
Histoire de l'art
© A. Chézière/CNRS Photothèque Un lustre est soumis au faisceau extrait d'Aglaé. La perte d'énergie que subit ce dernier permet de révéler la composition du lustre sans effectuer le moindre prélèvement !
Marc Aucouturier, qui a mis son expérience en physique des matériaux au service du patrimoine, explique : « Le lustre s'obtient par application sur la céramique d'une couche vitreuse2, puis d'une pâte d'argile contenant des sels métalliques, essentiellement d'argent et de cuivre. C'est une cuisson dans une atmosphère issue de la combustion du genêt3 qui transforme ces sels en métaux et donne aux décors leur aspect particulier. De vieilles recettes subsistent, mais elles sont toujours un peu floues quantaux étapes-clefs de la fabrication : temps et températures de cuisson, ou moment du changement d'atmosphère. » À l'époque déjà, le secret industriel était jalousement gardé !

© D. Bagault/C2RMF
Tout ce qui brille n'est pas d'or ! C'est l'argent qui donne sa couleur à ce lustre. Daté du IXe siècle, il figure parmi les plus anciennes pièces connues mais sa sophistication laisse à penser que la technique a été mise au point avant cette date.

© A. Chézière/CNRS Photothèque
Marc Aucouturier aux côtés d'Aglaé. Depuis, d'autres accélérateurs dédiés au patrimoine ont fait leur apparition dans le monde.
Les premiers résultats, obtenus en collaboration avec Anne Bouquillon, spécialiste des céramiques, et Évelyne Darque-Ceretti, de l'École des mines de Paris4, ont révélé qu'à chaque époque correspondent des procédés différents de fabrication. Ainsi, les potiers égyptiens des Xe et XIe siècles abandonnent la technique de coloration des lustres développée sous les Abbassides5 d'Irak. À la place, ils colorent les couches vitreuses grâce à des sels de métaux variés : le violet est obtenu grâce à l'oxyde de magnésium ; le bleu avec le cobalt, le vert grâce à des oxydes de cuivre. Aux siècles suivants, la technique passe en Iran et perd en variété. Quant aux potiers de l'Espagne de la Renaissance, ils font appel à l'ensemble des méthodes antérieures, qu'ils utilisent au gré des modes et des impératifs commerciaux.

© D. Bagault/C2RMF
Les ultraviolets, passés sur l'envers de l'assiette permettent de repérer les zones de cassure afin de bien distinguer les produits de restauration des produits d'origine.
Isabelle Bauthian
1. Laboratoire CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication.
2. On parle à ce stade de céramiques glaçurées.
3. Aujourd'hui, on fait plutôt brûler du sucre.
4. À Sophia Antipolis.
5. 750-1258.
Marc Aucouturier
Laboratoire du Centre de recherche et de restauration des musées de France (LC2RMF), Paris
marc.aucouturier@culture.gouv.fr