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Pharmacologie

Le CNRS soigne notre santé

à l'occasion de la Semaine du médicament, du 15 au 21 octobre 2007, Frédéric Dardel, directeur du département des Sciences du vivant, nous décrit les atouts, les succès et le travail quotidien des laboratoires du CNRS impliqués dans la recherche de médicaments.

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© S. Godefroy/CNRS Photothèque


Les principaux revenus des brevets détenus par le CNRS portent sur des molécules thérapeutiques. Comment expliquer cette réussite ?

Frédéric Dardel  : C'est vrai, depuis quelques années, le CNRS obtient des résultats spectaculaires dans ce domaine. À lui seul, le Taxotère lui permet d'engranger 50 millions d'euros par an, soit 80 % des redevances versées à l'organisme ! Cette molécule, synthétisée à partir des aiguilles de l'if européen, est l'une des premières au monde dans la lutte contre le cancer. Nos équipes sont à l'origine d'autres médicaments importants comme la Navelbine, également utilisée contre le cancer et aujourd'hui tombée dans le domaine public. Certains sont plus confidentiels, car ils sont destinés à des maladies orphelines ou infectieuses, que l'industrie pharmaceutique n'estime pas ou plus assez rentables. L'avenir s'annonce aussi prometteur, avec l'arrivée sur le marché de nouvelles approches thérapeutiques développées au sein du CNRS : thérapies géniques, thérapies cellulaires ou encore anticorps monoclonaux1, qui parviennent à maturité.

 

Quels sont les atouts du CNRS dans le domaine du médicament ?

F.D. : La création de médicaments n'est pas notre vocation première. Mais le CNRS couvre une large palette de disciplines, de l'étude des pathologies les plus diverses à une série de disciplines qui peuvent être impliquées de près ou de loin dans la mise au point d'une nouvelle molécule : chimie, biologie, outils de modélisation… Il n'est donc pas étonnant que l'un de nos deux cents laboratoires puisse tomber – sans nécessairement chercher – sur une pépite susceptible d'offrir une application thérapeutique. L'an dernier, par exemple, une équipe de l'Institut de pharmacologie moléculaire (IPMC) de Sophia-Antipolis2 a identifié chez des souris un gène dont l'inhibition annihile les symptômes de la dépression. Cette protéine pourrait être une cible intéressante pour une toute nouvelle famille d'antidépresseurs. Le défi est d'ampleur : la maladie est, dans les pays industrialisés, très fréquente et souvent handicapante.

 

Une fois la cible déterminée, encore faut-il trouver la molécule qui va empêcher l'expression de ce gène…

F.D. : C'est là qu'entrent en scène les chimistes et les biochimistes du CNRS. Les seconds vont purifier la protéine cible, analyser son fonctionnement, et tenter de trouver une petite molécule de fixation qui permettra au futur médicament de s'y accrocher. Le travail des premiers consiste, lui, à fabriquer des molécules. Le CNRS dispose d'ailleurs depuis quelques années d'une « chimiothèque » nationale particulièrement fournie, installée à Strasbourg. Créée et dirigée par Marcel Hibert, elle centralise les milliers de molécules mises au point par les chimistes du CNRS. Des plates-formes de criblage robotisé permettent ensuite de tester leur action sur la cible. La principale plate-forme est installée elle aussi à Strasbourg. Mais nous en avons établi d'autres ailleurs. Celle de Toulouse, montée en collaboration avec l'Institut Pierre Fabre, sert à tester l'efficacité de milliers d'extraits de plantes.

 

Ce sont alors les chercheurs en biologie structurale qui prennent le relais…

F.D. : En effet. Ils cherchent à déterminer la structure en trois dimensions des molécules thérapeutiques, puis à les « sculpter » afin d'améliorer leur efficacité et de limiter, autant que possible, leurs effets secondaires. Il s'agit aussi d'identifier le mode d'administration (voie orale, intraveineuse…) le plus efficace et le cheminement de la molécule à travers l'organisme. Un médicament à visée neurologique doit par exemple pouvoir traverser la barrière biologique qui protège le cerveau. La biologie structurale nécessite un vrai savoir-faire en biologie bien sûr, mais aussi en mathématiques, en informatique, voire en physique, autant de domaines dans lesquels le CNRS est à la pointe. Certains dispositifs de Soleil, le synchrotron de dernière génération ouvert récemment à Saclay, sont notamment spécialisés dans la « cristallographie des protéines ». Cet instrument permettra de connaître la structure atomique et la fonction de ces briques élémentaires de la vie. On comprendra mieux par exemple comment agissent certains antibiotiques, ce qui permettra d'en concevoir de plus efficaces.

 

Jusqu'à quel stade de la mise au point d'un médicament vont les laboratoires du CNRS ?

F.D. : Ils dépassent rarement les études sur l'animal. Au-delà, les travaux sont poursuivis par des partenaires tels l'Inserm ou des sociétés spécialisées dans les essais cliniques. Après dépôts de brevets, des accords sont parfois conclus en amont avec des industriels, dont des entreprises de biotechnologies. La difficulté est d'amener des recherches assez « présentables » à un partenaire industriel pour qu'il y ait prise de risque financier. L'Agence nationale de la recherche (ANR) a justement mis en place un programme (« Émergence et maturation de projets de biotechnologie ») pour aider des chercheurs académiques à valoriser leur projet en dix-huit à vingt-quatre mois. Certains chercheurs profitent de cette période pour créer leur société. Sur la centaine de start-up initiées par le CNRS depuis 1999, la plupart développent des produits à visées thérapeutiques.

 

Propos recueillis par Emmanuel Thévenon

 

 

La Semaine du médicament

Les entreprises du médicament (LEEM) organisent du 15 au 21 octobre 2007 la deuxième édition de la Semaine « Le médicament, parlons-en ». Sept jours durant, chercheurs, autorités de santé, institutionnels et associations de patients invitent le grand public, dans tout le pays, à débattre et écouter sur des questions concrètes. Pour sa part, le CNRS est représenté au conseil d'administration de l'association « LEEM Recherche ». Créée en 2004, elle réunit les grands acteurs de la recherche thérapeutique publique et privée (y compris les sociétés émergentes). Son objet : « Faire reconnaître les enjeux de la recherche thérapeutique et promouvoir son maintien et son développement en France par des propositions, initiatives et partenariats communs. »

E.T.

 

>> Programme complet : http://le-medicament-parlons-en.com

Notes :

1. Anticorps très purs qui pourraient être dirigés contre des antigènes.
2. Institut CNRS / Université de Nice.

Contact

Frédéric Dardel,
Département des Sciences du vivant, Paris
frederic.dardel@cnrs-dir.fr


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