
Chimie

© F. Vrignaud/CNRS Photothèque
Gérard Férey, qui a créé l'Institut, a révolutionné la chimie grâce aux nouvelles méthodes qu'il a mises au point.
De l’extérieur à l’intérieur © Institut Lavoisier Un solide poreux idéal pour stocker différentes sortes de molécules.
François Couty, directeur adjoint de l’Institut Lavoisier, « joue » aussi au Lego moléculaire, mais avec des molécules organiques. « En fonction des affinités entre atomes, nous imaginons les différentes étapes pour synthétiser “brique après brique” un composé », explique le chercheur. « Nous pouvons partir d’un produit chimique de base, simple et peu cher, pour reproduire une molécule biologiquement active et déjà connue, mais trop coûteuse à extraire de la nature. » Bel exemple de réussite de l’équipe : la synthèse de cyclopeptides, drôles de molécules circulaires, d’ordinaire isolées à partir de feuilles, racines et graines de différentes plantes, et connues pour leurs vertus sédatives, antibactériennes… en médecine asiatique et sud-américaine. Autre molécule, enjeu de grandes avancées, le TMC-95, un anticancéreux prometteur par son mode d’action original, également très coûteux à produire. « Un jeune chercheur de notre équipe, Gwilherm Evano, médaille de bronze au CNRS cette année, a reçu une bourse de l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour développer nos techniques sur ce sujet », souligne le directeur adjoint.
Une chimie plus verte
Dans cet institut où la moyenne d’âge des chercheurs ne dépasse pas quarante ans, on se soucie aussi beaucoup de l’environnement. « La chimie a mauvaise réputation », commente François Couty, en surveillant un ballon de caoutchouc orange où s’achève une synthèse. « Nous essayons donc de respecter une charte de “12 règles de chimie verte” que nous avons fixées. » Par exemple, réduire la quantité de solvant, ce liquide, souvent très polluant, où doivent « baigner » les réactifs à utiliser. « Pour un gramme de réactif, il en faut soixante de solvant ! », explique justement Régis Goumont, du groupe « Réactivité et catalyse ». « Notre équipe essaie de remplacer les solvants ordinaires par un liquide ionique, chargé électriquement, biodégradable et réutilisable, préparé par activation micro-ondes. » Ces ondes, de haute puissance, utilisées en milieu clos, permettent non seulement de réduire d’un facteur dix la quantité de solvant mais aussi d’abaisser la durée et la température nécessaires à la réaction. Autre avantage de ces nouveaux chemins réactionnels : il se forme moins de produits secondaires, inutiles et polluants. Dans le même département, Emmanuel Magnier se concentre quant à lui sur le fluor. « Cet élément chimique, totalement absent du corps humain, est un très bon marqueur pour suivre les molécules », explique le chercheur. Son équipe s’applique donc à « enrichir » des principes actifs déjà connus avec des atomes de fluor, toujours façon Lego. Cela pourrait permettre d’affiner certains traitements et médicaments. D’autant que l’apport de fluor améliore souvent l’efficacité des médicaments et leur arrivée jusqu’à leur cible, notamment en les protégeant de la digestion. « Nous avons ainsi synthétisé un analogue fluoré du Faslodex (Fulvestrant), médicament anticancéreux actuellement sur le marché », ajoute Emmanuel Magnier.
Le palais des nano-objets © F. Vrignaud/CNRS Photothèque La XPS, spectroscope à rayons X, permet de cartographier la surface des matériaux.
Loin des « architectes » moléculaires, Arnaud Etcheberry, autre directeur adjoint de l’Institut et responsable du groupe « Physicochimie et électrochimie aux interfaces », fait réagir grâce à l’électrochimie, à – 55 °C, de l’ammoniac liquide sur des petits rectangles de phosphure d’indium, un matériau très utilisé en optoélectronique. Résultat de cette approche unique au monde : une surface tapissée de magnifiques circonvolutions, façon coraux, associés à du phosphure d’indium poreux. Le but ? La croissance de fils nanométriques et de nombreuses applications à venir en électronique. Pour observer les résultats de ce type de « manip », il faut monter au deuxième étage. Là, trône la XPS de l’Institut Lavoisier, énorme machine à rayons X, capable de balayer les surfaces et d’analyser leur composition. « Notre centre de spectroscopie en aura quatre dans un an, avec une résolution de 12 nanomètres », commente Francis Sécheresse, directeur de l’Institut depuis trois ans. « Ce sera en Europe le seul centre de cette envergure piloté par des chimistes », souligne-t-il. « À l’avenir, notre société sera de plus en plus envahie de micro- et nano-objets, qui seront le siège ou les acteurs de réactions chimiques complexes. La chimie de surface pour étudier ce type d’objet va donc devenir un enjeu de plus en plus grand », prédit Francis Sécheresse. Pari gagné pour cet institut original et créatif : entre les deux « monstres » de la région, l’université Paris-VI, au cœur de Paris, et Paris-Sud-XI, à Orsay, il a réussi à se faire une place de choix dans le paysage de la recherche française.
Charline Zeitoun
1. Institut CNRS / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
2. D'après la revue Science Watch.
3. Un cristal est un solide polyédrique dont le grand nombre d'atomes, de molécules ou d'ions, est ordonné de manière régulière et périodique. Un même motif, la maille, est répété à l'identique selon un réseau régulier.
4. Les éléments de la chimie organique sont : le carbone (C), l'hydrogène (H), l'oxygène (0), l'azote (N), le phosphore (P) et le soufre (S).
5. 1 nanomètre = 10– 9 mètre.
6. Science, vol. 315, n° 5820, 30 mars 2007, pp. 1828-1831.
Institut Lavoisier, Versailles
> Gérard Férey, ferey@chimie.uvsq.fr
> François Couty, couty@chimie.uvsq.fr
> Régis Goumont, goumont@chimie.uvsq.fr
> Emmanuel Magnier, magnier@chimie.uvsq.fr
> Arnaud Etcheberry, etcheber@chimie.uvsq.fr
> Francis Sécheresse, secheres@chimie.uvsq.fr