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Sociologie

Mais qui sont nos députés ?

Une étude inédite menée par des chercheurs du CNRS vient d'établir le portrait-robot des « représentants de la Nation » de la dernière législature. De précieuses indications pour les électeurs français qui, les 10 et 17 juin prochains, sont appelés à élire leurs nouveaux députés.

Un homme de plus de cinquante ans, fortement diplômé, souvent salarié du public et/ou issu d'un milieu professionnel favorisé et titulaire d'un mandat exécutif local. » Voilà le portrait-robot du député français, tel que le dessinent Olivier Costa et Éric Kerrouche, du laboratoire « Sciences politiques, Relations internationales, Territoire » (Spirit)1 de l'Institut d'études politiques de Bordeaux, dans leur enquête menée auprès des parlementaires, éditée le 7 juin prochain2. « Notre ambition n'était pas d'étudier l'Assemblée nationale en tant qu'institution, mais de nous focaliser sur ses membres, leur identité, leurs pratiques, leurs valeurs, leur carrière, leurs choix, expliquent les auteurs. Nous souhaitions examiner la manière dont ils répondent aux diverses exigences de leur mandat et ainsi révéler les différentes facettes du métier de député. » Les deux chercheurs comblent ainsi un vide dans les connaissances sociopolitiques en France : étrangement, personne ne s'était intéressé aux parlementaires depuis plus de vingt ans.

Premier constat : les 577 « représentants de la Nation » de la dernière législature ne sont en rien représentatifs de la population. D'abord, ils sont en grande majorité des hommes. En effet, la loi sur la parité homme/femme n'a eu que peu de répercussions : avec ses 12,3 % de femmes à l'Assemblée nationale, la France ne se situe qu'au 84e rang mondial.

Ensuite, ils ne sont pas de la première jeunesse, puisque la moyenne d'âge en 2006 était de 57,7 ans.

Ils ont enfin un niveau d'études élevé (cinq années après le bac) et, par conséquent, exercent – ou exerçaient – une profession hautement qualifiée. Ils ne sont que 0,9 % d'ouvriers et 2,4 % d'employés. « La question de l'activité constitue un enjeu central pour les députés, soulignent les chercheurs. L'appartenance professionnelle est un critère de présentation de soi essentiel, surtout lorsque l'on prétend aux suffrages des électeurs. » Cependant, cette représentation peut paraître faussée, puisque la députation est devenue un métier à part entière : la plupart des députés n'exercent plus leur profession depuis longtemps et partagent leur temps entre plusieurs mandats, le cumul restant une particularité bien française. Il faut dire que la politique est chronophage : les députés doivent bien sûr siéger à l'Assemblée, mais aussi travailler et être présents dans leur circonscription, notamment pour se faire réélire. Car aux législatives, le vote se joue souvent à quelques pour cent. Dans ce cas, impossible d'ignorer le « vote personnel », c'est-à-dire la part des électeurs qui choisiront leur représentant non pas sur des critères d'appartenance politique mais de personnalité et de résultats. « Tous les députés courent après ce vote, indique Olivier Costa. Certains ténors ont accès aux médias nationaux mais la plupart du temps, les députés doivent quadriller le terrain et communiquer sur leurs actions auprès de leurs électeurs. » En somme, les députés travaillent à préserver leur éligibilité : ils doivent être populaires à la fois auprès de leurs électeurs et à l'Assemblée nationale, au sein de leur parti (pour se faire investir)… « Il faut pourtant se garder de la caricature et des préjugés, tient à préciser Éric Kerrouche. Ils ne sont ni des pions de leur parti, ni des cyniques qui ne pensent qu'à se faire réélire. La majeure partie d'entre eux souhaite faire du bon travail. Quant à la professionnalisation, elle est aussi le résultat du caractère de plus en plus technique et complexe des institutions. »

Au final, l'étude systématique des biographies, les entretiens et l'analyse des documents parlementaires auront permis aux deux chercheurs de dessiner quatorze « rôles » parlementaires qu'endossent les députés, en fonction de leurs ressources (capital social et politique, ambition et appuis politiques, expertise) et de leurs centres d'intérêt. « L'originalité principale de cette typologie réside dans le fait que nous considérons que chaque député joue au moins deux rôles dominants distincts : l'un en circonscription, l'autre à l'Assemblée », précisent les chercheurs. Citons alors le ténor, le ministrable, le technocrate à l'échelon national ou encore le notable, l'« assistant social », le novice à l'échelon local. Une typologie propre à la France ? Forts de leur méthodologie, Olivier Costa et Éric Kerrouche dirigent désormais le projet européen « Parliamentary Representation at National and European Levels » (Parenel), qui regroupe des équipes, dans l'Europe des 27, chargées de savoir qui sont, réellement, leurs députés.

 

Fabrice Demarthon

Notes :

1. Ex-CERVL, laboratoire CNRS / IEP Bordeaux.
2. Qui sont les députés français ? Enquête sur des élites inconnues, éd. Presses de Sciences Po, collection « Nouveaux débats », 2007.

Contact

> Olivier Costa
Institut d'études politiques, Bordeaux
o.costa@sciencespobordeaux.fr
> Éric Kerrouche
Institut d'études politiques, Bordeaux
e.kerrouche@sciencespobordeaux.fr


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