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Tanzanie

Un observatoire grandeur nature

Depuis le mois de septembre et jusqu'en décembre 2007, une équipe de chercheurs est partie en Tanzanie explorer les lacs nichés au cœur des volcans. À terme, la région devrait servir de référence pour modéliser l'impact des changements climatiques sur l'environnement.

tanzanie

© D. Williamson

Les lacs d'altitude de Tanzanie recèlent l'histoire environnementale et climatique de la région, piégée dans les sédiments.


Au cœur du continent africain, en ce début octobre 2007, une étrange équipée arpente les flancs des volcans tanzaniens. L'objet de cette expédition de chercheurs européens et tanzaniens, qui doit durer jusqu'en décembre ? Les lacs formés au cœur des cratères de volcans. Pour une raison simple : recueillant les eaux de pluies ruisselant le long des flancs des volcans depuis leur création, leur fond est essentiellement composé de sédiments, précieuses traces du climat et de la biodiversité passés. Des indices que nos chercheurs vont s'évertuer à recueillir grâce à des carottages. Mais qu'on ne s'y trompe pas : leur ambition dépasse largement le cadre de la reconstitution historique. « Nous allons combiner ces données passées avec des observations actuelles, effectuées en continu, pour créer un modèle global des impacts du climat et des activités humaines sur les écosystèmes de la région1, explique David Williamson, chercheur au Centre européen de recherche et d'enseignement de géosciences de l'environnement (Cerege)2 et chef de file de cette équipée scientifique. Nous pourrons ainsi mieux évaluer les impacts futurs du changement climatique ou des activités humaines sur les ressources régionales naturelles. » Élaboré et testé dans le Sud de la Tanzanie, véritable région « laboratoire », ce modèle devra être adaptable à n'importe quelle région du globe. Première étape donc : le passé. Pour cela, nos chercheurs s'intéressent aux lacs de cratères, et plus particulièrement à l'un d'eux : le Ngozi, un des plus grands d'Afrique, niché à plus de 2 000 mètres d'altitude. Pour la première fois, les chercheurs y effectuent actuellement des carottes de la couche sédimentaire : « La profondeur ne dépassera pas quelques mètres, mais elle sera suffisante pour atteindre le dernier millier d'années et reconstruire la dynamique environnementale et climatique de la région, explique David Williamson. En milieu continental, les lacs comme les glaciers contiennent les archives les plus précieuses du passé. En effet, leurs dépôts sédimentaires ont enregistré continuellement la dynamique du climat sur des échelles de temps allant du siècle à plusieurs dizaines de milliers d'années. » Climat et environnement laissent en effet leur « signature » dans la composition des sédiments : par exemple, le taux de particules issues de l'érosion renseigne sur la pluviométrie, l'analyse des pollens et la diversité de la végétation. De précieux indices parmi d'autres permettant de reconstituer le paysage biologique et les conditions climatiques de la région à chaque époque. Deuxième étape : étudier les évolutions actuelles. Pour nos chercheurs, cela consistera en la mise en place d'un suivi continu et rigoureux de la dynamique environnementale. Un suivi qui fait appel à l'ensemble des disciplines du vivant – géologie, hydrologie, écologie, etc. – afin de créer une modélisation des plus précises. Au menu : prélèvements et relevés de végétation, mesures de la pluviométrie, débit des ruisseaux et des rivières, niveau des lacs, étude des sols… Bref, « un travail de longue haleine qui nécessite de former des gens sur place pour accomplir ce suivi dans les meilleures conditions, explique le chercheur. Aussi, en partenariat avec l'université de Dar es Salaam, avons-nous mis en place un échange de compétences pour former des étudiants tanzaniens à des diplômes de master pour l'instant, et de doctorat prochainement ». Avec ce projet, la Tanzanie pourrait devenir un carrefour incontournable pour les sciences de la terre et la recherche en matière de développement durable. Ces travaux présentent aussi un certain intérêt pour les populations locales. En effet, le modèle pourra orienter l'économie de la région vers des solutions durables face aux changements climatiques. Ces populations sont conscientes de ces changements qui bouleversent leurs modes de vie, essentiellement basés sur l'agriculture et l'élevage. Certes, les premiers résultats ne sont pas attendus avant une dizaine d'années, temps de réponse moyen d'un paysage à une perturbation externe. Toutefois, les données récoltées peuvent dès maintenant alimenter des projets tanzaniens comme la mise en place de systèmes énergétiques basés sur la géothermie, la valorisation de l'agriculture et la conservation de la biodiversité locale en vue d'un tourisme vert.

Camille Liewig

Notes :

1. Projet mené dans le cadre de la coopération scientifique Corus-Reson du projet ANR Escarsel, coordonné par Joël Guiot et Françoise Chalié, du CNRS, et avec la participation de l'IRD et du programme Eclipse-Cleha de l'Insu.
2. Centre CNRS / IRD / Universités Aix-Marseille-I et III.

Contact

David Williamson
Centre européen de recherche et d'enseignement de géosciences de l'environnement (Cerege), Aix-en-Provence
davwill@cerege.fr


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