
Horizon
Un pays qui voit loin
© I. Dudek, J.-Y. Blaise/CNRS Photothèque Maquette en 3D du site romain de Dougga en Tunisie, par le laboratoire « Modèles et simulations pour l'architecture et le paysage » (MAP).
Le plus petit pays du Maghreb est aussi l'un des plus dynamiques en Afrique en matière de recherche et de coopération internationale. Une part de son histoire commune avec la France et une situation géographique privilégiée – au carrefour des trois grandes régions que sont l'Afrique, le Proche-Orient et l'Europe, avec une position centrale en Méditerranée – ont créé les conditions d'une ouverture
exceptionnelle. Cette singularité, doublée d'une volonté politique affichée, permet le développement de coopérations qui s'étendent au-delà du seul cadre méditerranéen. La Tunisie compte ainsi un éventail de pays partenaires, comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Aussi, d'une manière encore plus décisive que le Maroc ou l'Algérie, la Tunisie a-t-elle réussi un double pari : celui de diversifier sa coopération internationale tout en développant sa propre production scientifique de façon significative. Car si le pays connaît l'une des croissances internationales les plus fortes en la matière – comparable à celle de certains pays émergents d'Asie –, la moitié de cette production est strictement tunisienne, une proportion bien supérieure à celle de la plupart des pays dits « du Sud ». La France est aujourd'hui encore le principal partenaire de la Tunisie. Pour engager leurs coopérations sur des voies nouvelles, les deux pays ont mis en place des dispositifs adaptés : soutien financier à la mobilité et à la formation de jeunes chercheurs, programmes d'actions intégrées, fonds de solidarité prioritaire, laboratoires internationaux associés, etc. Des groupements de recherche internationaux visent quant à eux à intégrer la coopération entre le CNRS et la Tunisie dans des réseaux impliquant d'autres pays d'Europe, du Moyen-Orient ou d'Afrique. Quelques exemples : l'Afrique du Sud et la Norvège pour les technologies de l'information, l'Égypte, l'Espagne et la Grèce pour l'architecture ou encore l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la Suisse et le Sénégal pour le droit du patrimoine et de l'art. D'autres projets de recherche plus pointus font apparaître des thématiques majeures pour le CNRS en Tunisie, comme la chimie et les matériaux. Elles ont favorisé l'émergence de collaborations d'excellence en nanotechnologies, mais également en spectroscopie, optique, électrochimie et écologie.
Si la tendance à l'intégration de la recherche tunisienne dans le paysage scientifique mondial est un fait positif, néanmoins ses relations avec ses plus proches voisins ne sont pas à la hauteur du potentiel que représente l'ensemble du Maghreb. La création en 1997 d'un Comité mixte permanent de recherche
pour promouvoir une coopération entre le Maroc et la Tunisie a certes encouragé le développement de projets de recherche dans différents domaines : la santé, l'agriculture, les sciences de l'eau, la physique, les sciences de l'ingénieur, l'économie du développement et les sciences humaines et sociales. Mais cela reste insuffisant. Le CNRS verrait très positivement un élargissement de cette coopération régionale sur des sujets d'intérêt partagé des deux côtés de la Méditerranée, tels que les nanomatériaux, l'environnement, l'urbanisme, les mutations économiques de la zone euro-méditerranéenne ou encore l'étude des changements sociaux, des phénomènes migratoires… De telles initiatives devraient faciliter une participation active du Maghreb dans le 7e programme-cadre européen. Premier signe fort : en avril dernier s'est tenu à Oujda, au Maroc, le premier congrès de physiciens sur la recherche et l'enseignement de la physique, réunissant des chercheurs des trois pays du Maghreb et leurs homologues français.
Séverine Duparcq
en chiffres
> Budget de la recherche : 200 millions d'euros en 2004 (1 % du PIB). Il a presque doublé par rapport à 2000
> 13 universités
> 13 000 chercheurs (deux fois plus qu'il y a dix ans)
> Le nombre des publications tunisiennes a doublé depuis 2002
> 1 057 publications en 2006 dont 1/3 avec la France (60 % des copublications françaises avec le CNRS)
> La Tunisie est le 20e partenaire du CNRS
> 30 chercheurs et personnels techniques et administratifs (ITA) de nationalité tunisienne sont titulaires au CNRS
> 519 missions CNRS ont été effectuées en Tunisie en 2006, dont 28 % en sciences humaines et sociales (SHS) et 24 % en sciences et technologies de l'informatique et de l'ingénierie (ST2I)
Partenaire
La Direction générale de la recherche scientifique et technique est l'interlocuteur incontournable du CNRS en Tunisie. Sont actuellement en cours ou en démarrage : un projet international de coopération scientifique (Pics), deux laboratoires internationaux associés (LIA) – dont le Laboratoire Orsay-Tunis sur les atomes, molécules, plasmas (Lotamp), créé il y a quelques semaines – et quatre groupements de recherche internationaux (GDRI). Ces recherches collaboratives en réseau sont de plus en plus actives et couvrent un vaste ensemble de domaines. Parmi eux, citons les maladies multigéniques, l'analyse interdisciplinaire des politiques et des usages en technologies de l'information, l'architecture, le droit du patrimoine, les ressources en eau ou les systèmes économiques et leur évolution.
Jean-Jacques Faure
Direction des relations internationales (DRI) du CNRS, Paris
jean-jacques.faure@cnrs-dir.fr