
Histoire et géographie
© BNF Lettre des notables arméniens d'Ispahan à Louis XIV (1671), à l'époque de l'âge d'or du négoce international arménien.
Une culture du mélange
Bien au contraire, Jean-Marie Guillon, son actuel directeur, a tôt fait de vous démontrer que les règles strictes en vigueur dans cette ruche bourdonnant dans les murs de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (MMSH) ont de quoi déconcerter les aficionados de la recherche en solo. La philosophie de cette unité de recherche très ouverte sur le monde depuis sa création en 1994 « a toujours été de privilégier une culture de laboratoire en favorisant le travail d’équipe, ce qui n’est pas simple dans nos milieux individualistes, dit-il avec le soleil provençal dans la voix. Les programmes quadriennaux sur lesquels nous travaillons sont le fruit d’une réflexion collective, et non l’émanation de la seule volonté du directeur. Les responsabilités sont donc partagées entre chercheurs de spécialités et de statuts différents. »
Comprenez que chaque membre de Telemme a l’obligation de s’inscrire dans un ou deux programmes et de participer aux ateliers réunissant l’ensemble des chercheurs concernés par des questions communes d’approches, de sources et de méthodes. Et que les réticents n’y ont pas leur place… « Oui, nous devons être vigilants. Être membre de l’unité suppose de jouer le jeu du collectif à fond… », insiste Jean-Marie Guillon en confessant son allergie chronique tant aux « pratiques mandarinales » qu’aux « forces centrifuges qui peuvent casser une unité ».
Pour étudier une aire géographique aussi large que l’arc méditerranéen du nord, et un champ chronologique qui court du Moyen Âge à nos jours, pas moins de 7 chercheurs CNRS, plus de 45 enseignants-chercheurs, 21 enseignants-chercheurs associés et 86 doctorants (souvent des enseignants et autres salariés tenaillés par le virus de la recherche et irriguant la vie culturelle ou érudite) s’activent sur le pont de Telemme. Le labo s’enorgueillit d’avoir organisé, entre 2004 et 2007, 21 colloques internationaux, publié 133 ouvrages, dont 15 collectifs, et assuré la soutenance de 36 thèses. Bref, un gros équipage recruté pour l’essentiel au sein de l’Université de Provence et chargé de faire claquer les voiles du laboratoire, de Gibraltar à Salonique, via quatre programmes eux-mêmes subdivisés en trois ou quatre groupes.
Aux sources du présent
Au détour d’un couloir toujours très animé, l’on rencontre Sylvie Daviet, qui anime l’un de ces programmes avec Brigitte Marin. « Constructions territoriales et des dynamiques socio-économiques », qui réunit géographes et historiens travaillant ici main dans la main – fait suffisamment rare pour être mentionné –, « étudie la notion de territoire en tant que source d’identité et de culture. Nous cherchons à éclairer la façon dont les espaces (politiques, administratifs, économiques…) de la zone nord-méditerranéenne, une zone toujours ouverte grâce à la mer, se sont diversement organisés et imbriqués au fil des siècles », explique-t-elle. Un programme qui fait la part belle à la « longue durée » – c’est-à-dire à l’étude des processus sur de longues périodes –, mais qui ne néglige pas pour autant des sujets plus contemporains. Parmi eux : la diversification et la complexification des migrations internationales, l’impact de l’élargissement à l’Est de l’Union européenne sur la stratégie des sociétés et des acteurs publics, les enjeux environnementaux ou encore les mutations du vignoble méridional.
Des questions d’actualité, tout comme celles abordées dans « Figures et expressions de la régulation. Échelles, dynamiques et pratiques », le programme dirigé par Anne Carol. Il gravite quant à lui autour « de problématiques au carrefour de l’histoire sociale et des mentalités culturelles. Leur dénominateur commun : les formes que peut prendre la régulation à l’échelle des individus comme des collectivités », résume la contemporanéiste. À l’ordre du jour de nos chercheurs : des interrogations sur les normes destinées à permettre le fonctionnement de l’administration entre le XIe et le XVIIe siècle, sur les formules vouées à renforcer, voire à créer du lien social en marge de l’économie politique libérale (philanthropie publique ou privée, syndicalisme, associations caritatives et humanitaires) de la fin du xviiie siècle à l’époque actuelle, ou encore sur la médicalisation croissante de l’espace méridional (thermalisme, héliothérapie…).
Identités méditerranéennes

© Collection privée
Moule en bois utilisé en Provence, au début du xixe siècle, pour l'impression des « indiennes » (toiles peintes).
Philippe Testard-Vaillant
© Médiathèque de Miramas L'objectif de l'ambitieux programme Cartomundi est de collecter des cartes de toutes les époques et de numériser les plus abîmées. Contact : Jean-Luc Arnaud, arnaud@mmsh.univ-aix.fr |
1 « Temps, espaces, langages, Europe méridionale-Méditerranée » (CNRS / Université Aix-Marseille-I).
Site internet : Consulter le site web
2. Consulter le site web
Laboratoire « Temps, espaces, langages, Europe méridionale-Méditerranée » (Telemme), Aix-en-Provence
Jean-Marie Guillon, guillon@mmsh.univ-aix.fr
Sylvie Daviet, daviet@mmsh.univ-aix.fr
Anne Carol, carol@mmsh.univ-aix.fr