« Ne pas relâcher notre effort de recherche sur le sida »

Frédéric Dardel
Directeur scientifique du département des sciences du vivant (SDV)
>Editorial écrit en collaboration avec Évelyne Jouvin-Marche, directrice scientifique adjointe du département SDV
Voilà vingt-cinq ans que le virus du sida a été isolé et décrit par l’équipe du professeur Luc Montagnier à l’Institut Pasteur. Vingt-cinq ans de recherches passionnées, acharnées, qui ont vu une mobilisation sans précédent des scientifiques dans les différents domaines concernés : virologie, immunologie, clinique, chimie, épidémiologie, santé publique, sciences sociales… Pendant le quart de siècle qui vient de s’écouler, des progrès remarquables ont été accomplis, sur la connaissance du virus lui-même, sur ses interactions avec l’organisme, sur les moyens de lutte. Pourtant le combat est loin d’être gagné, et il risque même de durer encore pendant de nombreuses années. Les journées du Sidaction (du 28 au 30 mars) sont donc l’occasion de réaffirmer la nécessité de ne pas relâcher notre effort de recherche.Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que le VIH-1, le virus du sida, est un virus complexe, un ennemi sournois et dangereux. Il s’attaque à notre système immunitaire, contrant ainsi nos mécanismes naturels de lutte contre les infections, dont la fonction serait précisément de l’éradiquer. C’est un ennemi insaisissable, un caméléon qui change sans arrêt d’apparence extérieure pour mettre en échec tous les systèmes de défense de notre organisme. Cette capacité de dissimulation lui a permis jusqu’à présent d’échapper aux tentatives de développement des vaccins préventifs. Il se dissimule dans des « réservoirs », à l’intérieur de cellules où les antiviraux ne peuvent pas l’atteindre. Comme pour beaucoup de pathologies infectieuses, il ne faut pas baisser la garde. En effet, soumis à la pression de sélection de l’usage des tri- et quadrithérapies, le virus évolue, et certaines souches deviennent résistantes, conduisant à des échecs thérapeutiques.
Dès le début, les équipes du CNRS se sont largement engagées dans l’important effort de recherche contre ce pathogène. Au cours des quatre dernières années, elles ont été associées à près de sept cent publications scientifiques, aussi bien en biologie qu’en chimie ou encore en sciences humaines. Les contributions des laboratoires du département des Sciences du vivant se sont focalisées sur la recherche amont en virologie moléculaire, biologie moléculaire et cellulaire, et en immunologie. Celle-ci concerne l’analyse des relations virus-cellule hôte, comme les mécanismes d’entrée du virus VIH dans les cellules, le processus d’apoptose (mort cellulaire) et la caractérisation des cofacteurs cellulaires qui interagissent avec les protéines du VIH-1. En immunologie, les chercheurs ont participé à la compréhension de l’effondrement et des défaillances des défenses immunitaires. En virologie, les équipes ont fortement contribué à l’étude des protéines du virus pour déterminer leur structure, comprendre les fonctions de certaines d’entre elles – comme l’intégrase, enzyme-clef du cycle de réplication –, et mieux connaître les processus d’assemblage du virion
1.
Actuellement, nos équipes s’intéressent à l’étude de la persistance virale, et en particulier aux cellules « réservoirs ». Ceci implique d’accroître les connaissances sur la transcription latente et la réactivité de l’expression de protéines virales. Ces connaissances bénéficient des avancées sur le rôle des micro-ARN, du protéasome et des protéines impliquées dans l’organisation même du génome. Parallèlement, plusieurs équipes participent à la problématique de résistance aux traitements en développant de nouveaux médicaments tels qu’IDC16 (molécule capable de bloquer l’infection par le VIH en empêchant l’épissage des ARN du virus) et des approches innovantes comme l’association de vaccin anti-VIH et d’antiviraux afin d’amplifier la réponse immunitaire de l’hôte.
Il reste donc encore beaucoup de questions et d’enjeux pour faire avancer notre connaissance de la pathologie et développer de nouvelles stratégies thérapeutiques dans les années à venir.
Frédéric Dardel1. Forme que prend le virus en dehors des cellules (constitué d’un acide nucléique entouré d’une coque de protéines).