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Archéologie

Sommets de métal

Au cœur du parc national du Mercantour, dans les hautes vallées des Alpes, l'homme n'est pas seulement venu mener des troupeaux à pâturer depuis plusieurs millénaires. Il y a 4 000 ans, à plus de 2 000 mètres d'altitude, d'anciennes mines souterraines ou à ciel ouvert y ont été exploitées. Avec d'autres sites à travers l'Europe, elles révèlent une histoire méconnue : celle des sciences et des techniques métallurgiques. Tout un patrimoine à explorer.

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© D. Morin/CNRS Photothèque

Du fond de la vallée de Tortisse, on peut voir les sommets enneigés de la cime du Fer à 2 700 mètres d'altitude. Ici, les zones d'extraction comptent parmi les plus hautes d'Europe.


 

 

Armes, outils, bijoux… Ces objets précieux sont souvent les rares traces archéologiques des civilisations de l'Antiquité. Forgés dans le métal, ils témoignent de savoir-faire oubliés. Ils prouvent aussi l'existence de sites miniers ancestraux. Des chercheurs de l'Unité toulousaine d'archéologie et d'histoire (Utah)1, passionnés de géologie, se sont engagés sur le chemin de cette quête des ressources minérales de fer, de cuivre ou d'argent. Ils retracent ainsi l'évolution des techniques d'extraction des anciens mineurs au fil des siècles et des régions. Accompagnés d'une dizaine de chercheurs, Denis Morin, archéologue rattaché à l'Utah, et Patrick Rosenthal, géologue de l'université de Franche-Comté, prospectent ainsi l'Est de la France, mais aussi la Grèce, pour mettre en évidence des paysages façonnés par la main de l'homme et ce, dès les premiers âges des métaux.

 

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© D. Morin/CNRS Photothèque

Preuves de l'exploitation sidérurgique antique des hautes vallées alpines : des blocs de scories (écoulement de métal accumulé à la base d'un fourneau) indiquent les aires de tri et de concassage mécanique.


« Les vestiges de sidérurgie ancienne découverts sur les hautes cimes des Alpes, au cœur du parc national du Mercantour, comptent parmi les plus élevés en altitude d'Europe », annonce Denis Morin. Depuis 2001, il quadrille les paysages glaciaires alpins pour repérer les sites miniers selon les caractéristiques géologiques et géomorphologiques des lieux. Dans son équipement : des cartes et un appareil de localisation par satellite (GPS), pour repérer et conserver l'emplacement topographique des vestiges découverts, au centimètre près. À ciel ouvert, d'anciennes carrières et minières2 sont encore visibles sur les escarpements rocheux du massif de l'Argentera, en Valdeblore et en Haute Tinée. Ici, les coulées d'éboulis n'ont, en réalité, rien de naturel : « Les mineurs du Moyen Âge ont rejeté les roches qui ne les intéressaient pas », explique Denis Morin. Des résidus d'hématite – un minerai de fer à partir duquel s'élaboraient la fonte et l'acier – ainsi que des fragments de meule retrouvés devant les orifices rocheux montrent que l'extraction, le tri et le concassage des minerais étaient réalisés entre 2 400 et 2 700 mètres d'altitude. En contrebas, à 2 000 mètres, le minerai était réduit dans les fourneaux où des déchets d'élaboration du métal – des scories – ont été découverts. « Nous avons aussi retracé les sentiers qui reliaient les sites d'extraction aux lieux de réduction, s'enthousiasme Denis Morin. En effet, on y retrouve encore des fragments de minerai dont le calibre indique qu'ils avaient été concassés et triés. »

Pour le moment, les chercheurs se refusent à débuter toute fouille dans la précipitation, il s'agit d'abord de « faire parler les traces et les lieux ». L'observation des sites confirme l'activité minière : des réserves d'eau assuraient la construction des fours et les bois leur alimentation en combustible ; les ateliers quant à eux bénéficiaient de courants d'air favorables à leur ventilation. Les chercheurs expérimentent aussi sur place à partir de minerais et d'argiles locales les technologies anciennes. De plus, l'équipe effectue une série d'échantillonnages. Les charbons de bois retrouvés sont datés par Michel Fontugne au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE)3 de Gif-sur-Yvette, selon la méthode dite du carbone 14. Bilan : « Cette activité minière s'est développée entre le iie siècle avant J.-C. et le viie siècle. » Et au Laboratoire du Centre de recherche et de restauration des musées de France (LC2RMF)4, Catherine Lavier, ingénieure de recherche, s'attelle quant à elle à identifier les essences des bois prélevés et à en décrypter l'usage selon la structure interne des fibres.

 

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© D. Morin/CNRS Photothèque

En Grèce, au Laurion, cinq siècles avant notre ère, les mines d'argent étaient creusées à la main dans le marbre sous forme de puits vertigineux. Pour leur exploration, les archéologues doivent aussi se faire spéléologues.


 

Cette passion pour l'histoire des techniques minières se mêle à un goût pour l'archéologie de l'extrême. Après les sommets alpins et les souterrains de Franche-Comté, l'équipe étudie aussi les puits vertigineux des mines d'argent antiques du Laurion, en Grèce5. Creusés dans le marbre dès le vie siècle avant J.-C., ils s'enfoncent à la verticale sur plus de cent mètres. Les chercheurs devenus spéléologues y étudient les fondements géologiques de l'implantation humaine sur un territoire. En relevant systématiquement les encoches laissées dans la roche, ils appréhendent les techniques minières de l'époque, comme le boisage (consolidation des galeries par des poutres), le fonçage (creusement des galeries) et surtout l'aérage (ventilation) des chantiers en profondeur. Mais pour Denis Morin et ses collègues, beaucoup d'autres aspects restent encore à étudier, comme les traces de l'habitat des mineurs. Car là réside un de leurs objectifs : « Faire enfin reconnaître le patrimoine minier comme patrimoine géologique et archéologique à part entière. »

 

Aude Olivier

Notes :

1. Unité CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication / Université Toulouse-II.
2. Minières : mines peu profondes à ciel ouvert.
3. Laboratoire CNRS / CEA / Université Versailles-St-Quentin.
4. Laboratoire CNRS / Ministère de la Culture et de la Communication.
5. Lire Le journal du CNRS, n° 162-163, juin-juillet 2003.

Contact

Denis Morin
Unité toulousaine d'archéologie et d'histoire (Utah)
morindenis@aol.com


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