
Revelor
Tous les trois mois, à Nancy, les grands noms de l’industrie verrière et les laboratoires de recherche du domaine se réunissent autour d’une table. Les représentants de Baccarat, Daum ou Saint Louis évoquent un défaut récurrent sur un vase de cristal, un moule qui se corrode, une pâte de verre trop visqueuse… Face à eux, des chercheurs en mécanique, chimie, physique, génie des procédés et géologie, proposent des solutions. Tous ces spécialistes appartiennent au Réseau verrier lorrain (Revelor) créé en 2000. Et ils échangent aujourd’hui dans un véritable climat de confiance. « Les industriels viennent nous exposer leurs problèmes très librement. Ils jouent vraiment le jeu du partenariat », se réjouit Gérard Jeandel, professeur au Laboratoire d’énergétique et de mécanique théorique et appliquée (Lemta)1 et président de Revelor.

© CRPG/CNRS
Grâce à ces échantillons de verre, les scientifiques ont caractérisé le comportement des éléments colorants du verre. Une question qui intéressait la cristallerie Daum.
© Daum Vase « Tulipe » en pâte de cristal de chez Daum.
Un projet qui prend forme
Aujourd’hui, les partenaires du réseau verrier ont décidé de concentrer leurs efforts sur la modélisation de la mise en forme du verre, en d’autres termes sur le comportement du verre lorsqu’il s’écoule dans un moule ou qu’il épouse ses formes (thermoformage6). Cette étape de fabrication est en effet très délicate. Si la pâte de verre n’est pas à la bonne température tout au long du processus de formage, elle peut subir des chocs thermiques et finir par se briser. Une phase d’autant plus critique lorsqu’il s’agit de fabriquer un objet d’art aux formes complexes, édité en seulement huit exemplaires. « Pour les petites séries, un industriel n’a pas le temps de tâtonner pour réaliser son moule. Il préfère parfois abandonner le marché plutôt que de risquer de ne pas tenir les délais », souligne Gérard Jeandel. Depuis mars 2007, plusieurs équipes de recherche se penchent donc sur cette problématique, caractérisent les matériaux, modélisent les transferts de chaleur qui s’opèrent entre le moule et le matériau…

© F. Golfier/Pôle verrier
Cette pièce de verre a été réalisée grâce au thermoformage, technique qui consiste à déformer une plaque de verre dans un four pour qu'elle se ramollisse et épouse la forme d'un moule.
Transferts de compétences
Et pour les scientifiques, c’est une véritable satisfaction de mettre leurs connaissances au service du monde industriel, sans pour autant être déconnectés de la recherche fondamentale. Guy Libourel s’amuse à comparer les études qu’il mène sur les nébuleuses protosolaires – c’est-à-dire les nébuleuses d’une étoile en formation – et sur les incinérateurs d’ordures ménagères : « Ce sont, en les caricaturant, deux milieux gazeux et poussiéreux, riches en convections et en turbulences. Les objectifs ne sont pas les mêmes mais il y a des similitudes au niveau des modèles, des équations et des conditions de formation des verres. » Autre vecteur de compétences scientifiques vers l’industrie : les embauches. Ce fut le cas pour Franck Humbert. Après une thèse sur la solubilité de l’azote dans les liquides silicatés au CRPG, il fut recruté par Daum. « Pour éviter que certaines cristalleries lorraines de renom ne soient délocalisées, il faut leur donner les moyens d’être en avance au niveau de la recherche et du développement », conclut Gérard Jeandel.
Laurianne Geffroy
Pour en savoir plus: www.idverre.net/recherche/revelor.php
1. Laboratoire CNRS / INPL Nancy / Université Nancy-I.
2. Centre CNRS.
3. Réaction chimique au cours de laquelle des électrons sont transférés d'une espèce chimique (réducteur) à une autre (oxydant).
4. LSGS, LFM, CRGP, LEMTA, IECN, LPM et LCSM.
5. Cerfav, Critt matériaux et Inisma.
6. Technique consistant à chauffer une plaque de verre afin de lui faire épouser la forme d'un moule.
7. Dont la température peut être contrôlée en tout point.
Gérard Jeandel
gjeandel@lemta.uhp-nancy.fr
Guy Libourel
libou@crpg.cnrs-nancy.fr