
Nicole Lapierre
Edgar Morin, plans rapprochés
Éd. Seuil, revue Communications, n° 82, janvier 2008, 192 p. – 16 €
Nicole Lapierre est directrice de recherche au CNRS, membre du Centre d’études transdisciplinaires sociologie, anthropologie, histoire (Cetsah-Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain, CNRS / EHESS) et codirectrice de Communications.
La revue Communications est à l’origine du premier questionnement des sciences sociales sur les communications de masse – aujourd’hui « mass media ». Comment est-elle née ?
Communications a été créée par Georges Friedmann à l’automne 1961, avec Roland Barthes et Edgar Morin. Devenue une référence sur les communications de masse et les études sémiologiques en France, la revue a rapidement acquis un rayonnement international. Des numéros ont ainsi été consacrés à la chanson, à la radio, à la télévision, aux vacances, au tourisme, à la publicité, à la bande dessinée, avec des signatures comme celles de Theodor Adorno, Umberto Eco ou Felix Gattari. Depuis les années 1980, elle a élargi ses thèmes aux questions anthropo-sociales en se voulant résolument transdisciplinaire et ceci, sous l’impulsion d’Edgar Morin…
Sur lequel vous faites converger plusieurs regards…
Effectivement, il s’agit bien de « regards » et c’est la raison pour laquelle nous avons intitulé ce numéro : « Edgar Morin, Plans rapprochés ». C’est à la fois un clin d’œil à sa passion pour le cinéma – auquel il a consacré deux ouvrages, Le cinéma ou l’homme imaginaire (Minuit, 1956) et Les stars (Seuil, 1957) – et une métaphore sur la proximité intellectuelle et souvent amicale qui le lie à la plupart des auteurs de ce numéro. Aujourd’hui, le nom d’Edgar Morin est associé à son œuvre majeure d’épistémologie, La méthode. Mais il a été pionnier dans beaucoup d’autres domaines. Si l’on prend ses principaux thèmes de recherche – le cinéma, l’homme et la mort, la modernité, la culture de masse, les rumeurs, et j’en oublie –, on est frappé par la remarquable acuité et l’indéniable actualité de ses travaux. C’est une des choses que nous avons voulu montrer ici en revenant, par exemple, sur la sociologie du présent et le rôle de l’évènement, la culture de masse et l’individualisme contemporain, ou l’idée de l’unité de l’homme et du lien nature/culture. Nous avons voulu aussi aborder des aspects peu connus comme, par exemple, le Morin journaliste ou la part juive dans sa démarche.
Dans ce numéro qui lui est consacré, vous lui donnez le dernier mot ?
Morin aime rappeler que sa pensée chemine et que la connaissance est toujours ouverte, inachevée et qu’en ce sens il ne saurait y avoir de dernier mot. Mais il est vrai que ce numéro se termine par un entretien avec lui sur des questions très actuelles, qui concernent la politique et l’écologie. Il y analyse en effet la crise de la gauche en France aujourd’hui et défend l’idée d’une véritable politique de civilisation1. L’engagement d’Edgar Morin dans les affaires du monde et la vie de la cité n’a jamais cessé. Pour lui, la révision de nos façons de raisonner, liant sciences et humanités, connaissance et réflexivité, ne concerne pas que les savants, mais tous les citoyens. Et avec lui, le dernier mot est toujours un projet.
Propos recueillis par Léa Monteverdi
1. Edgar Morin et Sami Naïr, Une politique de civilisation, Arléa, 1997.