L’aluminium ? Pas assez dur. Le cuivre ? Il s’oxyde. L’or ? Il est poreux. Les métaux les plus utilisés ont tous leur talon d’Achille. Mais Quertech Ingénierie a trouvé le moyen d’y remédier. Cette start-up, née en 2003 sur le site du Grand accélérateur national d’ions lourds (Ganil)
1, à Caen, s’est appuyée sur le savoir-faire de ce grand centre européen de physique atomique pour tester son idée : implanter des ions azote « multichargés » (ils ont tous entre une et cinq charges positives) dans les métaux pour améliorer leurs propriétés de surface. Avec ce procédé nommé nitruration, la pièce à traiter est bombardée avec un faisceau d’ions : plus la charge d’un ion est élevée, plus il pénètre profondément dans le matériau. Les ions multichargés s’incrustent ainsi uniformément sur une épaisseur de 1 à 2 micromètres et forment un alliage avec le métal. Les résultats obtenus sont impressionnants : la dureté de surface est augmentée jusqu’à 7 fois. En outre, la sensibilité à l’oxydation est très réduite car les ions azote barrent la route aux atomes d’oxygène responsables de celle-ci. Enfin, le bombardement des ions « polit » la surface et améliore le coefficient de frottement, cette grandeur caractéristique des interactions entre deux matériaux. De plus, le traitement est réalisé à froid, ce qui ne déforme pas le métal.

© Quertech Ingénierie 2008
Une source d'ions miniaturisée (en haut) bombarde la pièce placée dans une enceinte (en bas).
Le procédé, commercialisé sous la marque Hardion, a de multiples domaines d’application : l’automobile, pour le traitement des pièces de moteur en aluminium, la plasturgie (l’industrie du plastique) pour le renforcement des moules, l’aéronautique afin de protéger la surface des pièces en titane, la connectique, avec la création d’un cuivre inoxydable et qui offre un meilleur contact, le biomédical, pour améliorer la tolérance des prothèses en titane, ou encore l’industrie du luxe, demandeuse d’un or à dureté renforcée.
Encore fallait-il passer du laboratoire à l’industrie.
« Le Ganil nous a fourni ses sources d’ions, des moyens techniques et humains très importants, un hébergement pendant deux ans au sein de son incubateur, et nous a apporté une grande crédibilité lorsqu’il s’est agi de contacter des industriels », explique Frédéric Guernalec, P-DG de Quertech Ingénierie, qu’il a fondée avec Denis Busardo, docteur-ingénieur venu du Ganil.
« Nous avons accueilli 35 start-up dans notre incubateur depuis 2000, dont Quertech, précise Sydney Galès, directeur du Ganil.
Mais elles ont rapidement volé de leurs propres ailes. »
Trois ans plus tard, forte de 10 salariés, de 12 brevets et de multiples prix d’excellence pour son invention, la PME de Caen est sur le point de signer un partenariat avec un des leaders mondiaux du traitement de surface qui lui assurera une visibilité dans 27 pays. Vous avez dit success story ?
Jean-François Haït