
RFID TRACE AGRO
Malgré des atouts indiscutables, la technologie de la radio-identification (RFID) est actuellement peu présente dans l'industrie agroalimentaire. Très performantes pour améliorer la traçabilité d'un produit et optimiser la logistique, les radio-étiquettes, équipées d'une puce et d'une antenne, seraient en effet trop chères et trop fragiles pour ce domaine industriel… contrairement, par exemple, à celui du luxe, où les objets sont manipulés avec soin et où le coût de l'étiquette est négligeable par rapport au prix de vente du produit. Cette situation pourrait rapidement évoluer grâce au projet « RFID Trace Agro », récemment labellisé par le pôle de compétitivité « Solutions communicantes sécurisées », situé en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca)1. Présenté par la société STID, le programme associe le laboratoire « Matériaux et microélectronique de Provence » (L2MP)2 et d'autres partenaires dont des producteurs et des entreprises de transformation. Leur but ? Commercialiser d'ici à trois ans un système d'identification de bacs et de leur contenu capable de répondre aux exigences très particulières du secteur agroalimentaire.
Contrairement au traditionnel code-barres, la RFID permet d'identifier automatiquement et sans aucune intervention humaine des cartons équipés de radio-étiquettes. Elle permet aussi de stocker dans la mémoire de la puce un ensemble d'informations (type de produit, nom du fabricant, destination, dates…) que l'on peut interroger à tout moment grâce à des émetteurs-récepteurs. Survient alors une première contrainte propre à l'agroalimentaire : les chaînes de fabrication de viande, de fruits et de légumes exigent une distance de lecture suffisamment grande pour s'adapter à chaque étape (production, manutention, transports, etc.). Et sur ce point, le projet RFID Trace Agro a déjà bien avancé : « On atteint aujourd'hui 6 à 7 mètres, explique Philippe Pannier, chargé du projet au L2MP, grâce à des étiquettes en plastique d'environ 5 x 5 centimètres. La puce elle-même ne mesure que 1 mm2. Le reste de l'espace est occupé par l'antenne en cuivre (dont la longueur est proportionnelle à la distance de lecture) et d'éventuels capteurs. Ceux-ci peuvent être installés pour, par exemple, signaler une rupture de la chaîne du froid. »
Mais les chercheurs ont encore du pain sur la planche : ils doivent rendre ces radio-étiquettes suffisamment résistantes aux environnements agressifs de l'agroalimentaire : lavages fréquents, usage de détergents, chocs mécaniques dus aux manipulations, chocs thermiques (congélation), transports, le tout pour un prix qui ne devrait pas dépasser 1,5 euro l'unité. Affaire à suivre…
Emmanuel Thévenon
1. Voir Le journal du CNRS, n° 195, p. 14.
2. Laboratoire CNRS / Universités d'Aix-Marseille-I et III / Université de Toulon.
Philippe Pannier
Laboratoire « Matériaux et microélectronique de Provence » (L2MP), Marseille
philippe.pannier@l2mp.fr