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Archéologie

Qusayr 'Amra, les bains du désert


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© Cl. Vibert-Guigue

Qusayr 'Amra est perdu au milieu de la steppe jordanienne. Plusieurs vestiges restent à fouiller à proximité.



Perdu au beau milieu du désert de Jordanie, un petit édifice thermal datant de la période omeyyade du VIIIe siècle renferme un véritable trésor archéologique : des peintures recouvrent presque l’intégralité de ses murs. Depuis 1989, une équipe franco-jordanienne reproduit méticuleusement ce témoignage iconographique unique. Un travail de titan aujourd’hui disponible dans un magnifique ouvrage illustré.

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© Cl. Vibert-Guigue

Sur le papier, Claude Vibert-Guigue a tenté des restitutions de couleurs. Ici, une tunique ornée de fins motifs.


Le site de Qusayr ‘Amra est un miracle de conservation ! » Claude Vibert-Guigue, de l’équipe « Peinture murale » du laboratoire « Archéologies d’Orient et d’Occident » (Aoroc)1, connaît son sujet. Il a passé sept ans à reproduire minutieusement les peintures murales que renferme ce petit « château du désert », le seul encore debout dans la steppe jordanienne. En fait de château, Qusayr ‘Amra – prononcé « koucé-ir amra » – est un bain omeyyade datant de la première moitié du VIIIe siècle. C’était l’époque d’une dynastie de califes sunnites qui gouverna le monde musulman de 661 à 750. Le site fait partie de ses fastueuses résidences perdues dans la steppe jordanienne. « Ces “châteaux du désert” permettaient probablement de retrouver un confort de type urbain pour les princes souhaitant profiter des plaisirs de la chasse », explique Claude Vibert-Guigue. « En outre, ces édifices revêtaient sans doute un rôle diplomatique pour maintenir un contact avec les tribus nomades. » Qusayr ‘Amra signifie littéralement « charmante petite construction ». Sans prétention vus de l’extérieur, l’intérieur des bains a de quoi subjuguer ses visiteurs : des peintures recouvraient ses 450 m2 de parois, arcs et voûtes. Ce décor figuré représente l’ensemble le plus important connu à ce jour de peinture murale de la période omeyyade. Un témoignage exceptionnel qui vient de faire l’objet d’une publication grâce au département des Antiquités de Jordanie et à l’Institut français du Proche-Orient. L’ouvrage présente une documentation graphique et photographique du bain et des fresques de Qusayr ‘Amra, élaborée entre 1989 et 1995 par Claude Vibert-Guigue.

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© Cl. Vibert-Guigue

La voûte aux artisans bâtisseurs est l'une des plus spectaculaires. Le prince commanditaire des bains a ainsi rendu hommage aux corps de métier qui ont construit l'édifice.



Ce n’est pas la première étude picturale faite sur le site. Qusayr ‘Amra avait déjà été remarqué à la fin du XIXe siècle par Alois Musil. L’explorateur tchèque apprend de Bédouins l’existence d’un mystérieux petit « château » décoré de peintures au milieu du désert. Il le trouve enfin, le 8 juin 1898. Trois ans plus tard, Musil revient accompagné du peintre Alphons L. Mielich pour reproduire les peintures du site. Ils furent les premiers à travailler sur l’édifice et à lui consacrer une publication de référence en 1907. Au début des années 1970, une mission espagnole intervient à son tour pour nettoyer et restaurer les fresques de Qusayr ‘Amra. Mais en retouchant certaines peintures, des informations précieuses ont peut-être été perdues. Enfin, en 1989, débute la mission franco-jordanienne. Objectif : un relevé documentaire exhaustif, à l’échelle un sur un, des 350 m2 de peintures conservées. La tâche a été confiée à Claude Vibert-Guigue, spécialiste de la peinture antique. Il a accompli un travail long et minutieux pour calquer chaque détail d’une voûte ou d’un mur, y compris les altérations et graffitis. « L’expérience montre que l’observation à l’œil nu, centimètre par centimètre, est la plus intéressante, assure Claude Vibert-Guigue, car cette technique a permis de détecter des détails jamais mis en évidence auparavant. »

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© Cl. Vibert-Guigue

La paroi la plus grande et la plus célèbre (mur ouest de la salle d'audience) juxtapose des scènes représentant des souverains (désignés en grec et en arabe) et une femme au bain : l'ensemble est surmonté d'une scène de chasse. Pour les décors moins bien conservés ou trop restaurés, Claude Vibert-Guigue a privilégié un rendu à l'aide de petits traits de crayons de couleur.



Plus largement, une spécificité des fresques de Qusayr ‘Amra est la grande diversité des thèmes représentés : tableaux à caractère princier et historique, scènes de chasse, de bains, musiciens et danseurs, athlètes et artisans. Sont-ils le reflet des us et coutumes de la cour omeyyade ou seulement des motifs stéréotypés pour la décoration des bains ? Des écrits du début du xe siècle apportent quelques éléments de réponse : les belles images sont censées guérir les humeurs mélancoliques et les inquiétudes de l’âme humaine. Aussi, le décor des bains, lieu de détente par excellence, se doit-il de stimuler les trois facultés du corps. La première, instinctive ou animale, est fortifiée par des scènes de chasse et de combat. La seconde, psychologique, par des représentations de l’amour et du couple, et la troisième, physique, par des tableaux bucoliques aux couleurs ravissantes. Les archéologues ont également été surpris par la présence d’un grand nombre de femmes dénudées. « Ces images sont étonnantes pour un commanditaire musulman. Elles représentent une période-clé où l’art islamique en est encore à un stade de formation », explique Claude Vibert-Guigue. D’ailleurs, si ces peintures relèvent d’un style gréco-syrien, on y décèle de multiples influences, notamment byzantines.
Au final, cette enquête exhaustive est la seule publiée tout juste un siècle après la parution de celle d’Alois Musil en 1907. L’ouvrage de Claude Vibert-Guigue et du Dr. Ghazi Bisheh2 sur ce monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco était donc extrêmement attendu par la communauté scientifique.

Caroline Dangléant

LE LIVRE

Les peintures de Qusayr ‘Amra
Un bain omeyyade dans la bâdiya jordanienne

Par Claude Vibert-Guigue et Ghazi Bisheh. Coéd. Institut français du Proche-Orient, « Bibliothèque archéologique et historique - T. 179 » et Department of Antiquities of Jordan, « Jordanian archaeology vol. 1 », Beyrouth, 2007. Ouvrage publié avec le concours du ministère des Affaires étrangères et du CNRS. (31 x 38 cm.)

Notes :

1. Laboratoire CNRS / École normale supérieure.
2. Ancien directeur général du département des Antiquités de Jordanie.

Contact

Claude Vibert-Guigue
Laboratoire « Archéologies d'Orient et d'Occident », Paris
claude.vibert-guigue@ens.fr


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