Au V
e siècle avant J.-C., les Aulerques Cénomans, un peuple celte dont la capitale était l’imposante cité Vindunum – devenue Le Mans – bâtirent un sanctuaire religieux sur la plus haute colline des alentours. Plus tard, sous l’Empire romain et jusqu’au IV
e siècle après J.-C., les constructions se succédèrent sur ce site de la Forêterie, comme le révèlent les fouilles menées depuis trente ans déjà. Ainsi, les recherches de Katherine Gruel et Véronique Brouquier-Reddé, du laboratoire « Archéologies d’Orient et d’Occident » (Aoroc)
1, pendant ces treize dernières années, ont mis au jour les traces du sanctuaire gallo-romain le plus récent. Puis, sous la cour, furent retrouvés des chantiers de construction datés du II
e siècle après J.-C. : une découverte assez exceptionnelle ! Et cette année, la cour du I
er siècle après J.-C. commence à se dessiner sous l’aire de travail, avec, au cœur des fondations, des objets restés scellés qui annoncent peu à peu quel fut le culte rendu sur ces lieux.
Pourquoi avoir construit ce sanctuaire sur la plus haute colline de la région ? Pour prouver la bravoure de leur peuple, affirment certains ; d’autres y voient plutôt le signe d’une dévotion forte pour leur dieu. Quoi qu’il en soit, le site dominait les alentours : ce temple à podium, à tour circulaire (une cella) et colonnade corinthienne, était intégré dans une vaste cour de 80

© V. Bernollin
mètres de côté limitée par des portiques.
« Les Romains ont nivelé la colline pour obtenir la terrasse d’implantation de cette cour, explique Katherine Gruel, directrice de recherche à l’Aoroc en charge des fouilles.
Les remblais déversés sur le flanc nord de la colline ont protégé les niveaux plus anciens. Une chance ! » Ainsi, les différentes étapes de réalisation du dernier sanctuaire sont lisibles sur le terrain : les pierres étaient taillées dans un atelier, où s’est déposée une épaisse couche de tuffeau
2, situé sur les aires de construction. Au-dessus de celui-ci, était installé un autre atelier pour travailler les métaux : plomb pour les scellements, clous de menuiserie et de charpente, plaques à marbre, bronze… Ces niveaux ont été parfaitement conservés, et avec eux, des monnaies ainsi que des céramiques gallo-romaines fines et variées.

© K. Gruel
Le cloître à portique et la tour circulaire gauloise du temple en construction, ainsi que ses ateliers adjacents, sont recréés en images 3D grâce aux techniques de microtopographie.
À qui était dédié ce site gallo-romain, ainsi reconstruit et élargi ? Plusieurs inscriptions latines mettent les archéologues sur la piste. Découvertes pour certaines l’année dernière, des inscriptions du sanctuaire du Ier siècle après J.-C. ont confirmé que le temple était destiné au culte du dieu Mars Mullo : le dieu romain Mars était donc associé au dieu celte Mullo, dont nous ne connaissons rien à ce jour, si ce n’est qu’il était honoré dans tout l’Ouest de la Gaule.
D’autres inscriptions portent le nom des Aulerques Cénomans. La plus importante est une dédicace dont la date n’est pas connue, au gouverneur romain de la province, le légat de la Lyonnaise
3. C’est ce qu’a dévoilé en 2007 la lecture de François Bérard, de l’Aoroc.
« Cette plaque de métal, appelée patte à marbre, est encore incomplète. Nous savons que cet homme a eu une carrière militaire importante, mais il nous manque son nom. Les 
© P. Delangle
Plusieurs centaines de pièces gauloises, nommées « potins à tête diabolique », sont présentes sur le sanctuaire.
spécialistes d’épigraphie n’arrivent pas à l’identifier… », précise Katherine Gruel.
Ce n’est pas tout. Le remblai utilisé par les Romains a scellé d’autres indices importants. Déjà, une centaine de fragments gaulois – fourreaux, épées pliées – ont été trouvés ; et des monnaies, frappées à l’époque gauloise
4 dans le Centre-Est de la Gaule, en Narbonnaise ainsi qu’à Marseille étaient mélangées à des monnaies locales. Ce temple fut donc très tôt en contact avec ces régions éloignées. La puissance et le rayonnement de ce sanctuaire s’imposaient-ils alors dans toute la Gaule ? Les fouilles continuent…
Aude Olivier
>Pour en savoir plus : www.archeo.ens.fr