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Michael Matlosz

Un homme d'impulsion

 

matlosz

© C. Lebedinsky/CNRS Photothèque


C'est important de toujours garder des opportunités », énonce d'emblée Michael Matlosz dans un grand sourire cerné de barbe poivre et sel. Fort de son adage, cet Américain installé à Nancy ne cesse d'innover tout en poursuivant son grand « œuvre » : Impulse1. Lancé en février 2005, ce projet intégré (PI) du 6e Programme-cadre de recherche et développement technologique (PCRDT) européen mise sur la place des microtechnologies dans l'usine chimique de demain. Mais diriger ce consortium de vingt partenaires universitaires et industriels, regroupant 150 chercheurs issus de 8 pays européens, ne l'empêche pas de porter avec aisance d'autres casquettes. Là, celle de directeur de l'École nationale supérieure des industries chimiques (Ensic), ici celle de chercheur au Laboratoire des sciences du génie chimique (LSGC) du CNRS. À quarante-neuf ans, il entend bien rester en mouvement. Mais ne l'imaginez pas pour autant en globe-trotteur infatigable !

Dans un français parfait – relevé d'un zeste d'accent –, il raconte son goût pour « la vie de tous les jours, où qu'elle se passe. L'un de mes grands plaisirs est de disparaître un moment matin et soir, au grand dam de mes collaborateurs, pour réfléchir seul dans le brouhaha d'un café », explique-t-il avec malice. Atypique ? Oui, un peu à l'image de son parcours, qui l'a mené du New Jersey de sa jeunesse jusqu'en France. « Au lycée, j'ai failli opter pour les langues, ma matière fétiche étant le latin… mais la physique m'a finalement happé. » Il intègre alors une école d'ingénieurs de sa région, persuadé d'y couler des jours paisibles. Mais les études finissent par lui donner envie d'élargir sa vie et sa carrière. Rupture sentimentale et familiale à la clé, le voici qui débarque en 1979 à l'université de Californie à Berkeley. Il soutient une thèse en génie électrochimique doublée, « par curiosité », d'un travail de méthodologie de programmation des calculs numériques. Cinq années qui façonnent sa « patte » scientifique, à savoir le goût pour l'interdisciplinarité, le travail avec autrui, l'indépendance… et les langues. En l'occurrence la nôtre, à laquelle il s'initie dès sa première année de thèse « pour le plaisir et le prestige de la culture française ».

Au sortir de l'université, option est prise cette fois pour un postdoc à l'École polytechnique fédérale de Lausanne. L'occasion de se frotter au polissage des métaux à l'aune de procédés électrochimiques et in fine, à la microélectronique. Michael Matlosz restera huit ans en terre helvète, le temps aussi d'apprendre l'allemand et de… rencontrer sa femme, française. Revient alors cette question récurrente : et maintenant ? À trente-trois ans, il saisit la perche tendue par Alain Storck, directeur de l'Ensic, et obtient en 1993 un poste de professeur à Nancy. C'est le tout début des microréacteurs, dispositifs à l'échelle du millimètre déjà utilisés en chimie analytique. Michael Matlosz mesure vite l'intérêt de les appliquer à la production chimique.

Dès 2001, il déploie une énergie colossale pour rassembler les partenaires autour du projet Impulse. La ténacité paiera. Trois ans plus tard, la Commission européenne accepte le projet. Objectif : d'ici à 2009, livrer l'arsenal méthodologique permettant d'utiliser des microréacteurs dans les usines de production chimique. Et en prenant l'an passé la direction de l'Ensic, Michael augure déjà de la suite : appliquer et enseigner les méthodes développées dans le cadre d'Impulse auprès des futurs ingénieurs et des industriels. Tout cela sans quitter la France et sa recherche publique, dont il apprécie la « grande qualité et l'image très positive dans la société ».

 

Patricia Chairopoulos

Notes :

1. « Integrated Multiscale Process Units with Locally Structured Elements ». Lire aussi : « Impulse dope la chimie européenne », Le journal du CNRS, n° 189, octobre 2005, p. 35.

Contact

Michael Matlosz
École nationale supérieure des industries chimiques (Ensic), Nancy
michael.matlosz@ensic.inpl-nancy.fr


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