
Le littoral : un espace essentiel à l'humanité
© P. Got Marc Troussellier, directeur de recherche CNRS, coprésident du conseil scientifique du Programme national « Environnement côtier » (Pnec)
Sur une très faible surface de l'océan, ces écosystèmes, qui présentent une grande diversité de paysages – zones humides, lagunes, estuaires, baies, lagons, mangroves… –, sont à l'origine de près d'un tiers des ressources écologiques et économiques de notre planète. Cette richesse à la fois qualitative et quantitative trouve son origine dans la situation d'interface qui caractérise l'ensemble des milieux marins côtiers. De profondeur limitée, soumis aux contraintes physiques (vent, érosion, tempête…), nourris par les apports continentaux, ces écosystèmes, hétérogènes, produisent une grande diversité biologique renouvelée par leurs liens étroits avec la mer.
Diversité, accessibilité, richesse ont attiré depuis toujours les populations humaines dans ces espaces privilégiés, mais sans grand souci des conséquences, qui sont de plus en plus manifestes : marées vertes, anoxies, espèces exotiques, invasives et toxiques, espèces disparues ou en voie de disparition, épuisement de certaines ressources… Ces environnements subissent aussi les pollutions chroniques et aiguës qui peuvent conduire à un état sanitaire des eaux et des ressources vivantes incompatible avec leur utilisation par les populations humaines. Et les changements climatiques ajoutent des menaces déjà perceptibles sur l'intégrité de ces écosystèmes.
Comme ces écosystèmes, naturellement complexes et diversifiés, sont soumis à une multiplicité de contraintes d'origine locale et globale, il est impératif de mener une recherche pluridisciplinaire pour en comprendre le fonctionnement et anticiper leur devenir. Cette recherche s'appuie sur des actions complémentaires. L'observation en est le plus ancien aspect. Sur les côtes françaises, elle repose principalement sur les systèmes d'observation de l'Institut national des sciences de l'Univers (Insu) du CNRS et sur les réseaux de surveillance de l'Ifremer. La pérennité et l'amélioration technologique de ces dispositifs sont des atouts essentiels pour évaluer les évolutions des écosystèmes marins côtiers.
L'expérimentation est également indispensable à l'étude des processus qui gouvernent la diversité, les interactions et les adaptations de ces écosystèmes complexes et de leurs composantes. Les programmes nationaux interorganismes et internationaux apportent leur soutien à la compréhension de ces changements sous les effets de l'action de l'homme. Les organismes, et notamment le CNRS, via l'Insu et le département « Environnement et développement durable », œuvrent conjointement pour encourager la nécessaire fédération des communautés de chercheurs et les doter de nouveaux supports expérimentaux.
Enfin, la modélisation est un outil dynamique pour l'intégration des connaissances issues de l'observation et de l'expérimentation et le couplage entre composantes et processus de différente nature. C'est également un des moyens privilégiés pour l'établissement des scénarios d'évolution des écosystèmes marins côtiers. Ces scénarios dans leurs tenants et aboutissants doivent être aussi le creuset de l'interdisciplinarité entre océanographie côtière et sciences humaines et sociales.
Observer, expérimenter, modéliser : un trio fondamental pour prévoir et anticiper, mais aussi pour expliquer et conserver les richesses d'un espace essentiel à notre humanité et en construire une gestion raisonnée et durable.