
Jean-Paul Renard directeur de Recherche à l'Inra.
© G. Paillard / INRA
Dans les prochaines semaines, le projet de loi sur la bioéthique doit être présenté à l'Assemblée nationale.
Le clonage thérapeutique sera au centre des discussions. Le clonage, rappelons-le, est une technique qui consiste à remplacer le noyau d'ovules encore non fécondés par le noyau de cellules différenciées (voir encadré) prélevées sur un organisme adulte. En une heure, un bon expérimentateur peut reconstruire plusieurs dizaines d'embryons. Tous posséderont le même ensemble de gènes nucléaires puisque chacun aura été reconstitué à partir d'un noyau provenant du même prélèvement tissulaire.
Pour le chercheur, le clonage est une technique très utile pour étudier les interactions entre le noyau et le cytoplasme de la cellule au début du développement.
Il a permis de découvrir l'étonnante plasticité du noyau qui peut être « reprogrammé » pour conduire un développement à terme, mais il faut pour cela transplanter l'embryon dans une femelle porteuse afin qu'il puisse se développer in vivo. C'est le clonage « reproductif ». Le taux de succès est faible. Mais on a pu obtenir des souris fertiles et de durée de vie normale, ce qui confirme que le noyau de cellules adultes différenciées (voir encadré) peut redevenir totipotent, c'est-à-dire qu'il peut conduire à lui seul au développement complet d'un organisme vivant complexe. Ce type de clonage est interdit chez l'homme pour des raisons éthiques évidentes.
Quant au clonage dit « thérapeutique », il a pour but d'isoler in vitro, quelques jours après la reconstitution de l'embryon, des lignées de cellules, génétiquement identiques à celles du donneur, et aux propriétés semblables des cellules embryonnaires souches pluripotentes ES (Embryonic Stem cells) (voir encadré). Avantages : elles peuvent remplacer les tissus lésés du donneur sans risque de rejet immunitaire puisqu'on peut les différencier en culture. On l'a démontré chez la souris. Aujourd'hui, chez l'homme, ces recherches ne sont autorisées qu'au Royaume-Uni. En France, elles feront l'objet du prochain débat au Parlement et risquent de ne pas être autorisées. Aujourd'hui cet interdit possible ne compromettrait pas les recherches parce qu'il reste encore beaucoup à découvrir chez l'animal : les mécanismes qui permettent à un noyau différencié de retrouver un état pluripotent sont encore mal compris. Et il existe peut-être des alternatives à l'utilisation des cellules embryonnaires : les cellules souches adultes multipotentes (voir encadré). Leur potentiel de différenciation est a priori plus restreint mais leur emploi éviterait l'utilisation d'embryons humains. L'enjeu est important. Des consortiums de laboratoires s'organisent pour isoler ces cellules et maîtriser les conditions in vitro de leur renouvellement et de leur différenciation vers un type cellulaire donné. Mais pour comprendre, il est indispensable de pouvoir comparer le potentiel de ces cellules souches adultes à celui des cellules ES dont la mise en culture est aujourd'hui beaucoup mieux maîtrisée. Pour cela, il faudra probablement recourir occasionnellement à des cellules embryonnaires humaines issues de clonage. Et la lourde procédure de la loi devrait de nouveau être engagée. Alors, plutôt que d'interdire, il conviendrait de définir des lieux et des procédures qui permettraient à la recherche et au processus législatif d'avancer ensemble. Et sur le fond, de mieux comprendre pourquoi le recours à cette technique, qui pourrait nous aider à échapper le plus possible aux dégâts qui peuvent atteindre notre corps, suscite encore autant de peur.
Jean-Paul Renard
| Les mots pour comprendre Cellules différenciées : un homme est composé de plus de 200 types cellulaires (foie, système nerveux, muscles etc.). Chacun remplit une fonction précise. L'état différencié de chaque type s'acquiert progressivement au cours du développement embryonnaire. Cellules souches totipotentes : elles peuvent individuellement donner naissance à un individu complet. C'est le cas de l'œuf fécondé et des cellules issues de ses toutes premières divisions. Cellules souches pluripotentes : elles peuvent donner de très nombreux types cellulaires, mais pas tous. Cellules souches multipotentes : elles ne produisent qu'un nombre restreint de types cellulaires. |