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Bio-archéologie

Quand les archéologues cherchent la petite bête

 

fouille acarien

© A. Chepstow-Lusty/CNRS

Fouille archéologique d'un ancien habitat à 100 m du lac de Marcacocha et de son pâturage visible à droite. Le chemin des Incas domine la scène.


 

Je traque les indices de l'activité humaine passée, par exemple les charbons qui révèlent l'histoire des brûlis. En analysant des sédiments pour rechercher ces charbons, j'ai découvert par hasard les squelettes externes des acariens oribates », raconte Alex Chepstow-Lusty, du Centre de bio-archéologie et d'écologie (CBAE)1 de Montpellier. Ces minuscules organismes se nourrissent notamment des excréments du bétail. Alors, leur abondance serait-elle corrélée à l'importance de l'élevage ? Si oui, et cela semble être le cas d'après les derniers travaux2 de ce chercheur et de ses collègues3, ils seraient de nouveaux bio-indicateurs de l'activité humaine, en particulier durant des périodes où la documentation écrite fait défaut.

Comme lieu d'étude, les scientifiques se sont concentrés sur le lac Marcacocha, au Pérou, à 3 350 mètres d'altitude. « Idéalement situé, il jouxte une route commerciale traditionnelle, empruntée par des caravanes de lamas transportant la coca et, tout autour, il y a un petit pâturage », précise le chercheur. Les couches de sédiments ont été datées, puis un comptage des squelettes externes des acariens a révélé quatre périodes, qui correspondent à des changements sociaux et économiques bien connus de l'Empire inca. La première, durant laquelle les acariens sont très abondants, correspond à l'apogée de cet empire, entre le début du XVe siècle et l'arrivée des Espagnols (1532). Dans un second temps, on note une baisse correspondant à la disparition des caravanes de lamas. « Beaucoup de maladies furent importées, et les documents historiques relatent la mort de près des deux-tiers des lamas dans la région de Cuzco (Pérou) », souligne Alex Chepstow-Lusty. La troisième période voit le nombre d'acariens remonter : à ce moment, les Espagnols diffusent largement le bétail européen (moutons, vaches, chevaux). Enfin, au début du XVIIIe siècle, nouvelle chute alors qu'une épidémie frappe la ville de Cuzco et que les documents historiques font état de la disparition des bergers de la vallée du lac de Marcacocha, d'où l'abandon des pâturages. « Les acariens paraissent être un bon indicateur du facteur anthropique dans l'environnement », conclut Alex Chepstow-Lusty. L'équipe est alors remontée beaucoup plus loin dans le temps, et elle a constaté un pic du nombre d'acariens il y a neuf cents ans. Explication possible : à cette époque, des températures en hausse permirent aux bergers d'exploiter des terroirs montagnards plus élevés. Alex Chepstow-Lusty va désormais compter les acariens dans les échantillons d'autres lacs des Andes pour confirmer la validité de la méthode. Qui pourrait aider à mieux comprendre l'histoire des grands herbivores à travers le monde.

 

Jean-François Haït

Notes :

1. Centre CNRS / EPHE / Université Montpellier-II.
2. Journal of Archaeological Science, vol. 34, n° 7, 2007, pp. 1178-1186.
3. Dont A. Gioda (IRD, Montpellier), M. Frogley (Univ. du Sussex, Angleterre) et B. Bauer (Univ. de Chicago, États-Unis).

Contact

Alex Chepstow-Lusty
Centre de bio-archéologie et d'écologie (CBAE), Montpellier
a.lusty@tiscali.fr


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