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Neurobiologie

Des mauvais souvenirs effaçables

Qui n'a rêvé d'effacer ses mauvais souvenirs, ces « madeleines » au goût amer, qui font revivre une déception ou un accident ? Et ce, sans toucher aux bons moments, si doux à se remémorer ? Les travaux1 d'une équipe franco-américaine laissent entrevoir cette possibilité. « On savait déjà que certaines substances chimiques, administrées à des rats au moment précis où on leur remémore un souvenir, empêchent la mémorisation à long terme de celui-ci, explique Valérie Doyère, chargée de recherche au Laboratoire de Neurobiologie de l'apprentissage, de la mémoire et de la communication (NAMC)2, et cosignataire de l'article. Mais on ignorait si ce processus d'effacement apparent était sélectif, ou s'il concernait un ensemble de souvenirs associés entre eux. »

Pour le savoir, les chercheurs ont « appris » à des rats à avoir peur de deux sons différents, en les leur faisant entendre juste avant de leur envoyer une décharge électrique dans les pattes. Puis ils leur ont fait entendre à nouveau un seul des deux sons, tout en leur administrant une de ces fameuses substances chimiques. Résultat : vingt-quatre heures plus tard, les rongeurs n'avaient effectivement plus peur du son qu'ils avaient entendu en présence de la drogue, tandis que leur peur de l'autre son, elle, était restée intacte. L'oubli est donc bien sélectif.

Pour savoir si celui-ci était bien dû à un « effacement » de la trace physiologique du souvenir de peur, les chercheurs ont ensuite mesuré, au moyen d'électrodes, l'activité synaptique dans l'amygdale, une région du cerveau liée à la mémoire émotionnelle, au moment où les rats réentendaient le son auquel la substance chimique les avait rendus insensibles : celle-ci avait effacé sélectivement jusqu'à la trace neuronale du souvenir de peur évoqué par le son. « Cela démontre pour la première fois que l'on peut perturber sélectivement un souvenir émotionnel », explique Valérie Doyère.

Ces recherches laissent entrevoir une voie thérapeutique intéressante pour les personnes atteintes de stress post-traumatique, une psychopathologie qui fait revivre au sujet des émotions négatives exacerbées lorsqu'il perçoit une odeur, un son ou une couleur qui lui rappellent un traumatisme. « Nous sommes encore loin d'une application, nuance Valérie Doyère. La sélectivité que nous avons démontrée, notamment, pourrait poser problème. Il faudrait trouver des conditions dans lesquelles cet effacement sélectif pourrait être élargi à des groupes de souvenirs. Sans oublier, bien entendu, les questions éthiques soulevées par la mise en œuvre d'une telle “thérapie par l'oubli”. »

 

Marie Lescroart

 

Notes :

1. Nature Neuroscience, vol. 10, n° 4, avril 2007, pp. 414-416.
2. Laboratoire CNRS / Université Paris-Sud-XI.

Contact

Valérie Doyère
Laboratoire de Neurobiologie de l'apprentissage, de la mémoire et de la communication (NAMC), Orsay
valerie.doyere@u-psud.fr


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