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Héliophysique

Une année autour du soleil

Le 19 février, l'Année héliophysique internationale était lancée au siège de l'ONU. Chercheuse au Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique (Lesia) (1) et coresponsable de l'AHI pour l'Europe, Carine Briand nous en explique les enjeux.

soleil

© SOHO/LASCO/EIT (ESA & NASA)

La mission Stereo permet de réaliser les premières images 3D d'éjections de masses coronales du Soleil pour un jour être en mesure de les prévoir.


 

Pourquoi organiser une Année héliophysique internationale ?

Carine Briand : Il s'agit de commémorer l'Année géophysique internationale, qui fut marquée en 1957 par la suite de l'exploration des pôles et par le début de l'ère spatiale, c'est-à-dire par les premiers travaux visant à étendre nos connaissances de la Terre à son environnement. Des chercheurs ont eu l'idée de fêter cet anniversaire en élargissant le thème originel à « l'héliosphère », c'est-à-dire à la portion de l'espace où s'exerce l'influence du Soleil. D'où l'Année héliophysique internationale (AHI), un projet qui bénéficie du soutien de l'ONU et dont le comité d'organisation comprend des gens de la Nasa mais aussi des scientifiques européens, asiatiques et africains.

 

Qu'est-ce que l'« héliophysique » ?

C.B. : L'héliophysique vise à étudier la physique de l'héliosphère. Cette zone comprend le Soleil lui-même et s'étend au-delà des planètes les plus éloignées, jusqu'à une région appelée le « choc terminal ». Du point de vue de la recherche, la discipline concerne d'abord le Soleil. Les spécialistes se demandent pourquoi la température de la couronne solaire atteint des millions de degrés. Ils s'interrogent aussi sur l'origine du cycle de onze ans qui rythme l'activité du Soleil, et sur les causes des éruptions dans telle ou telle région.

 

Autre sujet de pointe, la « météorologie » de l'espace…

C.B. : En effet. Le Soleil envoie en permanence des flux de protons et d'électrons vers notre planète. En principe, la Terre est protégée de ces « vents solaires » par son champ magnétique. Mais il arrive qu'au cours des éruptions les plus fortes, ces particules pénètrent dans l'atmosphère. Cela crée de magnifiques aurores polaires, mais peut aussi endommager l'électronique des instruments. Avec les moyens actuels, il est possible de repérer une éruption, puis d'alerter, trois jours à l'avance, sur les risques que la Terre soit soumise à l'une de ces tempêtes. Mais les prévisions sont peu fiables, et les opérateurs de satellites voudraient être avisés plus tôt. Si l'on rajoute à cela les projets de missions habitées vers Mars, la météorologie de l'espace est aujourd'hui au cœur d'un enjeu important.

À ce sujet, nous attendons beaucoup de Stereo. Lancée en octobre, cette mission de la Nasa – conçue avec la participation du CNRS et du Cnes – nous permet de réaliser les premières images 3D d'éjections de masses coronales (en fait, du plasma expulsé de la couronne solaire). Ce qui nous laisse espérer être un jour en mesure de les prévoir.

 

Quels seront les rendez-vous de cette Année héliophysique internationale ?

C.B. : Il y a actuellement 65 projets de recherche labellisés AHI à travers le monde. Ils touchent tous les domaines, des relations entre le Soleil et l'ionosphère (la couche supérieure de notre atmosphère) jusqu'aux rayons cosmiques, en passant par les éjections de masses coronales ou la magnétosphère. Outre qu'elle mettra tout au long de cette année ses instruments, tels que le radiohéliographe de Nançay et le télescope solaire Themis, à la disposition de la communauté scientifique, la France est ainsi impliquée dans un programme d'étude de l'ionosphère.

Au terme de ces campagnes, des colloques transdisciplinaires seront organisés. Enfin, des rendez-vous importants sont les assemblées générales de l'AHI. La prochaine se tiendra à Turin (Italie) du 18 au 22 juin et aura pour thème l'implication européenne dans les grands instruments du futur. Signalons qu'à travers l'Insu, le CNRS est pour sa part très impliqué dans ces différents projets de recherche et évènements.

 

L'Année héliophysique internationale est aussi une occasion de s'adresser au public…

C.B. : Absolument ! C'est le second aspect de cette manifestation. L'objectif est de faire comprendre que le soleil détermine notre environnement. Et qu'il est un objet très actif. Afin de faire passer ce message, nous avons décidé d'ouvrir le 10 juin prochain les portes de 54 instituts, muséums et planétariums européens au public. En France, cette journée se déroulera dans cinq instituts. Sur le site de Meudon de l'Observatoire de Paris, chacun pourra venir visiter une exposition, rencontrer des chercheurs sur des stands, assister à des conférences et même réaliser des observations2.

Les plus jeunes ne seront pas oubliés. Outre que le site web européen de l'AHI met en ligne leurs dessins, de nombreuses manifestations leur sont destinées. Enfin, signalons qu'une exposition baptisée « Du Soleil à la Terre »3 parcourra la France, l'Allemagne et la Suisse. Elle arrivera en novembre dans notre pays.

 

Propos recueillis par Vahé Ter Minassian

 

>> À voir

www.insu.cnrs.fr/web/article/art.php?art=2093

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Observatoire de Paris / Universités Paris-VI et VII.
2. Renseignements : Consulter le site web
3. www.hartmannevent.ch

Contact

Carine Briand
Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique (Lesia), Meudon
carine.briand@obspm.fr


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