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Pôles de compétitivité à vocation mondiale

Axelera

Grâce au pôle de compétitivité à vocation mondiale Axelera, la région Rhône-Alpes ambitionne une place de leader mondial dans la chimie durable. Sa recette : un tissu industriel dense, de nombreux laboratoires de recherche, dont ceux du CNRS, et une multiplication des collaborations entre eux.

La chimie verte prend de la vitesse

 

On a beau lui devoir les médicaments, les plastiques, l'essence ou les cosmétiques, la chimie évoque souvent, encore aujourd'hui, des industries polluantes et risquées. Un jugement injuste ? Probablement. Car, de plus en plus indispensable dans notre quotidien, le domaine a pris un virage important il y a quelques années en direction de la chimie durable1. Une mutation récemment illustrée par l'entrée en vigueur le 1er juin dernier de la directive européenne Reach2. Assurément, le pôle de compétitivité Chimie-Environnement Lyon Rhône-Alpes, plus simplement baptisé Axelera, figure parmi les hauts lieux de cette révolution en cours. Son objectif annoncé : « Accélérer la mutation de la chimie vers une chimie d'avant-garde qui intègre la maîtrise de sa relation à l'environnement par l'éco-conception. » Ambitieux ? Probablement. Mais incontournable et à la mesure des atouts industriels, de recherche et d'enseignement de la région Rhône-Alpes dans les domaines de la chimie et de l'environnement (lire l'encadré).

 

axelera

© Arkema

L'objectif du pôle : créer une chimie à la fois compétitive et respectueuse de l'environnement.


Liaisons chimiques

En 2005, le pôle Axelera a été créé à l'initiative du CNRS, de l'Institut français du pétrole (IFP), de deux industriels impliqués dans la production chimique, Arkema et Rhodia, et d'un industriel spécialiste de l'environnement, Suez. Cinq membres fondateurs dont l'ambition était de mettre en commun les énergies du plus grand nombre d'acteurs économiques et scientifiques autour de projets, notamment technologiques. Ces derniers visant d'une part à développer une chimie à la fois compétitive et respectueuse de l'environnement, d'autre part à valoriser l'image du domaine afin d'améliorer son intégration dans la société. Aujourd'hui, l'association qui gère le pôle compte 120 adhérents, dont environ deux tiers viennent de l'industrie, et un tiers de la recherche. Par ailleurs, 40 % d'entre eux sont des PME.

Comme l'explique Bruno Allenet, délégué régional centre-est de Suez et actuel président d'Axelera, « derrière sept pôles “mondiaux”, nous avons reçu la mention “à vocation mondiale” qui met en valeur notre importante puissance de feu industrielle et scientifique. Et à l'échelle internationale, Axelera est le seul pôle qui associe ainsi chimie et environnement. » Bruno Andral, délégué régional du CNRS en Rhône-Auvergne, membre du bureau et du comité scientifique du pôle, ajoute : « Si, comme pour tous les pôles de compétitivité, le leadership est assuré par les industriels, Axelera permet de garantir une importante perméabilité entre leurs besoins en recherche et développement (R&D) et le savoir-faire des laboratoires académiques. D'ailleurs, le CNRS est membre fondateur du pôle, une situation qui tient à l'existence de liens forts entre l'organisme et l'industrie chimique dans la vallée du Rhône. »

 

Vers une chimie plus sûre

Concrètement, pour parvenir à se positionner comme pôle industriel et scientifique leader au niveau international en 2012, Axelera coordonne onze projets de coopération technologique, répartis en trois grandes thématiques : catalyse, procédés et matériaux. « Au sein des projets, chaque acteur (laboratoire, groupe industriel ou PME) fait des propositions, explique Bruno Allenet. Après expertise, notre travail consiste à coordonner les actions et à créer des partenariats. »

Après deux ans d'existence d'Axelera, deux projets technologiques majeurs ont déjà démarré. Le premier d'entre eux, « Intensification des procédés » (IP), vise depuis 2005 à mettre au point de nouveaux procédés de synthèse chimique plus économes et plus respectueux de l'environnement. Une piste explorée au sein de ce projet est la mise au point de réacteurs de petite taille. « Au laboratoire, nous travaillons au développement de réacteurs microstructurés, au sein desquels les réactions chimiques n'ont plus lieu dans un grand volume, mais dans des microcanaux, indique Michel Lacroix, directeur CNRS du Laboratoire de recherches sur la catalyse et l'environnement de Lyon (Ircelyon)3. À terme, ces recherches permettront sans doute de concevoir des unités de production réduites, donc mieux contrôlables et plus proches des lieux de production des matières premières. Ce qui implique, outre des gains de sécurité, une réduction du transport. »

Autre acteur de cette collaboration, le Service central d'analyse (S.C.A.) du CNRS, à Vernaison. « Grâce à Axelera, nous avons fait l'acquisition d'un appareillage permettant de faire de l'analyse en ligne, c'est-à-dire de suivre l'état d'avancement d'une réaction chimique in situ, explique Marie-Florence Grenier-Loustalot, directrice du laboratoire. Une partie du temps, nous l'utilisons pour des projets développés avec Rhodia. Pour le reste, il nous sert à mettre en place des programmes de recherche fondamentale. Nous les menons notamment avec une PME appelée Euracli, avec laquelle nous développons des procédés d'encapsulation moléculaire. C'est un des gros avantages d'Axelera : nouer des contacts avec de nombreux partenaires, et disposer de moyens qu'aucun acteur seul ne serait en mesure de financer. » D'ailleurs, le Service central d'analyse participe aussi au deuxième projet technologique le plus avancé d'Axelera : Rhodanos, pour lequel il met au point et valide des techniques d'analyse de traces de polluants dans l'eau (lire l'encadré).

