
© S. Godefroy/CNRS Photothèque
S'il devait se définir en un mot, Guy Guyot choisirait sans nul doute « technique ». Au sens le plus noble du terme, comme l'atteste cet ingénieur de haut vol rompu à l'instrumentation spatiale. Les pieds sur terre, il partage son temps entre Paris, à la direction technique de l'Insu, et Orsay, à l'Institut d'astrophysique spatiale (IAS)1, en charge du projet HFI (High Frequency Instrument) qui équipera en 2008 le satellite Planck. L'objectif ? Mesurer le fameux rayonnement cosmologique fossile afin de mieux savoir ce qui s'est passé trois cent mille ans après le Big Bang. Des travaux ayant valu à Guy Guyot un excellent cru 2006, avec le prix de l'ingénieur2 et le Cristal du CNRS… Même si à cinquante-six ans, l'homme s'avoue moins sensible aux distinctions personnelles qu'au plaisir de « construire quelque chose qui marche ».
Et cela à l'aune de la cryogénie, discipline du froid, qu'il a abordée un peu par hasard. Sa passion d'enfance – « bidouiller de la technique » – le mène d'abord vers des études d'ingénieur. Puis à une thèse de physique théorique et d'instrumentation à très basse température au CEA de Grenoble. « À partir de là, ma carrière s'est faite un peu toute seule, puisqu'en 1977, j'ai intégré le Laboratoire de physique stellaire et planétaire (futur IAS) du CNRS, pour y préparer des expériences spatiales tournant autour de la cryogénie. » Concrètement, celle-ci permet, via des refroidisseurs complexes fixés sur l'un des étages d'un satellite, de refroidir et de maintenir à très basse température des instruments entiers. Dans quel but ? « La baisse de la température entraîne celle du “bruit” du détecteur », répond l'ingénieur. Ce qui permet donc d'obtenir des signaux plus exploitables.
Trois ans plus tard, le laboratoire est sélectionné pour concevoir un spectro-infrarouge, instrument destiné à embarquer à bord d'une sonde et à déterminer les éléments de surface de la comète de Halley lors de son passage, en 1986, près de notre planète. « C'était encore simple, il s'agissait d'azote liquide à 80 kelvins3 permettant de donner une sensibilité suffisante aux détecteurs. »
Tout à ses calculs, son sens aigu de l'organisation lui ouvre alors de nouvelles portes, celles du bureau d'études, puis de la direction technique de l'IAS. Et le voici à gérer 70 personnes, autant d'ingénieurs que de chercheurs qui travaillent de concert sur des instruments souvent « infaisables au départ ! ». La double vie commence. Pas question, en effet, d'abandonner les programmes spatiaux. En particulier Pronaos, une grosse nacelle de ballon stratosphérique pourvue d'un télescope de 2 mètres de diamètre et partie observer le milieu interstellaire entre 1994 et 99. Véritable précurseur des appareils actuels, elle affiche une cryogénie flirtant déjà avec le 0,3 kelvin.
En 2001, il quitte la direction technique de l'IAS, et se consacre au nouveau projet du satellite Planck de l'Agence spatiale européenne (ESA). Avec un enjeu de taille, donc : concevoir l'instrument HFI. La difficulté ? Donner une grande sensibilité aux détecteurs, et inventer un cryostat trois fois plus froid qu'avant… Au départ, personne n'y croit. Ténacité et interdisciplinarité aidant, notre ingénieur s'appuie sur un système de refroidissement simple et miniaturisé, développé par Alain Benoît au Centre de recherche sur les très basses températures (CRTBT). En quatre ans de collaboration avec Air liquide, l'équipe de Guy Guyot parvient à un refroidisseur à 0,1 kelvin, capable de fonctionner en apesanteur. Un exploit. « Manager cet objet de consortium international, compliqué et cher, c'est veiller à ce que tous les morceaux puis tous les assemblages aient les performances attendues. » C'est aussi former une équipe pointue sur le long cours, et composer avec un certain « choc générationnel ». Entendez avec des jeunes ingénieurs à convaincre de l'importance de regarder « ce que fait le voisin ».
Ce qu'il appelle en riant « un talent de DRH » sera mis d'ici quelques mois au service de l'Insu. Et la cryogénie de disparaître peu à peu de son champ d'action. « Être toujours motivé par les techniques nécessite d'avoir une idée toutes les minutes ! Or les plus jeunes sont pour cela mieux adaptés. » Et sa plus grande fierté ? Avoir conservé à l'IAS la capacité de faire des instruments de plus en plus compliqués. Mais cet « hyperactif » sait aussi se poser. Pour lire et engloutir des magazines de géopolitique. Et pour retrouver ses racines, dans son village du fond de l'Yonne. Mais guère longtemps… il y a tellement à faire.
Patricia Chairopoulos
1. Institut CNRS / Université Paris-XI.
2. Décerné par le Conseil national des ingénieurs et scientifiques de France (Cnisf).
3. 0 kelvin correspond au zéro absolu, soit – 273,15 °C ; 80 kelvins correspondent à – 193 °C.
Guy Guyot
Institut d'astrophysique spatiale (IAS), Orsay
guy.guyot@ias.u-psud.fr