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Moscou-Orléans. Aussi atypique que directe, cette trajectoire colle parfaitement à Dmitry Davidenko, quarante-trois ans, spécialiste des moteurs dits hypersoniques, qui permettront un jour à des engins volants de dépasser cinq fois la vitesse du son (Mach 5). L'ingénieur venu du froid s'étonne encore parfois d'avoir atterri en France pour y passer… sa thèse, à un âge, estime-t-il, « déjà avancé ». Il ne l'a entamée en effet qu'il y a six ans, sous la direction d'Iskender Gökalp, au Laboratoire de combustion et systèmes réactifs (LCSR) du CNRS à Orléans – rebaptisé cette année Institut de combustion, aérothermique, réactivité et environnement (Icare). Elle lui a permis de développer des outils de simulation numérique de la combustion supersonique du méthane et de l'hydrogène, dans le cadre du programme français LEA1. Et de recevoir le prix EADS 2006, décerné à des travaux de doctorat innovants sur les plans tant technologiques que conceptuels. Une belle reconnaissance pour celui qui n'a qu'un rêve : contribuer à faire un jour voler un appareil à des vitesses supérieures à huit fois celle du son (Mach 8)… quand le record avoisine aujourd'hui Mach 4.
Rapide, son parcours l'est également. À peine l'étudiant est-il entré à l'Institut d'aviation de Moscou (MAI), en 1981, que l'un de ses professeurs lui propose un mi-temps d'« apprenti ingénieur » dans son laboratoire. C'est parti pour trois ans de formation intensive sur le processus interne des chambres de combustion des avions du futur. « C'était une période vraiment riche et lumineuse, et dès l'obtention du diplôme, nous étions formés comme des ingénieurs. » Le MAI ne s'y trompe pas, et le garde en tant qu'ingénieur d'études puis de recherche. Personne n'imagine encore les conséquences de la perestroïka… jusqu'au début des années quatre-vingt-dix, qui s'ouvrent sur une terrible crise économique. « Elle a signifié pour nous la rupture de presque tous les contrats avec le ministère de la Défense et l'industrie aéronautique. » Confrontés au gel des salaires et à l'arrêt quasi total de leur activité, nombre de ses collègues quittent le navire. Lui mise sur l'ouverture des frontières. À raison. En 1992, son équipe signe un premier contrat avec Aérospatiale missiles – aujourd'hui MBDA France. Objet : élargir la plage de vitesse des « superstatoréacteurs », ces moteurs très performants à des vitesses hypersoniques mais qui nécessitent d'abord d'être propulsés par un autre moteur. Sur cette lancée, notre chercheur passe six mois en France, en 1993.
De retour à Moscou, la cherté de la vie l'amène à envisager une reconversion plus lucrative. C'est alors qu'une proposition tombe à pic, celle d'une thèse dans le cadre de la coopération entre MBDA France, l'Onera et le LCSR. Dmitry Davidenko prend pour de bon le chemin de la France et du laboratoire orléanais où il travaille toujours. Évoquant l'appréhension de quitter une vie « assez modeste, mais assurée d'un niveau minimum… », il ne regrette rien aujourd'hui de son choix. Tout entier à ses travaux sur les codes de simulation numérique et à l'encadrement d'un doctorant, il goûte à la liberté laissée aux chercheurs. Bien sûr, Dmitry aimerait profiter plus pleinement de la douceur de vivre orléanaise. Mais il y a tant à faire dans cette période porteuse de l'aéronautique : les aspects numériques et expérimentaux sont désormais si étroitement liés qu'il n'a de cesse de valider des codes de calcul à partir d'essais au sol. « Le plus important pour moi est de voir que mes connaissances et contributions trouvent leurs applications. Sinon, à quoi servirait tout ce temps passé ? » Quant au reste de ce temps, justement, il le consacre en partie à sa fille, qui, à dix-huit ans, se passionne déjà pour les sciences.
Patricia Chairopoulos
1. Programme coordonné par l'Onera et MBDA France en collaboration avec le CNRS et la Russie.
Dmitry Davidenko
Institut de combustion, aérothermique, réactivité et environnement (Icare), Orléans
davidenko@cnrs-orleans.fr