 

La priorité environnementale

À côté des deux projets technologiques déjà « sur les rails », Axelera vient d'obtenir les financements pour en démarrer deux autres. Les dix-huit partenaires de Valorsites développeront ainsi des méthodes de décontamination de sites industriels pollués. Un enjeu de taille quand on sait que la France compte 3 735 sites de ce type, dont 475 en Rhône-Alpes. Quant au projet Duramat, il s'attachera à mettre au point des matériaux à faible impact environnemental dans les domaines des peintures ou de l'automobile par exemple. D'autres projets sont en cours de financement ou de mise en place.

Mais ce n'est pas tout. Pour atteindre tous ces objectifs, Axelera compte également des projets dits transversaux, dont les thématiques touchent aussi bien le futur de l'enseignement de la chimie que le marketing, ou encore le développement d'une véritable culture de la sécurité. « Nous voulons faire évoluer les mentalités, résume Bruno Allenet. En développant des cursus d'ingénieurs en éco-conception par exemple, qui impliquent, au-delà du plan technique, la participation de l'école de commerce EM-Lyon à nos activités. »

De l'avis des participants, Axelera permet d'établir des synergies intéressantes pour tous. Les industriels bénéficient de l'expertise de nombreux chercheurs. En retour, ceux-ci disposent de crédits permettant de valoriser leur travail dans des applications, tout en menant des recherches fondamentales sur des sujets variés. Si Axelera réussit son pari, il est possible que dans quelques années, la chimie n'évoque plus instantanément de sinistres usines crachant leurs fumées toxiques sur le monde. Qui sait, « produit chimique » ne sera peut-être plus alors un vilain mot !

 

Mathieu Grousson

 

>> À voir

www.axelera.org

 

 

Rhodanos, pour une eau plus claire

Démarré en 2006 au sein du pôle Axelera, le projet Rhodanos a un objectif clair comme de l'eau de roche : développer des techniques de traitement de l'eau et de surveillance de sa qualité. « Rhodanos implique vingt-trois acteurs et vise à faire de Rhône-Alpes une région pilote dans l'application de la loi sur l'eau en France, qui stipule que d'ici à 2015, tous les bassins hydrographiques devront faire l'objet d'un plan de gestion pour parvenir à un bon état de leur eau », indique Bruno Allenet, président d'Axelera. Et parmi ces partenaires, le laboratoire Ircelyon travaille à la mise au point de catalyseurs de réaction d'épuration de l'eau. « Une fois mis au point sur des polluants modèles, nous pourrons tester nos catalyseurs sur des eaux industrielles, comme celles de Rhodia, explique Jean-Marie Herrmann, directeur adjoint du laboratoire. Par ailleurs, nous développons deux autres axes dans le cadre de Rhodanos, pour le traitement des phosphates et l'épuration des boues. Ce projet illustre bien la raison d'être d'Axelera, qui nous permet de développer des recherches que nous ne pourrions faire sans lui. Compte tenu de nos compétences fondamentales, c'est le moyen idéal de transférer ce savoir vers les applications », conclut le chercheur.

M.G.

 

Contact :

Jean-Marie Herrmann, jean-marie.herrmann@ircelyon.univ-lyon1.fr

  

 

Rhône-Alpesau cœur de la chimie française

 

carte axelera

© Axelera

La région Rhône-Alpes compte 1 900 établissements travaillant dans les filières de la chimie et de l'environnement.


 

Ce n'est pas un hasard si le pôle de compétitivité Axelera est né en Rhône-Alpes.

Premier centre de production chimique de France, la région compte pas moins de 1 900 établissements (industriels, laboratoires de recherche publics ou privés, PME/PMI) travaillant dans les filières de la chimie et de l'environnement. Celles-ci représentent

48 000 emplois, dont 3 000 de chercheurs. Chaque année, elles sont à l'origine de 470 brevets et 1 300 publications, et délivrent 1 350 doctorats et 1 300 diplômes d'ingénieurs. En termes d'effectifs, Rhône-Alpes est la deuxième région de France pour la chimie et le secteur des éco-industries. Ce dernier se hisse d'ailleurs au deuxième rang régional pour le chiffre d'affaires. Bref, un territoire idéal pour incuber la chimie du futur, et la concilier avec la nécessité d'un développement durable et le souci de l'environnement.

M.G.

Notes :

1. Lire « La chimie passe au vert », Le journal du CNRS, n° 193, février 2006.
2. D'après Reach (« Registration, Evaluation, Autorisation and Restriction of Chemicals »), les industriels doivent notamment prouver que les produits qu'ils utilisent sont sans danger. Autre point prévu, l'enregistrement auprès de l'Agence européenne des produits chimiques d'ici à onze ans de 30 000 substances chimiques, fabriquées ou importées dans l'Union européenne.
3. Laboratoire CNRS / Université Lyon-I.

Contact

> Bruno Allenet, bruno.allenet@suez.com
> Bruno Andral, bruno.andral@dr7.cnrs.fr
> Michel Lacroix, michel.lacroix@ircelyon-lyon1.fr
> Marie-Florence Grenier-Loustalot, mf.grenier-loustalot@sca.cnrs.fr


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