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L'oeil sur le cancer

Stéphanie Pitre

La jeune femme nous accueille à l’entrée de l’hôpital Tenon, à Paris. Son manteau d’hiver ne dissimule plus son ventre rond. Stéphanie Pitre est enceinte de huit mois… Et parce qu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la jeune chargée de recherche au laboratoire « Imagerie et modélisation en neurobiologie et cancérologie » (IMNC)1, un domaine à l’interface entre la physique et la médecine, a également reçu la même année deux belles distinctions : le prix de l’ingénieur de l’année décerné par L’usine nouvelle, qui vient couronner ses débuts prometteurs dans la recherche sur le cancer, concrétisés par la conception d’une mini-caméra permettant de détecter des ganglions cancéreux ; et le trophée « Femme en or 2008 » dans la catégorie « Recherche et innovation », qui met l’accent sur l’ouverture des métiers scientifiques aux femmes. « J’ai été très chanceuse, insiste Stéphanie. Je suis évidemment ravie, d’autant plus que dans les deux cas ces prix mettent en lumière la recherche publique. » Deux prix, un bébé et un protocole clinique qui se termine… Un joli record pour cette physicienne de 32 ans, qui ne compte pas se reposer sur ses lauriers.

Pitre

© H. Raguet/CNRS Photothèque



Pour s’en convaincre, il suffit de faire un bref retour en arrière. À ses débuts. Son DEA de physique nucléaire et physique des particules à peine soutenu, Stéphanie Pitre se lance en 1999 dans un doctorat en instrumentation médicale. À l’Institut de physique nucléaire d’Orsay2, elle va s’employer à développer le second prototype de caméra POCI (Per Operative Compact Imager). Dédiée au traitement chirurgical du cancer, cette mini-caméra permet de détecter les rayonnements « gamma » qui proviennent d’un produit radioactif injecté dans l’organisme pour marquer une tumeur. Un premier prototype miniaturisé avait déjà vu le jour dans ces murs en 1996. Très maniable, il tenait dans la main, contrairement aux anciennes générations de détecteurs aussi volumineux qu’un scanner… Une avancée notable pour les chirurgiens en bloc opératoire : la réalisation de ce premier prototype avec un champ de vue de 25 millimètres de diamètre avait permis de réaliser l’ablation d’une tumeur. Et surtout de démontrer la faisabilité de cette innovation ! Stéphanie, elle, concentre sa thèse sur un second prototype, couvrant une zone allant jusqu’à 4 centimètres de diamètre, tout en conservant le même encombrement et la même masse de 1,2 kg. « L’objectif de ma thèse était de montrer l’intérêt de ce second prototype en chirurgie et en détection du cancer du sein, explique-t-elle. Depuis la fin de ma thèse en 2003, nous avons développé ce prototype qui répond aux normes médicales : un travail de deux années complètes. En parallèle, il a fallu former des chirurgiens et des infirmières à cette nouvelle technologie et mettre en place un protocole pour évaluer le POCI sur 200 patientes. Commencé le 1er janvier 2006, celui-ci se termine le 29 février 2008. Maintenant, il va falloir dépouiller les résultats, pour répondre à deux questions qui nous intéressent : la nouvelle caméra miniaturisée peut-elle remplacer les fameux grands détecteurs encore utilisés aujourd’hui ? Enfin, peut-elle aider le chirurgien à détecter, en les visualisant, tous les ganglions, en complément des traditionnels compteurs de radioactivité de la taille d’un stylo ? Pour l’heure, on ne peut que révéler un sentiment enthousiaste de la part du personnel infirmier et des chirurgiens, car l’outil est très pratique et permet selon eux, de bons résultats. Pour le reste, on croise les doigts… » Car si les résultats du protocole s’avéraient positifs, des industriels pourraient bien s’emparer du développement de cet outil. Véritable bourreau de travail, Stéphanie planche déjà sur la valorisation industrielle d’un nouveau prototype de « gamma caméra », à l’horizon 2009. Élaboré à partir d’une autre technologie, il devrait permettre de détecter d’autres types de cancers.

Camille Lamotte

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Universités Paris-VII et Paris-XI.
2. Institut CNRS / Université Paris-XI.

Contact

Stéphanie Pitre
Laboratoire « Imagerie et modélisation en neurobiologie et cancérologie » (IMNC), Orsay
pitre@ipno.in2p3.fr


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