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Géophotographie

Sur la route…

Porter un nouveau regard sur les routes mythiques du globe grâce à la photographie numérique : telle est la mission du géographe Olivier Archambeau. Première sur la liste : la « route 40 » en Amérique du Sud.

Avec lui, dix minutes d’interview suffisent pour se sentir téléporté, d’une pichenette verbale, sur la Panaméricaine, la Transamazonienne, la Trans-Alaska, la Transsibérienne, la route de la Soie, la route du Sel en Afrique…, et tenaillé par l’envie de boucler ses valises pour arpenter ces voies de communication légendaires.

panneau route 40

© O. Archambeau/CNRS Photothèque

Leitmotiv de cette mission : dresser l'inventaire iconographique le plus complet possible des paysages et des activités humaines d'un bout à l'autre de la route 40.



Il faut dire que le projet au long cours imaginé par Olivier Archambeau, membre du Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces (Ladyss)1 et président de la Société des explorateurs français, donne des fourmis dans les jambes. Son idée ? Se servir, à l’heure du numérique, de la miniaturisation et de la sophistication galopantes des appareils photographiques pour dresser « l’inventaire géophotographique » des grandes routes mythiques du globe et remettre au goût du jour « le concept d’“archives de la planète”, initié par Jean Brunhes et Albert Kahn2 au début du xxe siècle ». Les géographes doivent continuer de « nourrir à leur manière des corpus d’images qui racontent la planète, argumente notre homme. Laisser à d’autres le soin de répondre au devoir d’inventaire iconographique de la Terre, sous prétexte que les images affluent du monde entier via les agences de presse ou le nombre croissant de voyageurs, serait une erreur. Ne plus se livrer, de manière régulière, à l’exercice de la géophotographie amènerait à reconnaître implicitement la disparition du regard spécifique à notre discipline ».
Un plaidoyer pro domo qui explique qu’un mois durant, à partir de la mi-janvier, cet universitaire aux semelles de vent et au caractère bien trempé (« à la tête de mule », rectifie-t-il tout sourire) va finir de sillonner, en compagnie d’une dizaine d’étudiants qu’il forme « au métier de l’observation des territoires », la légendaire ruta 40 qui traverse de part en part l’Argentine le long de la cordillère des Andes. Début 2007, dit-il, « nous avons parcouru en voiture un premier tronçon de 5 000 kilomètres, de Río Gallegos à Mendoza. Cette année, nous repartons de Mendoza pour monter jusqu’à la frontière bolivienne », soit un périple d’environ 3 000 kilomètres.
Sur la route 40 comme sur celles à venir (Darwin-Pearth, dans l’Ouest australien, en 2009), en quoi consiste exactement ce type d’enquête géographique avant-gardiste, où l’image perd son statut de simple illustration pour « devenir une technique de recherche à part entière » ? Tout commence, en amont, par une plongée dans la bibliographie et les documents iconographiques (souvent mal datés, peu localisés et à peine accompagnés de commentaires) pour extraire de ces bases de données le maximum de renseignements sur la « cible » choisie. Place, ensuite, à la confection d’un road-book via les cartes existantes et les images satellites. Et hasta luego le labo. Une fois sur place, « nous faisons systématiquement des prises de vue nord, sud, est, ouest du paysage tous les cinquante kilomètres, à partir d’un point fixe référencé par GPS, explique Olivier. Par ailleurs, notre objectif final étant de proposer une composition visuelle aussi complète que possible de la réalité d’une route3, nous photographions et filmons au sol (voire en aérien à basse altitude en louant de petits avions) tous les cours d’eau et les “coins remarquables” sur lesquels nous tombons, qu’il s’agisse d’un hameau perdu au milieu de nulle part, d’une estancia4, d’une curiosité archéologique, d’un ouvrage d’art… Ces sujets peuvent faire l’objet d’une enquête et d’une monographie ».

Quid des conditions de vie au quotidien, sur une route loin d’être pommadée d’asphalte en continu ? Elles s’avèrent un brin spartiates (lever aux aurores de rigueur pour la lumière après une nuit sous la tente), mais globalement « acceptables » pour des étudiants motivés. « Pour cette première, j’ai choisi un terrain facile, histoire de tester “mes troupes”, confie Olivier. L’année dernière, à part une méningite, six pneus crevés en une semaine et quelques tempêtes de neige, tout s’est très bien passé. » Et de révéler qu’un de ses objectifs est de « retraverser le Zaïre ou de faire la route du Sel qui passe par le Tchad et la Lybie, et qui est devenue une des routes les plus fréquentées de la drogue. Là, il faudra que je parte avec des gens qui considèrent qu’affronter le danger n’est pas forcément un problème, ce qui n’est pas facile à trouver de nos jours… ».

Philippe Testard-Vaillant

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Universités Paris-I, VII, VIII et X.
2. Entre 1906 et 1930, le banquier-mécène Albert Kahn finança des reportages photographiques dans cinquante pays, la direction artistique de ces projets étant assurée par Jean Brunhes.
3. Tous les films sont consultables sur le site : Consulter le site web
4. Grande exploitation agricole réservée à l'élevage.

Contact

Olivier Archambeau
Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces (Ladyss)
olivier.archambeau@fondapol.org


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