Cacher son homosexualité pour éviter les discriminations au travail ? Une attitude encore trop fréquente chez les personnes gaies ou lesbiennes qui dissimulent leur orientation sexuelle par crainte des réactions de leur entourage. «
66 % des salarié(e)s homosexuel(le)s déclarent n’avoir “plutôt pas souvent” dévoilé leur homosexualité au cours de leur vie professionnelle, et 17 % ne l’avoir jamais fait », révèle Christophe Falcoz, chercheur au Centre d’études et de recherches appliquées à la gestion (Cerag)
1 et auteur de la plus vaste étude jamais menée en France sur le sujet
2. Et pour cause, précise cette enquête commanditée par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) et rendue publique le 6 mars dernier : s’ils/elles se cachent, c’est parce que l’homophobie au travail est encore très répandue. On estime à 1,2 million au moins le nombre de personnes gaies et lesbiennes sur le marché du travail, soit environ 4 % de la population active. «
Et 88 % des 1 413 personnes interrogées, qu’elles en aient été témoins ou victimes, disent avoir perçu de l’homophobie », poursuit le chercheur.
Comment se manifeste-t-elle ? Massivement (pour 85 % des répondant(e)s) de manière « implicite », par de l’indifférence, des rumeurs, du rejet ou du harcèlement sans mention de l’orientation sexuelle, et, pour deux personnes sur cinq, « explicitement » sous la forme de blagues, d’insultes, de dégradation de biens, voire de violences physiques… «
Et ce sont majoritairement les collègues qui en sont les auteurs… » Des comportements dont les personnes homosexuelles souffrent souvent sans mot dire, de peur d’aggraver la situation ou de perdre leur emploi. Les discriminations d’ordre professionnel seraient en comparaison relativement peu fréquentes : les répondant(e)s ne sont « que » 12 % à déclarer avoir été mis hors jeu lors d’une promotion au moins une fois, et 8 % lors d’une embauche. Viennent ensuite, loin derrière, les problèmes de rémunération et de licenciement.
Pour se protéger, deux homosexuel(le)s sur trois adoptent donc des « stratégies de masque » (s’inventer une vie hétérosexuelle, éluder les questions personnelles…), en particulier lors des moments de convivialité comme les pauses café, déjeuners et séminaires. Pour lutter contre cette discrimination invisible, la loi de 2001 pénalisant l’homophobie ne semble donc pas suffire. «
Il faudrait agir en amont, conclut le chercheur,
en organisant par exemple des formations spécifiques sur la diversité en entreprise. » Avec pour objectif que tous les salariés se sentent respectés dans leurs différences et libres d’être eux-mêmes.
Stéphanie Arc