
Robotique
Au parc du Futuroscope, une nouvelle animation provoque une longue file d'attente depuis mars 2006 : le robot peintre, un bras robotisé muni d'un stylo capable de « croquer » le visiteur en moins de cinq minutes. Quasiment aussi douée qu'un vrai artiste, cette impressionnante machine a été développée par Saïd Zeghloul, Jean-Pierre Gazeau et Gabriel Ramirez, du Laboratoire de mécanique des solides (LMS)1, lui-même installé sur le site du technopôle du Futuroscope.
À première vue, le fameux automate ressemble à un robot industriel, comme ceux que l'on trouve en fin de chaîne d'assemblage de voitures pour peindre les carrosseries. C'est une de ces machines fabriquées par l'entreprise Kuka et connues dans l'industrie sous le nom de « Kuka KR6 ». Elles sont formées de deux segments principaux capables de se mouvoir l'un par rapport à l'autre (comme un bras et un avant-bras, par exemple) et dans les trois dimensions grâce à six moteurs. Sauf que le robot peintre est équipé d'une panoplie d'outils lui permettant de peindre un portrait : une caméra pour « voir » le modèle, un système de flashs pour gérer l'éclairage, un stylo pour dessiner sur un tableau blanc ou une feuille de papier, une brosse pour effacer le dessin du support, et deux logiciels spécialement conçus pour gérer l'ensemble. Contactés fin 2005 par le Futuroscope, les chercheurs avaient pourtant dû livrer l'automate après seulement trois mois de travail, pour l'inauguration de la nouvelle thématique 2006 du Futuroscope axée sur la robotique.
Concrètement, le robot, allumé par l'animateur via un panneau de contrôle, se retourne comme un vrai artiste vers le visiteur assis sur un siège. Puis il ajuste l'éclairage via trois projecteurs lumineux, et prend une photo du visiteur grâce à une caméra embarquée. C'est cette image qui est ensuite traitée informatiquement par le logiciel de supervision. Celui-ci transforme la photo du visiteur en une série de trajectoires. Ces dernières sont ensuite dictées au robot.
© Equipe Mécanismes et Robotique du LMS Copie d'écran du logiciel qui dicte les directives au bras articulé du robot peintre.
Le voir à l'œuvre est fascinant ! Car contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, il ne dessine pas le portrait du visiteur de haut en bas, comme une imprimante. Tel un artiste, il commence par les traits les plus longs, comme le contour du visage, pour finir par les points de détail, telles les rides. Autre prouesse : « Contrairement à son concurrent allemand développé dès 2002 par Robotlab à Karlsruhe, notre machine est capable de réaliser de nombreux vrais arrondis, et pas seulement des traits droits ; ce qui donne un rendu très réaliste », précise Jean-Pierre Gazeau. Et le public ne s'y trompe pas : « Le succès de cet automate est tel qu'en période de forte affluence dans le parc, on ferme l'attraction afin d'inciter les visiteurs à profiter des autres animations au lieu de passer plusieurs heures dans la file d'attente », souligne Stéphane Poul, du service Projets du Futuroscope.
Mais que l'on se rassure : même dans ce cas, il est possible de voir le fameux robot à l'œuvre ! Car début 2007, l'équipe du Laboratoire de mécanique des solides l'a perfectionné afin qu'il puisse travailler à partir non seulement de photos de visiteurs prises en direct, mais aussi d'une liste de portraits de stars préenregistrés dans l'un de ses logiciels. Du coup, si le visiteur ne peut pas à chaque fois repartir avec son propre portrait, il peut toujours admirer le fameux robot, à l'entrée de la « Cité numérique »2 du célèbre parc, en train de dessiner Coluche ou Marilyn Monroe.
Kheira Bettayeb
1. Laboratoire CNRS / Université de Poitiers.
2. Ouverte tous les jours de 12 h à 22 h.
Jean-Pierre Gazeau
Laboratoire de mécanique des solides (LMS), Poitiers
jean-pierre.gazeau@lms.univ-poitiers.fr