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3 questions à…

Geneviève Pruvost

 

police okProfession : policier

Sexe : féminin

Geneviève Pruvost, éd. MSH, coll. « Ethnologie de la France », avril 2007, 340 p. – 20 euros

 

Geneviève Pruvost est sociologue, chargée de recherche au CNRS, membre du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip, CNRS / Ministère de la Justice / Université de Versailles-St-Quentin) et chercheur associé au Centre Marcel Mauss (CNRS / EHESS).

 

 

 

Issue d'entretiens, d'observations et d'une enquête socio-démographique de sept ans, cette recherche – la première en France – pousse les portes d'un milieu assez fermé : celui de la police, depuis peu ouverte aux femmes…

Cela fait seulement trente ans que progressivement les femmes ont eu accès à tous les grades et à l'ensemble des services de police alors qu'elles sont dans l'institution depuis 1935 à la brigade des mineurs. Cette longue conquête est à la mesure de l'interdit transgressé : les femmes ont toujours été, à de rares exceptions près, exclues du pouvoir d'attaque et de défense armée dans les sociétés ethnologiques connues. D'où mon interrogation sur les modalités d'appropriation de ce pouvoir, d'autant que j'ai pu constater que certaines d'entre elles, notamment dans la jeune génération, n'avaient souvent pas bien conscience de la transgression accomplie.

 

Avez-vous pu dégager un « profil » de ces femmes ?

Pas de profil type mais des traits récurrents et inattendus. Elles entrent dans la police par vocation davantage que les hommes mais elles n'entendent pas se vouer à la « cause des mineures » ou à celle des « femmes battues ». Elles sont séduites avant tout par l'aventure (l'action, au sens d'action movie), prolongeant, pour certaines, un premier cercle de socialisation masculin encouragé par la famille – ceci sans pour autant qu'elles « héritent » du métier du père ou du frère (comme les hommes, seulement 10 % de femmes ont un père dans la police). Plus singulier encore, une partie d'entre elles devient policier pour la sécurité de l'emploi (fonctionnariat), signe de la banalisation surprenante d'une telle orientation professionnelle pour les filles.

Quant à la carrière, elle est à l'image de leur adhésion à une conception virile du métier. Ne recherchant pas des postes « tranquilles », elles essaient, au contraire, d'intégrer des brigades prestigieuses comme la police judiciaire, la « reine des polices » (qui englobe la brigade criminelle, les mœurs, la répression du banditisme, les stupéfiants, la section économique et financière, l'antiterrorisme…) mais aussi des brigades « musclées ». Elles fuient les circonscriptions de province, plus rurales et avec moins de délinquance. Autre élément atypique, la part de femmes dans les grades supérieurs (commissaire, officier) est plus élevée que la part de femmes au grade inférieur de gardien de la paix. Elles accèdent donc en priorité à des postes de commandement. Enfin, elles sont massivement affectées en Sécurité publique (Police secours, le fameux 17) – or, c'est le service le plus exposé à la violence ordinaire.

 

Cette récente présence féminine a-t-elle modifié les pratiques policières ?

C'est un résultat périlleux à évaluer qui dépasse largement l'étude de la seule institution policière. Je dirais juste que cette féminisation de la police n'apporte pas toute la diversification attendue, dans la mesure où les femmes souscrivent à un impératif de virilisation – plus ou moins volontairement. Elles jouent le jeu d'un métier qui reste socialement un « métier d'homme ». Les pourcentages sont éloquents – 14 % dans toute la Police nationale. À maints égards, le temps des pionnières n'est pas achevé.

 

Propos recueillis par Léa Monteverdi

 

 

 

 


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