
Archéologie
Après quinze ans de fouilles à Dja’de, un village niché sur la rive gauche de l’Euphrate, dans le Nord de la Syrie, une mission archéologique française vient de découvrir, dans une maison semi-enterrée, des peintures murales vieilles de 11 000 ans. Les plus anciennes peintures mises au jour au Proche-Orient, sur un mur construit de main d’homme…

© E. Coqueugniot/CNRS Photothèque
Une vue du mur dégagé en 2006 à Dja'de el Mughara (Syrie). C'est au bout de 9 mètres de fouilles archéologiques que les chercheurs sont tombés sur les plus anciennes peintures murales jamais retrouvées au Proche-Orient. À l'heure actuelle, on ne connaît toujours pas la signification de ces motifs géométriques datant de 11 000 ans…
Lors des premières recherches, l’équipe française n’imaginait cependant pas l’importance des lieux. C’est en fouillant strate après strate pas moins de 9 mètres de couches archéologiques successives pour un seul millénaire, que la mission a réalisé l’ampleur du site. « C’est beaucoup pour une période comme le début du Néolithique, explique Éric Coqueugniot. D’habitude, quand on trouve deux mètres de niveaux archéologiques, on s’estime déjà très content. Dans les niveaux les plus profonds, entre 7 et 9 mètres sous la surface actuelle, nous avons mis au jour les restes d’une maison circulaire d’environ 7,5 m de diamètre, semi-enterrée, et plus grande que les maisons ordinaires rectangulaires. L’habitation était vraisemblablement une maison à usage collectif, un “bâtiment communautaire”. Les peintures sont sur ses murs massifs. »
D’autres vestiges sont exhumés sur les lieux : armes et outils en pierre taillée (silex et obsidienne), outillage de mouture pour les graines, restes culinaires (os d’animaux et graines brûlées). Mais aussi des objets en os. Parmi les figurines, certaines sont masculines, d’autres féminines. « Pour l’heure nous ne connaissons pas encore leur signification : usage religieux, symboles de fertilité ou autre ? Il est encore trop tôt pour le dire. »
Au cours des premières campagnes de fouilles, les chercheurs avaient déjà eu une surprise de taille : « Dans les couches de la fin du neuvième millénaire avant notre ère, nous avons trouvé une “Maison des morts”, abritant un ensemble exceptionnel de sépultures collectives qui ont permis d’apporter des éclaircissements importants sur les pratiques funéraires, s’exalte Éric Coqueugniot. Plusieurs groupes distincts ont été retrouvés à l’intérieur ou à proximité immédiate. Le groupe le plus spectaculaire étant constitué par les restes d’au moins treize individus. Une de nos hypothèses est que les habitants de Dja’de n’y vivaient peut-être pas en permanence. » Il pourrait s’agir de semi-nomades qui ramenaient au village les corps des individus décédés lors de périodes d’éloignement (cueillettes, chasses) afin de les ensevelir.
Tant de choses restent à découvrir… La fin officielle de l’aventure archéologique est prévue pour 2010, le temps pour l’équipe de parachever les fouilles de la maison et de sauvegarder les peintures dans un musée. « L’ensemble du village néolithique est estimé à 1,5 hectare. Nous n’en aurons fouillé que moins de 300 m2. Mais ce trésor préhistorique restera un terrain de travail pour l’avenir. Il ne faut pas avoir de frustration. Tout fouiller, c’est aussi trop détruire… »
Camille Lamotte
1. Laboratoire CNRS / Université Lyon-II.
2. Roche vitreuse et noire.
Éric Coqueugniot
Maison de l'Orient et de la Méditerranée, Lyon
eric.coqueugniot@mom.fr