
Physiologie
Un remède miracle contre la dépendance ? Nous n'en sommes pas encore là, mais la recherche vient de franchir une nouvelle étape. Des scientifiques ont mis en évidence une molécule qui pourrait faciliter une période de sevrage au cannabis. La methyllycaconitine (MLA), issue de la plante Delphinium glaucum, atténue grandement la sensation de plaisir induite par le tétrahydrocannabinol (THC), constituant principal du psychotrope. Une découverte de taille, puisque c'est justement ce « goût de reviens-y » qui permet à la dépendance de s'installer.
Le protocole utilisé est simple. « Pour étudier les effets de dépendance d'une drogue, le meilleur système est l'auto-administration, même avec des rats », explique Marcello Solinas, chercheur à l'Institut de physiologie et biologie cellulaires1, qui a dirigé cette étude2. Les rongeurs n'ont qu'à appuyer sur une petite pédale pour recevoir une dose d'un substitut de THC par intraveineuse. Ce qu'ils font spontanément environ vingt-cinq fois en l'espace de deux heures. En revanche, une fois la MLA injectée, les rats ne se droguent plus qu'une dizaine de fois dans le même temps. « Soit une baisse de 60 à 65 % par rapport à la consommation du groupe témoin. » Marcello Solinas et son équipe ne s'attendaient pas « à des résultats aussi probants ». Comment expliquer ces chiffres ? Des recherches complémentaires ont montré que la MLA, en se fixant sur les récepteurs nicotiniques appelés alpha-7, empêche la libération de dopamine. Ce neurotransmetteur, qui gère naturellement nos désirs et nos émotions, est surtout à l'origine de la sensation de plaisir qui accompagne la consommation de drogue. « Lorsque ces récepteurs alpha-7 sont bloqués par la MLA, le THC ne libère plus de dopamine et l'effet du cannabis est sérieusement atténué », résume le chercheur.
Ces résultats permettent d'envisager la mise au point d'un médicament pour faciliter une période de sevrage au cannabis. « Mais nous n'en sommes pas encore là ! », modère Marcello Solinas. Le chercheur italien vient de commencer une nouvelle étude en collaboration avec le National Institute on Drug Abuse (États-Unis) afin de tester la molécule sur des singes. « Si les résultats s'avèrent concluants, il sera possible de déposer un dossier à la Food and Drug Administration (FDA) pour tenter des études sur l'homme en vue de l'élaboration d'un médicament. » Toutefois, si le récepteur alpha-7 semble être la bonne cible pour bloquer l'effet du THC, Marcello Solinas espère trouver une molécule encore plus efficace que la MLA qui, selon lui, a une durée d'action trop limitée.
Caroline Dangléant
1. Institut CNRS / Université de Poitiers.
2. The Journal of Neuroscience, 23 mai 2007, vol. 27, n° 21, pp. 5615-5620.
Marcello Solinas
Institut de biologie et physiologie cellulaires, Poitiers
marcello.solinas@univ-poitiers.fr