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Paléontologie

Jurassique parc

Début juin débutera, dans la forêt du Jura, un chantier de fouilles extraordinaire : des chercheurs vont en effet se pencher sur des centaines d'empreintes de dinosaures trouvées dans une ancienne carrière.

Remonter le temps de 150 millions d'années et partir sur la piste des dinosaures… C'est ce que vont faire des chercheurs à partir du mois de juin 2007, au cœur du Jura. Et plus précisément à proximité du petit village de Loulle, futur haut lieu mondial de la paléontologie que des sauriens ont marqué de leur empreinte : plusieurs centaines – sûrement plus d'un millier – de traces de pas de ces géants viennent en effet d'y être retrouvées sur une surface d'environ 3 000 mètres carrés. Jean-Michel Mazin, chercheur au laboratoire « Paléoenvironnements et paléobiosphère » (Peps)1, et ses collègues ont du pain sur la planche : dans un premier temps, ils vont s'atteler au nettoyage, à la photographie puis à la numérisation de ce site exceptionnel. Des travaux qui permettront peut-être, à terme, d'en savoir plus sur ces géants herbivores et pacifiques mesurant plusieurs dizaines de mètres et pesant au bas mot une dizaine de tonnes, dotés d'un long cou, capables de chiper une poignée de feuilles au sommet des arbres ou de brouter tête baissée dans les prairies. Des bribes d'informations glanées à travers quelques régions où ils ont laissé des traces : en Amérique du Nord, dans le Colorado ou encore dans l'Utah. Mais le diplodocus ou plutôt ses cousins sont aussi passés en Europe, dans le Jura suisse.

Pour aller où ? Nul ne le sait. Peut-être donc côté français, à proximité de Loulle, lieu de la récente découverte.

 

empreintes dyno

© J. Aubert

Un troupeau de dinosaures a piétiné le site de Loulle dans le Jura : des empreintes d'individus adultes et juvéniles s'étendent sur 3 000 m2, au cœur d'une carrière abandonnée de calcaire. Certaines traces peuvent être suivies sur plusieurs dizaines de mètres.


 

Tout commence par un jogging, un jour de 2005 : Jean-François Richard, travaillant à l'Éducation nationale, a une sensibilité de naturaliste. Même en courant, son regard affûté est attiré par une curieuse empreinte près d'une carrière de calcaire désaffectée, en pleine forêt. Il avertit la direction de la Conservation du patrimoine du Jura. « Il est très fréquent que des promeneurs alertent les services compétents pour attirer leur attention sur une richesse naturelle. Très souvent, cela se solde par une erreur d'appréciation. Mais parfois, nous avons des surprises de taille », constate Jean-Michel Mazin. Pour le coup, cela en fut une. Car appelés sur place, les chercheurs n'ont pas hésité : « En quelques secondes, nous en étions sûrs : il s'agissait bien d'empreintes de sauropodes, des cousins européens des diplodocus. » Aussitôt, l'équipe commence à observer et à compter, un préliminaire pour estimer l'importance du site : toutes ces empreintes forment des dépressions qui font entre 20 centimètres et 1 mètre de diamètre, des sujets les plus jeunes aux plus âgés… avec des bourrelets d'expulsion de sédiments asséchés par la suite. Le site prend des allures de trésor extraordinaire. Les chercheurs dénombrent plus de 500 empreintes, certainement révélées par l'exploitation de la carrière il y a plus de trente ans, mais non détectées jusque-là. En extrapolant à l'ensemble du site, ils estiment en trouver 1 500, soit un piétinement de troupeau de dinosaures sauropodes adultes et juvéniles. Le Jura aurait-il été un lieu de passage de ces géants ? « Sûrement, car les empreintes sont très rapprochées, comme si les sauropodes étaient passés et repassés sans cesse », soutient Jean-Michel Mazin. Détail extraordinaire : les chercheurs peuvent suivre sur des dizaines de mètres les pistes de plusieurs individus. Que deviennent-ils par la suite ? C'est, avant le démarrage du chantier de fouille, une des grandes questions en suspens.

Mais déjà ce trésor paléontologique a apporté quelques précieuses indications sur l'environnement de l'époque : « Les reconstitutions indiquent toutes une immersion totale de ces terres, il y a environ 150 millions d'années, explique Jean-Michel Mazin. Mais ces empreintes nous permettent d'affiner ces reconstitutions, en apportant la preuve que même si la majeure partie du Jura était recouverte d'eau, il existait quelques îlots émergés… » Un indice essentiel tant les spécialistes disposent de très peu de détails sur les environnements du passé.

Loulle promet d'être un gisement paléontologique d'importance internationale, comparable aux gisements américains. Pour préserver et valoriser ce patrimoine, l'équipe a entrepris un programme d'envergure avec l'aide des collectivités publiques et des institutions concernées : le conseil général du Jura, la région Franche-Comté, la communauté des communes et la ville de Loulle. Après des fouilles et des études géologique et paléontologique, les scientifiques aimeraient placer le site sous protection physique et légale et, selon le souhait de Jean-Michel Mazin, partager cette découverte avec les plus jeunes, ceux qui devront préserver ce joyau à l'avenir, « à travers des actions pédagogiques, par exemple, ou encore un musée ». Une manière de marquer les retrouvailles avec ces géants disparus…

 

Azar Khalatbari

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université Lyon-I.

Contact

Jean-Michel Mazin
Laboratoire « Paléoenvironnements et paléobiosphère » (Peps), Villeurbanne
jean-michel.mazin@univ-lyon1.fr


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