
Une fine mouche pour la biologie
© E. Franceschi/CNRS Photothèque
Originaire de Saumur, dans le Maine-et-Loire, Thomas débarque à Paris le bac en poche. Sorti de classe prépa, il entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Après son DEA, il effectue sa thèse au Laboratoire européen de biologie moléculaire (EBML) à Heidelberg, en Allemagne. La drosophile ne le quitte plus : il étudie l'organisation et les mécanismes d'action des facteurs de croissance au cours du développement de l'insecte. En postdoctorat dans l'équipe d'Éric Wieschaus, à l'université de Princeton, aux États-Unis, il se consacre à la formation des épithéliums2 multicellulaires à partir d'une cellule unique embryonnaire.C'est en 2001 que le chercheur, alors âgé de vingt-neuf ans, entre au CNRS, et crée, soutenu par un financement ATIP-CNRS3, son équipe de recherche « Architecture et dynamique des tissus épithéliaux » au sein de l'IBDML. Ses collègues et lui s'attachent à comprendre comment les tissus épithéliaux se forment chez l'embryon de la drosophile et comment leur architecture est maintenue au cours du développement, tout en changeant néanmoins de forme. « La philosophie du laboratoire, c'est d'expliquer et de modéliser ces deux propriétés fondamentales, uniques et apparemment incompatibles des tissus : la robustesse, qui assure la cohésion et la stabilité des tissus, et la plasticité. » Leurs plus récentes recherches ont permis d'identifier de nouveaux gènes et facteurs de croissance qui contrôlent et assurent le bon fonctionnement des tissus et leur cohésion. Ils ont même mis en évidence un mécanisme original qui permet à une cellule épithéliale de changer de voisines sans bouger.
Il lui suffit de se remodeler de façon très ordonnée pour modifier ses contacts avec les cellules proches. Autant de découvertes rendues possibles par des technologies de pointe en génomique, optique et modélisation par ordinateur.Thomas Lecuit semble serein et épanoui : « J'apprécie vraiment cet institut, la jeunesse du personnel, le dynamisme de l'équipe… » Ce qui l'anime au quotidien, c'est la flamme de percer certains secrets du monde vivant. Une flamme qu'il doit aussi à des rencontres déterminantes, notamment avec Steve Cohen de l'EBML ou Claude Desplan de l'université Rockefeller qui l'ont encadré au début de son expérience de recherche et lui ont insufflé leur passion à force d'encouragements. Malgré l'emploi du temps chargé que lui confèrent ses responsabilités de directeur de recherche, Thomas Lecuit ne faillit pas à son rôle de « manager ». Et le dynamisme qui l'a poussé durant plus de quinze années d'études, il tente de le transmettre à son équipe : lui accorder son temps reste sa priorité.
Sonia Ruspini
Consultez les « Talents » du CNRS sur :
1. Institut CNRS / Université Aix-Marseille-II.
2. Les épithéliums sont des tissus constitués de cellules très serrées les unes contre les autres et qui assurent des fonctions de revêtement ou de production de substances (glandes).
3. Ces actions incitatives permettent de confier à de jeunes chercheurs la responsabilité de créer et d'animer une équipe, au sein d'une unité propre ou associée au CNRS.
Thomas Lecuit
Institut de biologie du développement de Marseille Luminy (IBDML)
lecuit@ibdml.univ-mrs.fr