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Ingénierie

Les rugbymen sous toutes les coutures

Voici venue la Coupe du monde de rugby. Au stade ou dans son fauteuil, le supporter encourage les joueurs… Un effort bien moins périlleux que celui des professionnels du ballon ovale, et notamment lors de la mêlée, où des forces importantes sont déployées par huit joueurs de chaque équipe. Pour mesurer les performances d'un joueur, des chercheurs du laboratoire « Biomécanique et génie biomédical » (BIM)1 ont conçu un outil précieux2 : l'instrument Rugbor v2, capable de mesurer la poussée exercée par un rugbyman dans les trois directions de l'espace. Équipé de capteurs de force et d'un ordinateur, il présente une surface d'appui pour les épaules, la tête du joueur étant engagée dans une cage3.

Déjà, 67 joueurs, dont les premières lignes de l'équipe de France des moins de dix-neuf ans, ont simulé avec Rugbor des engagements avec impact selon le règlement de l'International Rugby Board (IRB). Et les résultats de cette première mondiale sont édifiants : « Pendant 0,2 seconde, nous avons mesuré une force d'impact moyenne à l'engagement comprise entre 3 000 et 7 000 newtons, l'équivalent d'une masse de 300 à 700 kilogrammes. La force maximale d'impact peut même atteindre 12 000 newtons, révèle Didier Gamet, enseignant-chercheur. Et lors de la poussée après impact, les efforts sont moindres (1 500 à 4 000 N), mais à maintenir ! »

Autant dire que la mêlée, un exercice hautement stratégique dans un match, n'est pas sans risque pour la complexe musculature du cou. En plus, après l'impact, le rugbyman continue à pousser et remonte aussi la tête pour déstabiliser la partie adverse. Grâce à Rugbor, l'on sait désormais que cet effort pour relever la tête est de l'ordre de 300 à 500 newtons. Autant que de porter un sac de ciment… et ceci jusqu'à trente fois par match, le nombre de mêlées estimé. Des données qui viennent confirmer les risques connus encourus par les joueurs, à savoir des usures prématurées du rachis et, quand la mêlée s'écroule, des traumatismes cervicaux.

Désireuse de prévenir les risques de blessures cervicales, la Fédération française de rugby, sous la coupe du ministère de la Jeunesse et des Sports, a donc été intéressée par cet appareil qui évalue les performances des joueurs et permet de mieux comprendre les forces mises en jeu dans une mêlée. L'instance nationale, qui soumet déjà les joueurs de première ligne à des examens radiologiques, a décidé d'héberger Rugbor au Centre national de Marcoussis, dans l'Essonne, qui accueille les installations du XV de France. L'appareil pourrait être un jour remplacé par une nouvelle version sur laquelle travaillent actuellement nos chercheurs : celle-ci sera complétée d'un robot capable de simuler la poussée de la mêlée adverse.

 

Gaël Hautemulle 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université de Compiègne.
2. En partenariat avec le laboratoire Roberval de mécanique.
3. L'appareil sera présenté durant la Nuit européenne des chercheurs de l'Île-de-France, le 28 septembre.

Contact

Didier Gamet
Biomécanique et génie biomédical (BIM), Compiègne
didier.gamet@utc.fr


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