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ÉDITO

L'espace, terre de la recherche mondiale

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Isabelle Sourbès-Verger,
Géographe, directrice adjointe du laboratoire « Communication et politique »


Sur fond de compétition et de rivalité internationales, on oublie souvent que l'espace est avant tout le lieu par excellence de la collaboration scientifique, à la fois entre disciplines et entre organismes, mais aussi entre pays. C'est d'ailleurs dans le cadre d'une Année géophysique internationale (entre juillet 1957 et décembre 1958) qu'ont été lancés les premiers satellites. En France, bien que la mise en orbite en 1965 du premier engin, surnommé Astérix, intervienne à un moment où la concurrence des initiatives spatiales bat son plein, l'aventure spatiale française est marquée par un souci permanent d'ouverture et de collaboration entre les différentes communautés – celles des chercheurs, des ingénieurs, des civils et des militaires –, ainsi que par la volonté de créer une structure destinée à fédérer des moyens limités. Tout commence en 1959 : s'inspirant du modèle choisi pour la recherche nucléaire civile, plusieurs scientifiques proposent la mise en place d'une organisation européenne, la future Agence spatiale européenne, afin de répondre à l'ampleur des défis posés par ce nouveau domaine d'activité. Parallèlement, la recherche spatiale française s'inscrit très vite dans les réseaux internationaux. Cette approche systématiquement poursuivie s'est traduite par des relations privilégiées avec les laboratoires américains et soviétiques, puis russes, ainsi qu'avec des acteurs plus lointains comme le Japon, l'Inde, ou encore la Chine.

Les caractéristiques propres au milieu spatial et la vocation planétaire des satellites s'accordent par essence avec les enjeux globaux de la recherche scientifique fondamentale mais aussi appliquée, telle la gestion de la planète et de l'environnement. L'interdisciplinarité s'avère donc indispensable à la pleine appréhension de la spécificité et de la richesse potentielle des ressources spatiales. Qu'il s'agisse de physique, d'astrophysique, de géodésie, de météorologie, de télécommunications, de géographie, de droit… , c'est en créant des pôles de compétence reconnus que la recherche française a trouvé sa place au sein de l'Europe, où elle a traditionnellement joué un rôle de leader. Elle est aussi devenue un vecteur de savoirs pour de nombreux pays désireux de maîtriser quelques pans de l'activité spatiale.

Parallèlement à des applications de plus en plus nombreuses intégrées à notre quotidien, les thèmes de l'exploration et de la découverte font leur réapparition et offrent de nouveaux chantiers à la curiosité scientifique. Cinquante ans après Spoutnik, une première phase s'achève. Désormais, de nouveaux états s'initient à l'utilisation de l'espace grâce à leurs satellites scientifiques. Dans la mesure où la maîtrise de l'espace contribue aussi à leur reconnaissance internationale, certains d'entre eux affichent de grandes ambitions. Dans ce contexte, afin de préserver une coopération équilibrée, la France doit poursuivre son effort si elle veut valoriser ses acquis.

Les synergies déjà en place associant le CNRS à différents organismes (agences spatiales française et européenne, CEA, Onera, universités, grandes écoles nationales et européennes…) sont une base solide. Il faut aussi renforcer les équipes et encourager la pluridisciplinarité, y compris par un recours plus appuyé aux compétences en sciences humaines et sociales, afin de mieux prendre conscience de la diversité des enjeux de l'occupation de l'espace pour la science et la société.


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