
Aéronomie
© J. Descloitres, MODIS Rapid Response Team, NASA/GSFC Le projet Polarcat s'intéresse notamment au trajet des aérosols : ici, des fumées de feux de forêt d'Alaska gagnent le Groenland à la fois par le nord et par le sud.
C'est un article en forme d'appel qu'ont publié dans la revue Science1 Kathy Law, directrice de recherche CNRS au Service d'aéronomie (S.A.)2, et son collègue Andreas Stohl, du Norwegian Institute for Air Research, dans le cadre de l'Année polaire internationale. L'argument est simple : « Produits de l'activité humaine, les polluants comme les aérosols et l'ozone troposphérique ont une durée de vie beaucoup plus courte que le CO2. On peut donc plus facilement réduire leurs effets sur le climat, explique Kathy Law. Si on arrive à faire baisser les émissions, on voit les résultats dans les mois ou les années qui suivent. »
Pour annoncer cela, les deux scientifiques se sont intéressés aux études faites sur les polluants de l'Arctique. Ainsi, chaque hiver se forme la « brume arctique » : des particules de sulfates, nées des rejets industriels de dioxyde de soufre, se mélangent notamment aux nitrates (qui proviennent des oxydes d'azote, les NOX, issus par exemple des véhicules) et au « carbone-suie », des particules issues de toutes les formes de combustion, dont évidemment les feux de forêt. Mais ces aérosols n'ont pas tous le même effet. Si les sulfates ont tendance à refléter la lumière du soleil, le carbone-suie l'absorbe, se dépose sur le sol et assombrit la surface, contribuant ainsi au réchauffement. Quant aux NOX, ils produisent un autre composant de la brume arctique : l'ozone troposphérique, qui serait responsable, selon une étude récente, de 30 % du réchauffement de la région arctique au XXe siècle.
Alors d'où viennent ces polluants ? Des travaux récents montrent que leur principale source est… en Europe ! Le continent n'est certes pas le plus gros émetteur, mais nos systèmes météorologiques font que ces polluants sont transportés jusqu'aux plus hautes latitudes. Reste une inconnue majeure : « La contribution exacte de ces polluants au réchauffement est encore mal évaluée », explique Kathy Law, qui se prépare à une campagne de terrain. Dans le cadre du projet international Polarcat3 qui a démarré en janvier 2007 pour trois ans, une équipe4 va effectuer des mesures dans les panaches de polluants à bord d'un avion Atr42. L'objectif est d'observer le trajet des aérosols jusqu'au sol et leurs effets sur les nuages, dans lesquels ils peuvent, par exemple, diminuer la taille des gouttelettes et agir ainsi sur leur albédo – c'est-à-dire sur leur capacité à réfléchir les rayons solaires.
« Dans les modèles de l'IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), l'organisme de référence pour le changement climatique, les aérosols sont présents de manière assez simple, conclut Kathy Law. En multipliant les mesures, on pourra mieux comprendre les processus en jeu et améliorer les prédictions. Et offrir aux décideurs de nouvelles informations pour agir sur les émissions de polluants. »
Jean-François Haït
1. Science, vol. 315, n° 5818, 16 mars 2007, pp. 1537-1540.
2. Service CNRS / Université Paris-VI / Université Versailles-Saint-Quentin.
3. www.polarcat.no
4. Du Service d'aéronomie et du Laboratoire de météorologie physique.
Kathy Law
Service d'aéronomie (S.A.), Paris
kathy.law@aero.jussieu.fr