
Exoplanètes
© P. Plavchan 2005 La poussière froide issue des collisions entre les planétoïdes entourant une naine rouge (vue d'artiste) peut être détectée par nos radiotélescopes.
Représentant 70 % des étoiles de notre galaxie, les « naines rouges » sont des astres bien moins massifs et brillants que notre Soleil. Pourtant, ces corps célestes sont actuellement l'objet de toutes les attentions d'un groupe de chasseurs d'exoplanètes français, anglais et allemands. Jean-François Lestrade, directeur de recherche CNRS au Laboratoire d'étude du rayonnement et de la matière en astrophysique (Lerma)1, et ses collègues ont voulu savoir si ces objets faiblement lumineux sont au centre de systèmes solaires, à l'instar de notre étoile. Et après plusieurs campagnes d'observation, ils viennent de rendre leur verdict2 : une partie de ces naines rouges sont entourées de « disques de débris ». Un indice, assurent-ils, de la présence de planètes.
Depuis la découverte de la première d'entre elles en 1995, plus de 200 planètes ont été repérées autour d'étoiles autres que la nôtre. Or, ces corps ont dans leur grande majorité été mis au jour à proximité d'astres ressemblant par leur masse et leur luminosité à notre Soleil. Presque jamais autour de naines rouges ! Les raisons ? Les limites de la technique… Le procédé actuel de détection des exoplanètes consiste en effet à analyser le spectre lumineux des étoiles afin d'y repérer des fluctuations infimes et périodiques provoquées par les masses environnantes. Une méthode solide, mais inopérante avec les naines rouges, qui sont peu brillantes et présentent souvent une forte activité magnétique perturbant les mesures.
Jean-François Lestrade et ses collègues ont donc cherché un autre moyen pour déterminer si les naines rouges sont dotées de planètes. Pour cela, ils ont concentré leurs efforts sur un autre type d'attributs : les disques de débris. Selon certaines théories de la naissance des systèmes solaires en effet, les planètes ne peuvent exister sans qu'il se forme à la périphérie de la région qu'elles occupent une « ceinture de Kuiper », faite de petits planétoïdes ou comètes. L'équipe franco-germano-britannique a donc eu l'idée de rechercher la présence de ces corps faits de roches et de glaces, autour de trente-deux naines rouges.
Les astronomes ont ensuite mené leurs observations durant plusieurs mois à l'aide du radiotélescope JCMT à Hawaï et de celui de l'Institut de radioastronomie millimétrique (Espagne)3. En détectant les poussières produites par les collisions entre les planétoïdes, ils ont pu établir que 7 à 21 % des naines rouges sont entourées de disques de débris, et donc… d'exoplanètes. Des chiffres d'autant plus intéressants, expliquent ces scientifiques, qu'ils sont proches de ceux connus pour les étoiles de type « solaire ».
Vahé Ter Minassian
Les exoplanètes ont la cote
Récemment, deux nouvelles exoplanètes ont tenu le haut de l'affiche. Fin avril, une planète similaire à la Terre a ainsi été découverte à une vingtaine d'années-lumière d'ici. Détectée par une équipe internationale comprenant des chercheurs du CNRS, elle présente en effet des caractéristiques « presque » terrestres, dont une température comprise entre 0 et 40 °C – ce qui autoriserait la présence d'eau liquide à sa surface –, et un rayon 1,5 fois supérieur à celui de la Terre.
Quelques jours plus tard, c'est le télescope spatial Corot1 qui a fait parler de lui avec la découverte de sa première exoplanète, d'une taille comparable à celle de Jupiter, à 1 500 années-lumière. Avec ce résultat, Corot a surtout démontré une précision très prometteuse pour la suite.
1. Voir « Corot, sur la piste aux étoiles », Le journal du CNRS, n° 202, novembre 2006, p. 13.
Plus d'infos :
www2.cnrs.fr/presse/communique/1085.htm
www2.cnrs.fr/presse/communique/1093.htm
1. Laboratoire CNRS / Observatoire de Paris / Univ. Cergy-Pontoise / Univ. Paris-VI / ENS Paris.
2. Astronomy & Astrophysics, vol. 460, n° 3, 4 décembre 2006, pp. 733-741.
3. Institut CNRS / Max Planck Gesellschaft (MPG, Allemagne) / Instituto Geográfico Nacional (IGN, Espagne).
Jean-François Lestrade
Laboratoire d'étude du rayonnement et de la matière en astrophysique (Lerma), Paris
jean-francois.lestrade@obspm.fr