera « Bertrand Nogarede, gourou tombé petit dans un moteur ». Le ton est donné. Difficile de garder son sérieux au sein du Groupe de recherches en électrodynamique, matériaux, machines et mécanismes électroactifs (Grem3), du Laboratoire plasma et conversion d’énergie (Laplace)1. La légèreté affichée par Bertrand Nogarede masque l’étendue des recherches qu’il dirige, à la croisée de la mécanique et de l’électromagnétisme. Un subterfuge loin de tromper la Société de l’électricité, de l’électronique, des technologies de l’information et de la communication, qui lui a décerné en décembre dernier la médaille Blondel. Une récompense internationale pour cet homme qui pousse son équipe à l’orée de nouveaux matériaux intelligents destinés tout autant à la domotique et à l’aéronautique qu’à la médecine ou aux microsystèmes.
Si notre chercheur a bien « une idée à la minute », comme l’annoncent ses collègues, l’une d’elles le taraude plus que les autres : unifier les concepts de l’électromagnétisme et de la mécanique des milieux déformables… c’est-à-dire rendre les systèmes « électro-mous ». Entre deux boutades, une explication s’impose. « La prochaine révolution technologique viendra des matériaux capables de se dispenser d’articulations mécaniques – tels les gonds de porte et autres roues des moyens de transport – pour effectuer des mouvements sans frottement, et donc sans perte d’énergie. Comment cela fonctionnera-t-il alors ? Les déformations des alliages seront contrôlées par un champ électromagnétique ! », assure-t-il. Si ces matériaux électroactifs ne sont pas encore sur le marché, leur place est réservée dans les avions. Bertrand Nogarede a en effet conçu en 2005 des vérins déformables qui pourraient bientôt équiper les ailes des Airbus – une fierté pour cet Occitan de cœur et de racines.
Le magnétisme a toujours fasciné notre homme. Enfant, il s’évertuait à contrer les « forces mystérieuses » qui animent les aimants en fer à cheval que son grand-père extrayait des moteurs thermiques d’automobiles. Sa curiosité espiègle l’a ensuite amené jusque sur les bancs de l’École nationale supérieure d’électrotechnique, électronique, informatique et hydraulique de Toulouse (ENSEEIHT) pour en comprendre les mécanismes intimes. « Cet aspect de la nature me fascine toujours. Je cherche à l’imiter », avoue-t-il, le regard plein de malice. Cette école, où il a maintenant son bureau, il ne l’a donc plus quittée.
Il entre au CNRS dès 1990, au Laboratoire d’électrotechnique et d’électronique industrielle, où ses prédécesseurs lui permettent de se rapprocher d’autres domaines pour ouvrir le champ d’action de l’électromagnétisme. Une complémentarité disciplinaire qu’il impose depuis 1998 à son équipe afin que la spécialité de chacun serve un seul et même objectif. Derrière son bureau encombré de machines-outils et de livres fondamentaux, Bertrand Nogarede ne le cache pas : « Nous nous appuyons sur cette multitude d’applications pour nous frotter à une cohérence théorique. »
Inévitablement, les domaines de recherche et les vingt brevets du GREM3 sont multiples et variés. Bertrand Nogarede, en « chef d’orchestre » fantasque épris de musique baroque, donne le rythme. Ici une majorité de travaux concerne l’aéronautique. Son équipe cherche à optimiser les commandes de vol des avions, pour les rendre 100 % électriques. Et teste en soufflerie d’autres concepts pour modifier la cambrure des ailes. Certains se penchent sur l’électrotechnique classique afin de rendre silencieux nos appareils électroménagers ou de compresser des poudres de plastique et d’aimant pour mouler des pièces mécaniques, en remplacement des circuits magnétiques en tôle. Mais surtout, Bertrand Nogarede tient à faire profiter la médecine des atouts de l’électromagnétisme. Peut-être parce que ses parents sont médecins, et sûrement parce que « les prothèses médicales sont au cœur d’un vrai problème de société : le vieillissement », explique-t-il. Le professeur conçoit ainsi avec une équipe de chirurgiens cardiaques de la Pitié-Salpêtrière des technologies qui assistent le cœur malade. Et d’ici à 2009, il pense aboutir à un ventricule implantable souple qui évite l’ablation de l’organe.
Son autre passion ? « Réussir à dominer l’imposante mécanique et les vibrations incroyables des tuyaux d’orgues, depuis que j’ai dix ans. » Impétueux, cet électron libre vient justement de sortir son premier CD, Orgues en liberté.

Aude Olivier

>> A VOIR
> Dans la collection « Ils ont choisi la recherche »,  Bertrand Nogarède, électrodynamicien (2006, 13 min.) de Jean-Marc Serelle, produit par CNRS Images (film à visionner en ligne)

Notes :

1. Laboratoire CNRS / INP Toulouse / Université Toulouse-III.

Contact

Bertrand Nogarede
Laboratoire plasma et conversion d'énergie (Laplace), Toulouse
bertrand.nogarede@laplace.univ-tlse.fr


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