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Informatique

Les logiciels du CNRS ont quartier libre

Comment trouver, dans la foule de logiciels libres disponibles, celui qui convient le plus à nos besoins ? En utilisant la nouvelle plateforme informatique Plume, créée cette année par le CNRS.

logiciels

© Laetitia Le Saux pour Le journal du CNRS.


Qu'est-ce que tu utilises ? Qu'est-ce que tu me conseilles ?
» Jusqu'à présent, quand un informaticien ou un chercheur avait besoin d'un logiciel, il utilisait le plus souvent une méthode très artisanale : le bouche-à-oreille, au sein du laboratoire ou sur Internet. Du coup, la recherche du logiciel idéal s'avérait pour le moins hasardeuse : « Parfois le produit répondait aux besoins de l'utilisateur, parfois non, confie Jean-Luc Archimbaud, de l'Unité Réseaux du CNRS (Urec). Dans ce cas, il arrivait que l'informaticien se lance dans une phase de développement pour adapter le logiciel. Un travail souvent redondant avec ce que d'autres collègues avaient déjà fait dans leur coin. Si l'on comptabilise les 1 800 permanents en informatique du CNRS, ou les quelque 10 000 informaticiens des organismes de recherche et des universités, on peut imaginer le temps gaspillé ! » Qu'on se le dise : cette ère est révolue, grâce au projet « Promouvoir les logiciels utiles maîtrisés et économiques » (Plume), porté par l'Urec et dirigé par Jean-Luc Archimbaud. Son objectif ? Créer une plate-forme informatique qui sélectionne, rassemble et analyse l'offre disponible en matière de logiciels libres et mutualise ainsi les compétences essaimées au sein des laboratoires.
Concrètement, la plate-forme Plume se présente déjà sous la forme d'un site Internet1 bien fourni. Les logiciels y font l'objet de fiches, rédigées par des contributeurs « bénévoles » puis passées au crible de relecteurs attentionnés avant d'être diffusées en ligne. Pour chaque logiciel, outre une rapide description générale, on trouve notamment un lien pour le télécharger, des informations concernant son développement en cours et à venir mais aussi de nombreuses astuces pratiques pour l'utilisateur. Parmi les produits déjà référencés, on citera la suite bureautique OpenOffice, alter ego gratuit de la suite Office de Microsoft, le logiciel de génétique Populations, l'outil de résolution d'équations FreeFem++, celui de vidéoconférence Ekiga ou encore le système de gestion de contenu de sites web Mediawiki. Mais attention : loin de présenter un catalogue exhaustif des produits existants, le serveur propose une série de thèmes déclinés en domaines (« Formation », « Mathématiques », « Bioinformatique »…), pour lesquels il ne retiendra que quelques logiciels libres quand l'offre en propose des dizaines ! Au total, une cinquantaine de fiches sont publiées à ce jour. Un chiffre qui devrait être multiplié par dix d'ici à un an.
Les retombées attendues sont avant tout financières, car la plate-forme pourrait permettre aux laboratoires de se convertir en masse au logiciel libre. « Et il est évident que passer de solutions commerciales payantes à des solutions gratuites entraînera des économies à tous les niveaux. » Resteront seulement le coût de fonctionnement du serveur et le salaire des quatre personnes responsables à terme de cette plate-forme. Et ce n'est pas tout. Sa mise en service devrait apporter un important gain de productivité : « En effet, en mutualisant les compétences, on évite que plusieurs personnes ne fassent le même travail chacune de son côté, et on fédère des initiatives collectives, en matière de développement par exemple », assure Jean-Luc Archimbaud.
Enfin, la plateforme représente un formidable levier en matière d'innovation. Grâce à l'utilisation des logiciels libres, les chercheurs ont les coudées franches pour découvrir facilement l'outil qui convient le mieux à leurs recherches et le faire évoluer rapidement. Car outre sa gratuité (téléchargement et mises à jour), l'utilisation du logiciel libre offre deux autres avantages : une lecture transparente, qui permet de vérifier la fiabilité du logiciel, et une grande adaptabilité. « La vitesse d'amélioration d'un logiciel libre est souvent très grande. Certains sont même en avance sur leurs homologues payants. » Une rubrique spécifique sera donc ouverte pour promouvoir les développements informatiques réalisés en interne.
Reste à mobiliser l'ensemble des utilisateurs potentiels. « L'opinion des informaticiens du CNRS sur la plate-forme est très positive, voire enthousiaste », se réjouit Jean-Luc Archimbaud. Mais si le bilan est « bon » côté recherche, il reste « plus mitigé » dans l'enseignement supérieur. Pour convaincre de futurs partenaires du projet, un tour de table est en cours. L'objectif est de constituer, avant la fin de l'année, un groupement d'intérêt scientifique interorganismes qui décidera de la stratégie à adopter dans les prochaines années.

Séverine Duparcq

Notes :

1. www.projet-plume.org

Contact

Jean-Luc Archimbaud
Unité Réseaux du CNRS (Urec), Paris
jean-luc.archimbaud@urec.cnrs.fr


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