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Biodiversité

Les papillons à l'œil

papillon

© P. Lafaite/MNHN

Le papillon nommé brun des pélargoniums semble migrer vers le nord.


Dans vos jardins, ouvrez l'œil ! » C'est le message que diffuse avec succès depuis un an l'Observatoire des papillons des jardins (OPJ), mis en place par le laboratoire « Conservation des espèces, restauration et suivi des populations »1, dirigé par Denis Couvet. Ce vaste programme de comptage et d'inventaire des papillons, coordonné par le Muséum national d'histoire naturelle et le CNRS, a déjà séduit quelque 4 000 observateurs bénévoles. Ces participants au projet ont récolté un nombre impressionnant de données en 2006, « année zéro » pour les prochaines études qui s'attelleront à chiffrer le déclin des populations, constaté depuis une quinzaine d'années en Europe.

En effet, qu'il s'agisse des lycènes bleues, des cuivrées ou des machaons, la plupart des espèces de papillons font les frais de l'activité humaine. En cause notamment, l'expansion urbaine et l'agriculture intensive, qui provoquent la dégradation de leurs habitats et la disparition de certaines plantes hôtes. Même dans les jardins, les papillons subissent les effets des pesticides, ou simplement de certaines pratiques de jardinage comme le débroussaillage des orties et des ronces. « Cet observatoire s'inspire de l'expérience de “Suivi temporel des oiseaux communs”, dédiée au recensement des populations d'oiseaux. Il apparaissait nécessaire de mettre en place un indicateur similaire sur les invertébrés, notamment sur les papillons, qui sont relativement bien connus et bénéficient de la sympathie du public », déclare Benoît Fontaine, du même laboratoire.

Déjà, les résultats des observations de 2006 ont permis d'établir un premier état des lieux de l'abondance des espèces suivies, mais aussi d'en savoir un peu plus sur leur comportement. Par exemple, le brun des pélargoniums, une espèce exotique que l'on connaissait au Sud de la France, semble remonter au Nord en été.

À présent, la mission des spécialistes est d'analyser ces données « en intégrant les possibles erreurs d'observation ou confusions, précise Benoît Fontaine. Les espèces représentées à moins de 5 % sont ainsi éliminées du traitement. Nous tenons également compte de l'environnement urbain ou encore de l'utilisation de pesticides dans les jardins, pour l'analyse des données ».

À terme, les résultats devraient servir à construire un nouvel indicateur, véritable « baromètre » de la biodiversité, qui servirait à évaluer les conséquences de l'activité humaine, tout en responsabilisant notre société sur ses pratiques et sur les moyens de protéger la vie animale au quotidien.

 

Sonia Ruspini

 

Pour en savoir plus et pour participer à l'Observatoire : www.noeconservation.org

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Muséum national d'histoire naturelle / Université Paris-VI.

Contact

Laboratoire « Conservation des espèces, restauration et suivi des populations », Paris
> Benoît Fontaine
fontaine@mnhn.fr
> Denis Couvet
couvet@mnhn.fr


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