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Informatique

Le CNRS ramifie sa toile de calcul

Le 3 décembre, le CNRS inaugurait, à son siège parisien, l'Institut des grilles. Son directeur, Guy Wormser, explique les enjeux pour la recherche de cet « ordinateur géant » distribué partout dans le monde.

Qu’est-ce qu’une grille de calcul ?
Guy Wormser :
c’est un réseau d’ordinateurs reliés entre eux par une architecture à haut débit, et destiné aux chercheurs et aux industriels. La différence avec un réseau comme Internet, c’est qu’on n’accède pas à de simples pages d’information mais aux bases de données scientifiques des autres utilisateurs (les résultats de leurs expériences, par exemple), aux algorithmes permettant de les traiter, et bien sûr à la puissance de calcul de la grille pour les exploiter.

Différents laboratoires français proposaient déjà des grilles de calcul. Pourquoi le CNRS a-t-il créé l’Institut des grilles ?
G.W. :
Pour fédérer les trente laboratoires du CNRS qui concentrent 80 % de l’activité française sur les grilles de production. Les relations avec les partenaires, nationaux ou internationaux, la gestion des budgets et des demandes d’accès à la grille n’en seront que meilleures. L’Institut des grilles devient ainsi le représentant français de l’ensemble des efforts du CNRS au sein d’Egee (Enabled Grid for e-science), grille de production implantée dans quarante pays, principalement en Europe, mais aussi en Asie et en Amérique, et qui compte plusieurs milliers d’utilisateurs. Cela facilite aussi la prise de décision pour mobiliser les ressources en cas d’actualité brûlante, par exemple des données sismiques à traiter à la suite d’un tremblement de Terre, ou même en cas de fortes présomptions de découverte du boson de Higgs1, etc.

La physique des particules produit énormément de données : est-elle la principale « cliente » des grilles ?
G.W. : Certes, l’accélérateur LHC2 qui doit être mis en service l’an prochain produira 15 pétaoctets3 de données par an, l’équivalent d’une pile de CD-Rom de 20 kilomètres de haut ! Les grilles sont donc absolument indispensables à la physique des particules, qui en utilise actuellement plus de 83 % des capacités. Mais d’autres domaines de recherche sont très présents aussi.

Lesquels ?
G.W. : Les sciences de la vie sont le second plus important utilisateur des grilles. Depuis une dizaine d’années, avec le décryptage de l’ADN par exemple, ces domaines de recherche ont été bouleversés par une avalanche de données à traiter. Données qui doivent être régulièrement mises à jour. C’est possible sur les grilles car elles sont à disposition de tous en permanence. Elles offrent donc un avantage énorme par rapport aux autres systèmes d’accès aux bases de données.

Quels autres domaines d’application ont choisi les grilles ?
G.W. : Les sciences de la Terre, la finance, l’archéologie, l’astronomie, la chimie, etc. Il y a maintenant sur Egee plus de dix domaines d’application et 200 projets. Il y a aussi des chercheurs en informatique sur ces grilles de production, car elles sont pour eux un objet d’étude grandeur nature, en plus de leur propre grille de recherche, réseau à part, GRID5000. Regrouper ces deux communautés, les utilisateurs et les informaticiens, est d’ailleurs une vertu essentielle de l’initiative du CNRS dans la création de cet institut.

Les grilles semblent aussi favoriser les coopérations internationales ?
G.W.
: Absolument. Elles favorisent le partage scientifique et le dialogue, et permettent notamment aux scientifiques des pays du Sud, les plus touchés par la fracture numérique, de participer sur un pied d’égalité aux grands projets mondiaux.

Propos recueillis par Charline Zeitoun

Notes :

1. Particule élémentaire dont la découverte permettrait de confirmer le modèle standard de la physique des particules.
2. Large Hadron Collider ou « Grand collisionneur de hadrons », au Cern, à la frontière franco-suisse.
3. 1 pétaoctet = 1 million de gigaoctets.

Contact

Guy Wormser
Institut des grilles, Paris
wormser@idgrilles.fr


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