
Paléontologie
Remonter le temps de 150 millions d'années et partir sur la piste des dinosaures… C'est ce que vont faire des chercheurs à partir du mois de juin 2007, au cœur du Jura. Et plus précisément à proximité du petit village de Loulle, futur haut lieu mondial de la paléontologie que des sauriens ont marqué de leur empreinte : plusieurs centaines – sûrement plus d'un millier – de traces de pas de ces géants viennent en effet d'y être retrouvées sur une surface d'environ 3 000 mètres carrés. Jean-Michel Mazin, chercheur au laboratoire « Paléoenvironnements et paléobiosphère » (Peps)1, et ses collègues ont du pain sur la planche : dans un premier temps, ils vont s'atteler au nettoyage, à la photographie puis à la numérisation de ce site exceptionnel. Des travaux qui permettront peut-être, à terme, d'en savoir plus sur ces géants herbivores et pacifiques mesurant plusieurs dizaines de mètres et pesant au bas mot une dizaine de tonnes, dotés d'un long cou, capables de chiper une poignée de feuilles au sommet des arbres ou de brouter tête baissée dans les prairies. Des bribes d'informations glanées à travers quelques régions où ils ont laissé des traces : en Amérique du Nord, dans le Colorado ou encore dans l'Utah. Mais le diplodocus ou plutôt ses cousins sont aussi passés en Europe, dans le Jura suisse.
Pour aller où ? Nul ne le sait. Peut-être donc côté français, à proximité de Loulle, lieu de la récente découverte.
© J. Aubert Un troupeau de dinosaures a piétiné le site de Loulle dans le Jura : des empreintes d'individus adultes et juvéniles s'étendent sur 3 000 m2, au cœur d'une carrière abandonnée de calcaire. Certaines traces peuvent être suivies sur plusieurs dizaines de mètres.
Mais déjà ce trésor paléontologique a apporté quelques précieuses indications sur l'environnement de l'époque : « Les reconstitutions indiquent toutes une immersion totale de ces terres, il y a environ 150 millions d'années, explique Jean-Michel Mazin. Mais ces empreintes nous permettent d'affiner ces reconstitutions, en apportant la preuve que même si la majeure partie du Jura était recouverte d'eau, il existait quelques îlots émergés… » Un indice essentiel tant les spécialistes disposent de très peu de détails sur les environnements du passé.
Loulle promet d'être un gisement paléontologique d'importance internationale, comparable aux gisements américains. Pour préserver et valoriser ce patrimoine, l'équipe a entrepris un programme d'envergure avec l'aide des collectivités publiques et des institutions concernées : le conseil général du Jura, la région Franche-Comté, la communauté des communes et la ville de Loulle. Après des fouilles et des études géologique et paléontologique, les scientifiques aimeraient placer le site sous protection physique et légale et, selon le souhait de Jean-Michel Mazin, partager cette découverte avec les plus jeunes, ceux qui devront préserver ce joyau à l'avenir, « à travers des actions pédagogiques, par exemple, ou encore un musée ». Une manière de marquer les retrouvailles avec ces géants disparus…
Azar Khalatbari
1. Laboratoire CNRS / Université Lyon-I.
Jean-Michel Mazin
Laboratoire « Paléoenvironnements et paléobiosphère » (Peps), Villeurbanne
jean-michel.mazin@univ-lyon1.fr